L'Allemagne divisée sur les dernières propositions de la Grèce

le , mis à jour à 16:34
0

par Michael Nienaber BERLIN, 10 juillet (Reuters) - Les partis de la coalition gouvernementale allemande sont apparus divisés vendredi sur les dernières propositions d'Athènes en vue de sortir de la crise sur la dette grecque. Le Parti social-démocrate (SPD) a salué les concessions d'Alexis Tsipras sur le système fiscal, les retraites, les dépenses militaires et les privatisations, estimant que le Premier ministre grec montre ainsi qu'il entend sérieusement mener les réformes réclamées par ses partenaires européens. "C'est un grand pas en avant, même s'il aurait dû être fait depuis longtemps déjà", a dit à Reuters le député SPD Axel Schäfer, ajoutant qu'une sortie de la Grèce de la zone euro serait une "folie". Mais, dans le camp conservateur de la chancelière Angela Merkel, on s'interroge sur la volonté du gouvernement grec de mener vraiment les réformes proposées. "Quelle crédibilité accorder à cette liste de réformes et sera-t-elle véritablement mise en oeuvre ?", s'est ainsi demandé Ralph Brinkhaus, vice-président du groupe parlementaire CDU-CSU au Bundestag. Pour le député Hans-Peter Friedrich, membre influent de l'Union chrétienne-sociale (CSU), alliée bavaroise de la CDU, les réformes proposées par le gouvernement grec sont insuffisantes pour entamer des négociations sur un nouveau plan d'aide. Il estime qu'Athènes doit revenir à la drachme. "Cela ne constitue pas une base de négociations. Je pense que la Grèce a besoin d'un nouveau départ avec sa propre monnaie et avec l'aide sincère de tous ses partenaires européens", a-t-il dit à Reuters. Il s'en est par ailleurs pris à François Hollande, qui a jugé les dernières propositions grecques sérieuses et crédibles. "C'est comme si les socialistes français voulaient assouplir les règles budgétaires maintenant qu'ils réalisent qu'ils ne sont pas capables d'appliquer les réformes nécessaires", dit Hans-Peter Friedrich. ÉQUILIBRISME "Nous ne devons pas permettre que le chaos grec soit exploité pour affaiblir encore les règles budgétaires", affirme-t-il, ajoutant qu'il votera 'non' si le gouvernement demande au Bundestag de l'autoriser à entamer des négociations sur un nouveau plan d'aide en faveur de la Grèce. Pour lui, "soit le gouvernement grec trompe son propre peuple, soit il nous trompe, nous, une nouvelle fois." Dans l'entourage d'Angela Merkel, on affirme que la chancelière veut parvenir à un accord afin d'éviter un "Grexit" qui nuirait à l'image de l'Europe -- et à sa propre image. Mais elle a bien fait savoir qu'elle ne recherchait pas un accord "à tout prix". Lors d'une conférence de presse vendredi, son porte-parole Steffen Seibert s'est d'ailleurs montré prudent et a refusé de commenter en détail les propositions grecques. Angela Merkel se trouve dans une position des plus délicates et doit se livrer à un véritable exercice d'équilibrisme. Elle doit se montrer ferme face à Tsipras si elle veut avoir le soutien des conservateurs et notamment du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. Mais, si elle place la barre trop haut et si un accord avec Athènes ne peut être trouvé, elle pourrait se voir reprocher d'être responsable par son intransigeance d'un "Grexit" et de ses conséquences. Un échec risque aussi de mettre en évidence des différences d'appréciation entre les pays membres de l'UE. Si les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union approuvent un troisième plan d'aide à la Grèce lors de leur sommet dimanche à Bruxelles, le Bundestag devra se prononcer sur cet accord, probablement mercredi prochain, avant que les négociations puissent commencer. Une majorité au Parlement allemand en faveur d'un nouveau plan d'aide semble assurée grâce au soutien du SPD et des Verts. Mais, si Angela Merkel est désapprouvée par une majorité des députés conservateurs, ce sera pour elle une humiliation. Lors du dernier vote du Bundestag sur l'extension de l'aide à la Grèce, en février, 29 élus conservateurs s'étaient rebellés et 109 autres avaient voté "oui" avec des réserves. (Avec Holger Hansen et Matthias Sobolewski; Guy Kerivel pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux