L'air européen est plus clair mais pas forcément plus sain

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par Nina Chestney et Barbara Lewis

LONDRES/BRUXELLES (Reuters) - L'air que respirent les Européens n'est plus mortel comme lors du Grand smog qui s'abattit sur Londres en 1952 et fit des milliers de victimes, mais il contient des menaces invisibles.

Aujourd'hui, l'attention porte sur la réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2) considérées comme responsables du réchauffement climatique. Or, il existe des gaz nettement plus toxiques pour la santé humaine, comme les oxydes d'azote, issus des moteurs diesel et des centrales au charbon.

Résultat, soulignent ceux qui militent pour le changement, on respire en Europe un air de qualité de plus en plus médiocre peu propice à l'allongement de l'espérance de vie.

"Une des grandes difficultés quand on évoque cette question est que le problème n'est pas visible, comme dans le cas du smog de Londres dans les années 50", explique Simon Moore, du cercle de réflexion Policy Exchange à Londres.

Près de 50.000 personnes sur les 500 millions de citoyens de l'Union européenne meurent de façon prématurée chaque année en raison de l'air qu'ils respirent, selon l'Agence européenne de l'environnement.

Cette pollution coûte environ 1.000 milliards d'euros en frais de santé, jours d'arrêt maladie et coût pour l'environnement.

DANGEREUX OZONE

Londres est l'une des villes d'Europe les plus polluées. Son air recèle le taux le plus élevé de dioxyde d'azote (NO2) de toutes les capitales. Ce gaz incolore et inodore très dangereux est produit par les moteurs à combustion et les centrales thermiques

Via une chaîne de réactions chimiques, il se transforme en ozone troposphérique. A la veille des derniers Jeux olympiques, le niveau d'ozone troposphérique était de 80% supérieur aux normes recommandées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La mauvaise qualité de l'air est la cause de 29.000 décès par an au Royaume-Uni, estime la Commission sur les effets médicaux des polluants atmosphériques.

"La pollution de l'air, si on la compare avec d'autres questions sanitaires au Royaume-Uni, est, après le tabac, le premier facteur en terme de coûts financiers et de décès précoces", estime Simon Moore.

Selon un sondage effectué auprès de 25.000 Européens et publié en janvier par la Commission européenne, 56% estiment que la qualité de l'air s'est détériorée ces dix dernières années, et 72% estiment que l'action des autorités est insuffisante pour résoudre le problème.

L'an dernier, l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a estimé que la pollution de l'air dans les villes deviendrait la première cause de mortalité liée à l'environnement dans le monde en 2050.

Le nombre de morts prématurées liées à l'exposition aux particules polluantes pourrait doubler pour atteindre 3,6 millions par an, estime l'OCDE. L'essentiel de ces décès sont prévus hors d'Europe dans les pays en développement, mais le problème du dioxyde d'azote à Londres est significatif.

Les niveaux de NO2 dans certains secteurs particulièrement congestionnés de la ville sont à peu près les mêmes qu'à Pékin, alors que la capitale britannique compte environ deux fois moins d'habitants que la capitale chinoise.

MICROPARTICULES MORTELLES

La société ClientEarth poursuit l'Etat britannique devant la Cour suprême de Londres pour le forcer à atteindre les plafonds de concentration en NO2 prévues par l'UE d'ici 2015 et non pour 2020 ou 2025. La décision est attendue dans quelques semaines.

Si le problème de Londres est le dioxyde d'azote causé par le trafic, l'Europe dans son ensemble est confrontée à un phénomène plus large d'ozone et de micro particules en suspension, assez petites pour pénétrer le tissu pulmonaire.

En 2010 dans l'Union européenne, près d'un citadin sur trois était exposé à des concentrations excessives de ces particules, issues notamment du trafic routier et de l'industrie, a dit récemment l'Agence européenne de l'environnement à partir de calculs faits avec les normes de l'UE. En utilisant les normes plus strictes de l'OMS, pratiquement tous les habitants des villes de l'UE sont exposés à des taux dangereux pour la santé.

Les véhicules diesel et les centrales à charbon sont particulièrement dangereux, estiment les chercheurs. Même la Suisse, dont on vante l'air des montagnes, a des problèmes avec les gaz d'échappement des poids lourds qui restent piégés dans les vallées enclavées.

Alors que dans le monde, les moteurs sont pour la plupart à essence, le diesel, aux émissions particulièrement toxiques, est majoritaire en Europe. Les gaz d'échappement des véhicules diesel sont cause de cancer, rappelle l'OMS, et font partie de la même catégorie que l'amiante, l'arsenic et le gaz moutarde.

La Commission européenne cherche à limiter les gaz d'échappement issus du diesel. Mais la mesure des émissions constitue à elle seule un problème.

L'Europe est également malade de ses centrales à charbon. Les Européens sont tentés de tirer profit de la baisse du prix du charbon importé des Etats-Unis grâce à la mise en production des gaz de schiste. D'autant que les incitations à l'utilisation de combustibles plus propres sont devenues moins intéressantes.

La compagnie d'électricité allemande E.ON ne se cache pas pour dire qu'elle n'a d'autre choix que de suspendre certaines de ses centrales à gaz les plus efficaces parce que la combustion du charbon coûte moins cher.

Les nouvelles normes en matière de pollution se heurtent en outre à la résistance des industriels. Alain Mathuren, porte-parole d'Europia, lobby des raffineurs, explique que la profession manque d'argent pour financer des réformes coûteuses.

Danielle Rouquié pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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