L'alternance se confirme dans un climat incertain

le
1
L'alternance se confirme dans un climat incertain
L'alternance se confirme dans un climat incertain

par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La gauche devrait s'assurer lors des élections législatives de juin une domination sans précédent sur la vie politique française dans la foulée de l'élection de François Hollande.

Ce ne sera cependant qu'une des conséquences d'une campagne présidentielle pendant laquelle Nicolas Sarkozy a misé sur un clivage droite-gauche exacerbé, qui ne manquera pas de laisser des traces, notamment dans son propre camp.

Dans un contexte économique incertain, assorti d'un agenda international chargé, le nouveau président, qui devrait prendre officiellement ses fonctions le 15 mai, risque en outre de ne connaître qu'un "état de grâce" éphémère.

Trois sondages prédisent une large victoire de la gauche aux législatives des 10 et 17 juin, lui donnant une majorité.

Ainsi, selon l'Ifop, PS, Front de gauche et Europe-Ecologie-Les Verts obtiendrait ainsi 44% des voix au premier tour, la droite (UMP et divers-droite) 32% et le Front national 18%.

"C'est un scrutin de confirmation et d'amplification de la présidentielle", a expliqué à Reuters Frédéric Dabi, directeur général adjoint de cet institut. "Le FN en profite. Ça veut dire des triangulaires et des difficultés pour la droite."

Dès dimanche soir, les dirigeants de l'UMP, le parti de Nicolas Sarkozy, ont lancé des appels à l'unité pour affronter cette échéance et éviter une déroute.

"Le moment est venu d'en appeler à la mobilisation générale pour ces législatives", a ainsi déclaré le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, selon qui il ne serait "pas bien de donner tous les pouvoirs à la gauche".

Dans l'hypothèse probable d'une victoire aux législatives, le Parti socialiste contrôlerait à la fois la présidence de la République, le gouvernement, l'Assemblée nationale, le Sénat, qui a basculé à gauche en 2011, la quasi totalité des régions et la majorité des départements et des grandes villes.

"CULTURE CENTRISTE"

Pour l'homme d'affaires Alain Minc, conseiller officieux de Nicolas Sarkozy, la seule façon pour la droite de limiter les dégâts en juin est de faire campagne sur le thème: "Ne mettez pas tous les oeufs dans le même panier."

Reste à savoir si l'UMP pourra mettre assez longtemps en sourdine les ferments de division qui risquent de la miner après la défaite de Nicolas Sarkozy pour éviter une recomposition à la hache qui la ferait imploser avant ce scrutin.

"Cela veut dire (...), selon qui reprendra l'UMP, un tiraillement très fort entre une droite populaire espérant des accords avec le Front national et des centristes tentés de reconstituer l'ancienne UDF", souligne Stéphane Rozès, président de la société de conseil CAP.

L'ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin déplore que la "culture centriste" du parti ait été mise sous le boisseau et veut une "grande force de l'opposition unie".

"Pour l'avenir, il nous faudra concilier trois exigences: celle de l'analyse, celle de l'unité et celle de la diversité. L'analyse pour ne pas reconduire les erreurs du passé, l'unité pour préparer l'avenir avec la nouvelle génération, la diversité pour équilibrer notre gouvernance", écrit-il sur son blog.

Nicolas Sarkozy a confié à quelques fidèles qu'il ferait tout pour éviter un éclatement de l'UMP dont il resterait un membre actif, sans en briguer la direction.

La tâche ne sera pas non plus aisée pour son successeur.

"Compte tenu du climat, du moral économique qui n'a jamais été aussi bas, du pessimisme ambiant, il n'y aura pas d'état de grâce pour François Hollande", estime ainsi Stéphane Zumsteeg, de l'institut de sondage Ipsos, pour qui les Français ont voté dimanche "sans illusion".

"Il y aura une droite revancharde et à gauche un Jean-Luc Mélenchon en embuscade", ajoute-t-il. "François Hollande va être confronté à une opposition de droite mais aussi à une partie de la gauche qui sera extrêmement virulente."

Or, sans parler de sa promesse d'engager rapidement la mise en oeuvre de son programme, le calendrier politique national et international ne lui laissera aucun répit.

LES PARTENAIRES SOCIAUX TOURNENT LA PAGE

Il devra ainsi faire ses premiers pas sur la scène internationale presque immédiatement après la passation de pouvoir avec le sommet du G8 à Camp David les 18 et 19 mai et le sommet de l'Otan à Chicago les 20 et 21.

Puis ce sera le sommet du G20 au Mexique les 18 et 19 juin et, dix jours plus tard, un Conseil européen dont l'ordre du jour portera sur la relance de la croissance, sujet sensible.

Entretemps, l'Insee aura publié le 15 mai, les chiffres de la croissance française au premier trimestre.

Le lendemain, autre échéance cruciale vis-à-vis des marchés, le Trésor français a prévu une importante émission de dette publique, tandis que Pôle-emploi fera le point sur le chômage le 30 mai dans un climat assombri par les menaces de plans sociaux.

Restera aussi à panser les plaies d'une campagne où gauche et droite se sont affrontés bloc contre bloc avec une rare virulence, rappelant la campagne de 1981 qui a vu l'élection du premier président socialiste, François Mitterrand.

Nicolas Sarkozy, qui a adopté une stratégie radicalement ancrée à droite, n'a eu de cesse de dénoncer tout au long de sa campagne une "gauche caviar", ainsi que des "corps intermédiaires" facteur d'immobilisme, dont les syndicats.

"Certaines choses qui ont été dites ont marqué et vont rester", reconnaît un dirigeant du patronat. "Il y a eu de la confusion intellectuelle, par exemple sur la question européenne. Et les deux candidats ont fait une campagne très tactique et un peu défensive."

Le même se dit plus inquiet des traces laissées par la campagne de la candidate du Front national Marine Le Pen et par "l'acceptation de son discours par une partie de la droite".

Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du candidat Hollande, estimait pour sa part samedi que l'après-6 mai serait de toute façon "difficile politiquement".

"Ce qui a été abîmé et doit être reconstruit est considérable", déclarait-elle. "Ça ne va pas être aussi simple que ça, de retrouver la cohésion nationale."

Si l'on en croit le responsable patronal, les partenaires sociaux ont cependant d'ores et déjà commencé à tourner la page.

"Nous savons tous que François Hollande travaille beaucoup et qu'il se prépare très sérieusement", avec "des gens qui mesurent les risques et voient le chemin qu'il faut prendre", expliquait la semaine passée ce responsable.

Il soulignait également que syndicats et patronat préparaient ensemble depuis plusieurs semaines des dossiers pour "montrer qu'on peut faire des choses, paver le chemin du raisonnable".

Edité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M8364084 le lundi 7 mai 2012 à 09:42

    La France a refusé de voir la réalité en France depuis le second, voire le premier septennat de Chirac en ne faisant aucun des choix des grands pays développés. La barre était trop haute pour NS. FH sera peut-être le premier Président de gauche a devoir faire abstraction des syndicats et des employés payés sur argent public pour mettre la France à niveau.