L'Allemagne accepte la demande turque de poursuivre un humoriste

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 (Actualisé avec réaction AKP, éditorial) 
    BERLIN, 15 avril (Reuters) - L'Allemagne a décidé 
d'autoriser des poursuites pénales, réclamées par la Turquie, à 
l'encontre d'un humoriste qui a lu à la télévision publique ZDF 
un poème satirique émaillé d'allusions sexuelles à l'encontre du 
président Recep Tayyip Erdogan, a annoncé vendredi Angela 
Merkel. 
    "Il y avait des opinions divergentes entre partenaires de la 
coalition, entre les conservateurs et les sociaux-démocrates", a 
déclaré la chancelière à la presse.  
    "Le résultat est que le gouvernement donnera son 
autorisation", a-t-elle ajouté, soulignant cependant que le 
gouvernement ne se prononçait pas sur le fond.  
    Les avocats de Recep Tayyip Erdogan avaient déposé plainte 
en début de semaine après la lecture, le 31 mars dernier, par 
l'animateur Jan Böhmermann, d'un texte taxant notamment le chef 
de l'Etat turc de zoophile.  
    Böhmermann entendait ainsi railler la réaction du pouvoir 
turc après la diffusion sur une autre chaîne, la NDR, d'une 
chanson satirique moquant le traitement autoritaire de la presse 
en Turquie. Ankara avait convoqué l'ambassadeur d'Allemagne pour 
réclamer une explication et Berlin avait rejeté les 
protestations turques. 
    Avant de lire son texte, Jan Böhmermann avait expliqué 
vouloir donner un exemple de "critique injurieuse" et interdite 
et défendre la liberté de création et d'opinion. 
    Selon le code pénal allemand, c'est au gouvernement qu'il 
revient d'autoriser ou non le parquet à lancer des poursuites 
pour injures à l'encontre des représentants d'un Etat étranger, 
un délit passible de trois ans de prison. 
    D'où l'embarras du gouvernement allemand, soucieux à la fois 
de ménager la Turquie sur laquelle il compte pour freiner le 
flux de migrants et réfugiés vers son territoire, et de défendre 
la liberté de création et d'expression. 
     
    RISQUE DE CHANTAGE ? 
    Thomas Oppermann, haut responsable du Parti social-démocrate 
(SPD), a critiqué la décision gouvernementale. "Poursuivre la 
satire pour 'lèse-majesté' n'est pas compatible avec une 
démocratie moderne", a-t-il écrit sur Twitter. 
    "Il ne fait pas de doute qu'il s'agit de la bonne décision", 
a commenté de son côté Omer Celik, porte-parole du Parti de la 
justice et du développement (AKP) d'Erdogan. "Il s'agit d'une 
insulte à notre nation et à notre Etat". 
    "Les commentaires de cette personne sur cette chaîne de 
télévision n'étaient pas des critiques mais une insulte 
directe", a ajouté Omer Celik.      
    La clause du code pénal requérant l'intervention de 
l'exécutif dans le champ judiciaire est rarement utilisée et 
certains responsables ont souhaité sa suppression, la jugeant 
dépassée. 
    Angela Merkel a d'ailleurs annoncé que son gouvernement 
présenterait au cours de l'actuelle législature un projet de loi 
supprimant cet article, qui devrait disparaître d'ici 2018. 
    La chancelière a justifié la décision d'autoriser des 
poursuites en soulignant l'étroitesse des liens unissant 
l'Allemagne et la Turquie. Elle a également exhorté la Turquie à 
respecter la liberté d'expression, la liberté de la presse et la 
liberté de création. 
    Kai Diekmann, éditeur du quotidien populaire Bild, a publié 
un éditorial sous le titre "Dans la main d'Erdogan" dans lequel 
il se pose cette question : "L'accord conclu avec la Turquie 
rend-il l'Allemagne vulnérable à un chantage ?" 
     
 
 (Noah Barkin; Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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