L'Allemagne, premier pays du solaire, opte pour l'éolien

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En 2009, les installations de nouveaux panneaux ont atteint 3.000 mégawatts à travers le pays, soit dix fois plus que la puissance totale installée en France.

Produire de l'électricité photovoltaïque est une affaire très rentable en Allemagne. Depuis dix ans, Berlin a subventionné massivement les installations et la recherche pour produire de l'énergie solaire. Le prix garanti de rachat du kilowattheure reste élevé et le coût des panneaux solaires a fondu avec l'arrivée sur le marché de fabricants chinois.

«Les Allemands ont été les pionniers du solaire: un bon calcul car ils ont ainsi pu mettre en place une production nationale d'installations photovoltaïques qui joue un rôle moteur, estime Michel Leistenschneider, qui dirige la filiale allemande du fonds d'investissement Demeter, spécialisé dans les énergies renouvelables. Depuis 2000, la stabilité des décisions du gouvernement allemand et le soutien des Allemands aux énergies renouvelables a permis d'instaurer la confiance des investisseurs et de développer le secteur. Et aujourd'hui, il existe en Allemagne un puissant lobby du solaire comparable au lobby pronucléaire en France.»

En 2009, les installations de nouveaux panneaux ont atteint 3.000 mégawatts à travers le pays, soit dix fois plus que la puissance totale installée en France, et quatre fois plus que prévu par la fédération du secteur, BSW, faisant de l'Allemagne le premier marché au monde. Et ce alors que l'électricité photovoltaïque représente à peine 1% de la production totale du pays.

L'aide au solaire prend la forme d'un «prix garanti» fixé par l'État: tout propriétaire d'un panneau solaire est assuré de pouvoir vendre pendant vingt ans son électricité à un tarif très élevé. Un particulier peut actuellement revendre à l'entreprise locale d'énergie le courant qu'il produit et ne consomme pas lui-même pour 39 centimes le kilowattheure, contre un prix de marché qui tourne aujourd'hui autour de 5 centimes le kilowattheure. La différence est répercutée sur les factures des consommateurs. Le tarif en France (58 centimes pour les particuliers) est encore plus élevé mais les professionnels du solaire de l'Hexagone jalousent la stabilité des règles du jeu outre-Rhin.

Les industriels révoltés par la réduction des aides

Et pourtant, au printemps, Berlin a annoncé une réduction drastique de son soutien à la production d'électricité solaire, pour éviter la surchauffe du premier marché mondial du monde de panneaux photovoltaïques.

À long terme, le manque de soleil outre-Rhin (30% de moins qu'en France) fait peser un coût quasi prohibitif sur la production d'énergie solaire. De fait, le gouvernement a choisi de miser davantage sur l'éolien, la biomasse et l'hydroélectricité. Depuis le 1er juillet, il a procédé à des réductions des aides au solaire supérieures à celles prévues par la loi chaque année. Ainsi, les prix garantis ont baissé de 16% pour les nouveaux panneaux installés sur les toits et de 11% à 15% pour ceux installés au sol. L'aide a même été supprimée pour les nouveaux panneaux ancrés sur des surfaces cultivables, afin d'éviter que les agriculteurs ne «sèment du silicium» à la place du blé.

L'annonce a révolté les industriels allemands du secteur, implantés essentiellement dans l'ex-RDA et forts de 60.000 salariés, qui craignent que le marché ne se tarisse. Les analystes prévoient une baisse des nouvelles installations de 50% en 2011.

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