L'aide de l'UE à l'Afrique liée au renvoi des migrants-document

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    * L'EU veut conclure des conventions de migration 
    * Nigeria, Niger, Sénégal, Ethiopie et Mali sont concernés 
    * L'UE a aussi une politique incitative avec l'Afghanistan 
 
    par Gabriela Baczynska et Alastair Macdonald 
    BRUXELLES, 19 octobre (Reuters) - Le Conseil européen qui se 
tient jeudi et vendredi à Bruxelles devrait décider de brandir 
l'arme financière et commerciale pour inciter les gouvernements 
africains à endiguer le flot de migrants qui fuient en masse 
vers les rivages de l'Europe dans le but de trouver un avenir 
meilleur. 
    Selon un projet de déclaration dont Reuters a pu prendre 
connaissance, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de 
l'UE diront qu'ils veulent "des résultats mesurables en ce qui 
concerne la prévention de l'immigration illégale et le retour 
des migrants en situation irrégulière." 
    Pour cela, ils décideront de "créer et de mettre en oeuvre 
les incitations nécessaires, en ayant recours à toutes les 
politiques et instruments européens pertinents, y compris le 
développement et le commerce". 
    Derrière le langage diplomatique, se profile la menace d'une 
réduction de l'aide au développement et d'une baisse des 
échanges commerciaux avec les pays qui ne coopéreront pas. 
    Les autorités européens veulent mettre en place des mesures 
plus strictes pour identifier les migrants illégaux et les 
renvoyer en Afrique par avion avant les prochains grands départs 
des côtes africaines au printemps prochain.  
    Maniant aussi la carotte, les dirigeants des Vingt-Huit 
devraient en parallèle proposer une aide accrue et un traitement 
commercial préférentiel aux Etats souhaitant coopérer. 
    Cette nouvelle approche, proposée à l'origine par l'Italie, 
où débarquent le plupart des réfugiés en provenance d'Afrique, 
vise au départ cinq pays : le Nigeria, le Niger, le Sénégal, 
l'Ethiopie et le Mali. 
    Il s'agit de mettre sur pied des conventions de migration 
"avant le printemps prochain", commente un responsable européen. 
    L'UE semble déterminée à renvoyer dans leurs pays toutes les 
personnes dont la vie n'est pas en danger immédiat.      
     
    LES DANGERS DE LA TRAVERSÉE 
    Pour inciter les cinq Etats africains concernés à reprendre 
leurs migrants, l'UE a déjà fait venir des responsables 
africains en Italie pour identifier ceux qui pourraient essayer 
de dissimuler leur identité pour éviter d'être renvoyés chez 
eux. 
    Les arrivées en Italie sont en hausse de près de 6% cette 
année par rapport à 2015. L'an dernier, l'Italie a accueilli 
154.000 migrants. Elle devrait en recevoir autant, voire un peu 
plus cette année. Le nombre de demandeurs d'asile se monte à 
165.000, soit trois fois plus qu'en 2014.  
    Exemple de la nouvelle approche, la chancelière allemande 
Angela Merkel a promis d'aider l'Ethiopie quelques jours après 
la décisions d'Addis-Abeba de reprendre 50 personnes expulsées 
d'Europe alors qu'elle était auparavant réticente à le faire. 
    Au Niger, un centre d'information financé par l'UE a été 
établi à Agadès, ville de passage pour les migrants qui 
traversent le Sahara pour rejoindre les bateaux qui les 
attendent sur les côtes libyennes. Les candidats à l'immigration 
y sont informés des dangers de la traversée dans le but de les 
dissuader de poursuivre leur périple. 
    Avec l'Afghanistan, dont les ressortissants constituent le 
second groupe de migrants qui arrivent en Europe après les 
Syriens, l'UE a conclu un accord qui conditionne son soutien 
politique et financier au nombre de personnes reprises par le 
pays. 
    L'UE aide aussi la Turquie, le Liban et la Jordanie qui 
accueillent environ trois millions de réfugiés syriens.  
    Avec la Turquie, Bruxelles a conclu en mars dernier un 
accord de fond qui prévoit une accélération des discussions 
d'entrée dans l'UE et une délivrance facilitée des visas pour 
les Turcs souhaitant se rendre en Europe si Ankara parvient à 
empêcher les départs de migrants vers la Grèce. 
    Cet accord a réduit à quasiment rien les arrivées de 
migrants sur les îles grecques. 
    "Il y a quelque chose de fondamentalement déplaisant dans 
cette nouvelle approche de la politique étrangère de l'EU parce 
qu'historiquement, elle a toujours été le gentil", commente 
Elizabeth Collett du cercle de réflexion Migration Policy 
Institute à Bruxelles. "C'est la première fois qu'on lui demande 
de ne plus être le gentil." 
     
 
 (Avec Steve Scherer à Rome; Danielle Rouquié pour le service 
français) 
 
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