L'Allemagne, moteur de la croissance de la zone euro

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    * Allemagne - Croissance de 0,7% au T1 
    * Dépense publique et privée ont alimenté la croissance 
    * Croissance de 0,5% de la zone euro 
    * La politique de la BCE semble porter ses fruits 
 
    par Joseph Nasr et Michael Nienaber 
    BERLIN, 13 mai (Reuters) - La croissance de l'Allemagne a 
plus que doublé au premier trimestre, la première économie 
européenne confirmant ainsi son rôle moteur d'une zone euro où 
une politique monétaire ultra-accommodante semble commencer à 
porter ses fruits. 
    La croissance trimestrielle a été de 0,7%, la plus forte 
depuis celle, identique, du premier trimestre 2014, la hausse de 
la dépense publique et des dépenses des ménages l'ayant emporté 
sur un recul du commerce extérieur, a fait savoir l'Office 
fédéral de la statistique vendredi. 
    Un chômage qui n'a jamais été aussi bas, des taux d'intérêt 
très faibles et des salaires en hausse ont fait des dépenses des 
ménages le nouveau relais de croissance de l'Allemagne, se 
substituant au commerce extérieur. 
    De surcroît, IG Metall, premier syndicat d'Allemagne, et le 
patronat ont conclu un accord sur une hausse des salaires de 
4,8%, en deux temps, pour 3,8 millions de salariés de la 
métallurgie et de l'électrotechnique, ce qui ne peut 
qu'alimenter cette tendance de fond.   
    La croissance a dépassé celle de 0,6% attendue par les 
économistes interrogés par Reuters, ainsi que la deuxième 
estimation de la croissance de la zone euro qui est de 0,5%.  
    Elle a aussi aisément dépassé le taux de 0,3% des trois 
derniers mois de 2015 constaté en Allemagne. 
    Les quatre premières économies de la zone euro, l'Allemagne, 
la France, l'Italie et l'Espagne, ont ainsi connu des taux de 
croissance de respectivement 0,7%, 0,5%, 0,3% et 0,8% au premier 
trimestre 2016. Les Pays-Bas ont dégagé 0,5% de croissance et le 
Portugal 0,1%, toujours des variations trimestrielles. 
    Tous les pays membres de la zone euro ayant fourni des 
données ont connu une croissance de leur économie sur la 
période, à l'exception de la Grèce et de la Lettonie, en 
contraction de respectivement 0,4% et 0,1%. 
    Sur un an, la croissance de la zone euro a été de 1,5%, a 
précisé Eurostat, contre une précédente projection de 1,6%. 
    "Il est probable qu'une hausse de la dépense publique a 
contribué à la croissance dans plusieurs pays, alimentée dans 
certains cas par des dépenses liées à l'afflux de réfugiés (ce 
qui est vrai pour l'Allemagne)", a dit Howard Archer (ISH). 
    Quoique la politique de la Banque centrale européenne (BCE) 
soit critiquée par certains politiques allemands, les 
économistes y attribuent la hausse de la consommation et le 
dynamisme retrouvé du marché immobilier.  
    La BCE elle-même juge que le rebond de l'investissement qui 
se manifeste également n'est sans doute pas juste ponctuel, ce 
qui soutient là encore une reprise lente mais progressive de la 
zone euro. 
     
    INVESTIR DANS L'ÉDUCATION ET L'INNOVATION 
    En variation annuelle, la croissance a été de 1,3% en 
Allemagne, inférieure là au consensus Reuters qui la donnait à 
1,5%. De fait, le ministère de l'Economie allemand a dit qu'il 
s'attendait à un ralentissement de la croissance, point de vue 
partagé par les économistes, qui estiment que la faiblesse des 
exportations finira par se faire sentir dans un contexte de 
ralentissement de la demande des marchés émergents. 
    "Le commerce extérieur reste le point noir en raison de la 
faiblesse des marchés émergents", a déclaré Ulrike Kastens, 
économiste chez Sal.Oppenheim. 
    Holger Sandte (Nordea) a ajouté que la croissance "ne 
devrait pas rester aussi soutenue, mais quand même suffisamment 
pour que le niveau d'emploi continue de monter". 
    Dans un tel contexte, le ministre de l'Economie, Sigmar 
Gabriel, a déclaré que le gouvernement devait augmenter les 
investissements dans les domaines de l'éducation, des 
infrastructures et de l'innovation, faisant écho à des appels 
allant dans ce sens du Fonds monétaire international (FMI) et de 
l'Organisation pour la coopération et le développement 
économiques (OCDE).  ID:nL5N1850J0   ID:nL5N1781S5  
    "L'économie allemande a commencé l'année 2016 du bon pied: 
l'industrie a enregistré une hausse de sa production, l'emploi 
est en progression substantielle et l'augmentation des revenus 
des ménages a entraîné une hausse de leur consommation", dit-il. 
    "Notre mission est de prendre appui sur cette dynamique pour 
investir dans l'éducation, des infrastructures modernes et dans 
l'innovation." 
    Selon Carsten Brzeski, économiste chez ING, les données 
meilleures que prévu du premier trimestre sont susceptibles 
d'être un argument pour les responsables politiques allemands 
afin de ne pas mettre en oeuvre les mesures de réforme prônées 
par le FMI et l'OCDE. 
    "La bonne performance en matière de croissance illustre ce 
qui est actuellement le principal risque pesant sur l'économie: 
l'autosatisfaction", estime-il. 
    "Avec une croissance tirée par la construction et la 
consommation et avec un gouvernement réticent à suivre les 
recommandations internationales relatives à la mise en place de 
réformes structurelles, l'économie allemande commence presque à 
avoir des caractéristiques d'un pays de la périphérie de la zone 
euro."     
     
 
 (Bertrand Boucey, Benoît Van Overstraeten et Wilfrid Exbrayat 
pour le service français) 
 
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