L'Allemagne emprunte désormais moins cher que le Japon sur les marchés

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Pour la premi�re fois depuis des décennies, l'Allemagne peut emprunter à des taux plus faibles que le Japon.
Pour la premi�re fois depuis des décennies, l'Allemagne peut emprunter à des taux plus faibles que le Japon.

Depuis de nombreuses années, le Japon est l'un des pays qui emprunte aux taux les plus faibles sur le marché obligataire. Pourtant, depuis mardi, l'Allemagne emprunte encore moins cher que le Japon et l'écart se creusait même très significativement mercredi en cours de séance.

C'est une conséquence directe du plan de « quantitative easing » annoncé il y a deux semaines par la Banque Centrale Européenne. En promettant le rachat massif de titres souverains européens, dont une part importante de titres allemands, la BCE diminue le risque déjà perçu comme très faible sur les obligations allemandes. En conséquence, l'Allemagne peut emprunter à des taux toujours plus faibles.

0,29% contre 0,36% sur les titres à 10 ans

Mardi 3 février, le Bund allemand (OAT 10 ans) a atteint le taux historiquement faible de 0,29% alors que le taux à 10 ans des obligations japonaises remontait quant à lui à 0,34% (il était à 0,27% la veille). Pour la première fois depuis plusieurs décennies, l'Allemagne a donc la possibilité d'emprunter moins cher que le Japon. L'écart se creusait mercredi : les taux japonais continuaient de remonter à 0,36%, tandis que les taux allemands restaient à 0,29%.

Cela faisait pourtant 10 ans, voire même davantage, que l'Allemagne empruntait traditionnellement à un taux environ deux fois plus élevé que celui du Japon pour une échéance à 10 ans. En 2007, juste avant la crise financière mondiale, l'Allemagne empruntait encore à 4,5% (équivalent à peu de choses près au taux directeur de la BCE), alors que le Japon plafonnait au taux de 2%. De même, en 2012, l'Allemagne empruntait à 1,5% quand le Japon empruntait à 0,75%.

« Japonisation » de l'Europe

La France elle-même emprunte désormais à des taux historiquement faibles : 0,51% à 10 ans, et même à des taux négatifs pour des durées inférieures à 5 ans. Le record mondial de faiblesse des taux d'emprunt reste actuellement détenu par la Suisse, qui peut désormais emprunter à 10 ans avec des taux négatifs (-0,13% mercredi 4 février, le taux ayant atteint momentanément -0,26% le 23 janvier dernier).

Si la baisse des taux d'emprunt européens peut être vue comme une bonne nouvelle pour la soutenabilité des dettes, il faut néanmoins garder en tête que ce phénomène reflète également le manque de croissance, d'inflation et de dynamisme de la région. Pour Pierrick Fay des Echos, « c'est un argument de plus pour ceux qui s'inquiètent d'une « japonisation » de l'économie européenne ».

La « japonisation » fait référence à la « décennie perdue » du Japon dans les années 1990, au cours de laquelle la croissance du pays a été stoppée net, avec en parallèle une très faible inflation et une forte dette. Ce profil ressemble désormais à s'y méprendre à celui de la zone euro, à ceci près que l'Europe subit, par ailleurs, un fort taux de chômage.

X. Bargue

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