L'Alsace invitée à tester la fusion des collectivités

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UNE LARGE MAJORITÉ D'ALSACIENS FAVORABLES Á UNE COLLECTIVITÉ UNIQUE
UNE LARGE MAJORITÉ D'ALSACIENS FAVORABLES Á UNE COLLECTIVITÉ UNIQUE

STRASBOURG (Reuters) - "Anschluss" pour ses détracteurs, opportunité "historique" pour ses partisans, les électeurs alsaciens sont appelés dimanche aux urnes pour se prononcer sur une "première" en France, le projet de création d'une collectivité territoriale unique.

S'ils acceptent de fusionner leur conseil régional et les deux conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin en une seule collectivité territoriale, l'Alsace sera la seule région métropolitaine à voir disparaître l'échelon départemental, comme le permet la loi de décentralisation du 16 décembre 2010.

Bien que le "oui" soit crédité de 75% des voix, selon un récent sondage, le résultat reste incertain eu égard aux critères fixés par cette même loi.

Pour s'imposer, le projet devra être approuvé par une majorité d'électeurs représentant au moins 25% des inscrits dans chacun des deux départements de la plus petite région française.

Philippe Richert, président UMP du conseil régional, qui a porté ce projet, s'efforce de mobiliser l'électorat en évoquant un choix "historique".

"Par le passé, les évolutions nous ont toujours été imposées. Pour la première fois de son Histoire, l'Alsace choisira son destin", a-t-il dit dans le quotidien L'Alsace.

"La vraie question porte sur la manière dont l'Alsace veut s'organiser au XXIème siècle pour être plus efficace et rayonner davantage", ajoutait l'ancien ministre des collectivités territoriales de Nicolas Sarkozy.

Au-delà de la possibilité de réaliser des économies, souvent mise en avant, l'enjeu réside surtout, pour les artisans du projet, dans le renforcement du pouvoir régional et les compétences nouvelles auxquels pourra prétendre la collectivité unique.

COOPÉRATION AVEC L'ALLEMAGNE

La possibilité d'une coopération sur des bases plus égales avec les puissantes régions voisines, le Land allemand de Bade-Wurtemberg et le canton suisse de Bâle, est souvent évoquée.

La question posée ne porte que sur la fusion des collectivités mais il a fallu deux ans aux présidents des trois collectivités, tous UMP, pour s'accorder sur sa formulation et la rédaction du projet d'organisation institutionnelle.

Charles Buttner, président du conseil général du Haut-Rhin, craignait que son département, moins peuplé et économiquement plus fragile, passe sous la coupe du Bas-Rhin et de sa capitale, Strasbourg.

Il y a un an, ce proviseur qualifiait encore d'Anschluss - référence à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne hitlérienne en 1938 -, le projet défendu par Philippe Richert et son homologue bas-rhinois Guy-Dominique Kennel.

Ses craintes n'ont été vaincues qu'au prix d'une architecture complexe que d'aucuns qualifient "d'usine à gaz".

Le siège de la future collectivité serait à Strasbourg mais seule l'assemblée délibérante s'y réunirait tandis que l'exécutif siégerait à Colmar, préfecture du Haut-Rhin.

Bénéficiant d'une approbation critique des écologistes, le projet a provoqué une fissure au sein du PS.

"Pour préserver quelques baronnies, vous avez recréé le mille-feuille administratif mais au sein d'une même collectivité", a jugé Anne-Pernelle Richardot, conseillère régionale socialiste et adjointe au maire de Strasbourg, en refusant d'approuver le projet le 25 janvier dernier.

FORTES OPPOSITIONS

Fâchée du sort fait à Strasbourg, principal bastion socialiste dans la région, la fédération PS du Bas-Rhin lui a emboîté le pas en appelant à voter non, le maire Roland Ries laissant entendre qu'il s'abstiendrait.

"Je préfère le risque du mouvement au confort de l'immobilisme", a expliqué pour sa part Antoine Homé, conseiller régional du Haut-Rhin.

Au-delà des querelles de clocher, les oppositions de fond sont venues de certains syndicats comme FO et la CGT, pour qui les pouvoirs réglementaires dont la région pourrait être dotée, notamment en matière de droit du travail, seraient une menace pour les droits sociaux.

Jean-Claude Mailly, le secrétaire confédéral de Force ouvrière, s'est déplacé pour appeler à voter non, soulignant que sa centrale n'avait plus donné de consigne de vote depuis le référendum de 1969.

L'extrême-droite et l'extrême gauche se sont retrouvées pour estimer que la nation était en danger.

"Alsaciens, c'est la France que vous défaites, ce n'est pas l'Alsace que vous construisez", a affirmé Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, lors d'un meeting à Mulhouse.

"Ce serait le début du détricotage de la République", avait dit, quelques semaines auparavant, Marine Le Pen, désavouant au passage le responsable régional du Front national d'abord favorable au projet.

Sur l'affiche du FN, un homme fumant cigare et portant des bagues à l'effigie des drapeaux allemand et européen agrippe une Alsacienne qui se réfugie dans les bras de Marianne.

Edité par Yves Clarisse

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