L'aide aux régions et aux banques grève la dette espagnole

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L'AIDE AUX RÉGIONS ET AUX BANQUES AUGMENTERA LA DETTE ESPAGNOLE EN 2013
L'AIDE AUX RÉGIONS ET AUX BANQUES AUGMENTERA LA DETTE ESPAGNOLE EN 2013

par Andrés González

MADRID (Reuters) - L'endettement de l'Espagne augmentera encore en 2013, conséquence de l'aide accordée aux régions et aux banques, ce qui accroît la pression sur le gouvernement pour qu'il fasse appel à un secours extérieur.

Selon les détails du projet de budget 2013 dévoilés samedi, l'endettement du pays représentera 90,5% du produit intérieur brut à fin 2013, soit trois fois le niveau enregistré avant l'éclatement de la bulle immobilière en 2008.

Le texte soumis au Parlement prévoit des économies d'environ 13 milliards d'euros qui se traduiront pour la plupart par de nouvelles coupes dans les budgets de la fonction publique, de l'éducation, de la santé et des services sociaux.

"C'est un budget d'austérité mais qui nous permettra de surmonter cette longue crise économique et de montrer une fois encore que l'Espagne est un partenaire de confiance au sein de l'Europe", a déclaré le ministre du Trésor, Cristobal Montoro.

Des milliers de personnes ont manifesté samedi à Madrid pour la troisième fois de la semaine, accusant le gouvernement de piller l'"Etat-providence" pour sauver des banques coupables de mauvaise gestion.

"Il faut que cela change. Il faut leur montrer que nous ne sommes pas une minorité anti-système mais que nous représentons le mécontentement des Espagnols. Et nous sommes nombreux, il suffit de voir le taux de chômage pour s'en rendre compte", expliquait l'une des manifestantes, Montse, une enseignante de 44 ans qui défilait avec son mari chômeur et sa fille de onze ans.

Le taux de chômage en Espagne est plus du double de la moyenne de l'Union européenne et un jeune sur deux est sans travail.

Le président du gouvernement, Mariano Rajoy, s'est jusqu'ici abstenu de demander officiellement une aide, ce qui activerait le programme de rachat d'obligations souveraines décidé début septembre par la Banque centrale européenne. Mais beaucoup considèrent que les réformes et le projet de budget annoncés ces derniers jours préparent le terrain en anticipant les conditions qui seraient attachées à l'octroi d'une aide.

Rajoy, qui dit toujours étudier les conditions liées à toute demande d'aide, attendra probablement les élections régionales en Galice et au Pays basque avant de prendre une décision.

UNE PRÉVISION TROP OPTIMISTE ?

Alors que l'Espagne s'enfonce dans la récession depuis le début 2012, le budget 2013 prévoit des coupes de 3,1% dans les dépenses de santé, de 14,4% dans l'éducation et de 6,3% dans les allocations de chômage.

Les financements publics dont bénéficient le commerce, le tourisme et les petites et moyennes entreprises seront réduits de 18,8% et les dépenses en infrastructures baisseront de 13,5%.

La dépendance envers les marchés internationaux sera accrue l'an prochain avec des besoins de financement estimés à 207,2 milliards d'euros, contre 186,1 milliards dans le budget 2012.

Le coût du service de la dette, plombé par des taux d'intérêt à plus de 6% pour l'emprunt phare à dix ans, devrait atteindre l'an prochain 38,6 milliards d'euros, soit 3,6% du PIB.

Le Trésor aura à rembourser en 2013 pour 159,2 milliards d'euros d'emprunts arrivant à échéance, contre 153,2 milliards en 2012.

La hausse du ratio dette/PIB s'explique par la crise économique et l'effet de divers instruments sur les comptes publics, précise le Trésor dans le document.

Parmi ces instruments figurent le fonds d'aide aux gouvernements régionaux, la part de l'Espagne dans les aides européennes accordés à l'Irlande, à la Grèce et au Portugal, ou encore un prêt public pour la recapitalisation des banques espagnoles.

La Commission européenne a fait bon accueil jeudi aux réformes - 43 en six mois - promises par Madrid mais n'a pas encore commenté le projet de budget .

Les économistes, eux, sont sceptiques sur le cadrage macro-économique du budget, fondé sur une hypothèse de contraction du PIB limitée à 0,5% en 2013.

"C'est une prévision très optimiste", commente Xavier Vives, professeur d'économie à l'école de management IESE. Il s'attend à ce qu'elle soit révisée, comme ce fut le cas lors des quatre dernières années.

Selon Cristobal Montoro, le déficit budgétaire de l'Espagne sera de 6,3% du PIB cette année, conforme aux objectifs, mais il atteindrait 7,4% si on prend en compte l'aide versée aux banques. "Tout ce qui est dérivé d'opérations financières n'entre pas dans le calcul du déficit car il s'agit d'éléments ponctuels", a-t-il fait valoir.

L'Espagne a obtenu une ligne de crédit de 100 milliards d'euros pour secourir son secteur bancaire. Un audit indépendant publié vendredi chiffre à 59,3 milliards d'euros les besoins des banques .

Le budget détaillé publié samedi montre que le ratio d'endettement de l'Espagne comprend 30 milliards d'euros d'aide européenne aux banques.

Véronique Tison pour le service français, édité par Jean-Loup Fiévet

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