L'aide aux énergies renouvelables mal ciblée, selon les Sages

le
0
LA COUR DES COMPTES PRÔNE UNE AMÉLIORATION DU CIBLAGE DU SOUTIEN AUX ÉNERGIES RENOUVELABLES
LA COUR DES COMPTES PRÔNE UNE AMÉLIORATION DU CIBLAGE DU SOUTIEN AUX ÉNERGIES RENOUVELABLES

PARIS (Reuters) - Les politiques publiques de soutien aux énergies renouvelables ont coûté 14,3 milliards d'euros entre 2005 et 2011 et doivent être mieux ciblées pour atteindre les objectifs fixés et avoir un impact positif sur l'emploi, estime la Cour des Comptes.

L'institution insiste dans un rapport publié jeudi sur le coût élevé de certaines filières, comme le solaire.

La France ambitionne d'atteindre 23% d'énergies renouvelables dans sa consommation en 2020, contre environ 15% actuellement, essentiellement fournis par les barrages.

"L'analyse de la Cour montre que (ces objectifs) peuvent être atteints mais que de nombreux obstacles doivent être levés. Le principal est le coût encore trop élevé de nombreuses technologies", a dit Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes, lors d'une conférence de presse.

"Certaines filières électriques renouvelables ont des coûts devenus voisins de ceux du nucléaire", a-t-il ajouté, citant l'hydraulique et l'éolien terrestre dont les coûts de production sont estimés entre 60 et 100 euros le mégawatheure (MWh).

A l'inverse, le solaire photovoltaïque coûte entre 100 et 700 euros le MWh à produire. Le coût de production de l'électricité nucléaire de l'EPR de Flamanville sera compris selon EDF entre 70 et 90 euros le MWh, rappelle l'institution.

Soulignant que les aides doivent tenir compte de l'impact sur la construction de filières industrielles et sur l'emploi, la Cour juge que l'expertise de l'Etat ainsi que les contrôles sur l'usage des aides, notamment fiscales, sont insuffisants.

ÉVITER LES "EFFETS D'AUBAINE"

Elle propose notamment de "réserver les appels d'offres aux filières les plus en retard dans la réalisation de leurs objectifs de capacité et aux installations qui ne bénéficient pas d'un tarif d'achat fixe pour éviter les "effets d'aubaine".

La Cour vise notamment l'énergie solaire photovoltaïque, qui a bénéficié d'appels d'offres en 2013, alors que cette filière est en avance sur l'objectif de 5.400 mégawatts (MW) en 2020.

A l'inverse, l'énergie éolienne terrestre -"sur le point d'être compétitive"- accuse un retard important avec seulement 7.500 MW installé contre 19.000 MW d'objectifs pour 2020.

Le rapport propose ainsi que les aides aux énergies renouvelables (ENR) soient réservées aux installations les plus efficientes compte tenu de leur coût, de leur part dans la production énergétique et de leur contenu en emplois.

Elle demande également d'augmenter le soutien financier à la recherche, qui atteignait seulement 300 millions d'euros pas an.

Entre 2005 et 2011, les politiques publiques de soutien aux ENR ont représenté 14,3 milliards d'euros, selon le rapport.

Parmi ces outils, le financement de la contribution au service public de l'électricité (CSPE), qui permet de soutenir le développement des énergies renouvelables doit être révisé, dit la Cour, réaffirmant une position prise en 2011.

"Pour l'instant seul le consommateur d'électricité paie cette charge. Ce n'est pas justifié à partir du moment où on finance l'ensemble de l'énergie renouvelable", a dit Gilles-Pierre Levy, président de la deuxième chambre de la Cour, citant la possibilité de mettre les carburants à contribution.

PAS DE DIFFICULTÉS DE FINANCEMENT

Le coût lié au soutien aux renouvelables dans la CSPE, qui finance également les tarifs sociaux de l'énergie, a représenté 3,3 milliards d'euros entre 2005 et 2011. Sur la période 2012-2020, cette somme atteindra 40,5 milliards d'euros.

D'un point de vue global, la situation financière de la France dans le soutien aux énergies renouvelables est parfois meilleure que celle de ses voisins, note-t-elle.

"La stratégie française, qui a parfois pu être décrite comme trop mesurée par rapport notamment à l'enthousiasme allemand et espagnol, lui épargne encore pour l'instant les difficultés de financement auxquelles ces pays se trouvent confrontés."

François Hollande s'est engagé à bouleverser la politique énergétique de la France, en réduisant de 75 à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité et en développant massivement les énergies renouvelables.

Un projet de loi de programmation doit être remis à l'automne, s'inspirant notamment des propositions issues du débat sur la transition énergétique qui s'est achevé mi-juillet.

Certains acteurs du débat ont proposé de réduire de 50% la consommation d'énergie à l'horizon 2050.

Sans avancer d'objectif, la Cour estime que les économies d'énergies constituent "un volet aussi important, sinon plus important, que le développement des énergies nouvelles."

Marion Douet, édité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant