L'aide aux banques en Espagne va entraîner des cessions d'actifs

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L'aide aux banques en Espagne va entraîner des cessions d'actifs
L'aide aux banques en Espagne va entraîner des cessions d'actifs

par Tracy Rucinski et Carlos Ruano

MADRID (Reuters) - Les banques espagnoles, sous l'effet de l'aide publique que va leur octroyer l'Europe, vont être amenées à céder une montagne d'actifs de grandes entreprises, ce qui rebattra les cartes de l'actionnariat de bon nombre de sociétés de premier plan en Espagne.

Madrid a formellement sollicité lundi l'aide financière de la zone euro pour renflouer ses banques, sans préciser pour l'instant le montant des capitaux dont elle a besoin.

Mais ce qui est sûr, c'est que les établissements qui recevront des fonds devront se conformer au règlement européen entourant les aides d'Etat, qui prévoit généralement des cessions d'actifs en contrepartie d'un feu vert accordé à ce type d'aides.

Ceci devrait entraîner la vente de participations importantes que détiennent les banques dans le géant des télécoms Telefonica, la compagnie pétrolière Repsol ou encore l'énergéticien Iberdrola.

UBS estime à 22 milliards d'euros les participations dans des entreprises espagnoles qui pourraient être mises en vente, essentiellement par les caisses d'épargne régionales ("cajas").

Une telle somme représente quelque 9% de la capitalisation boursière des 35 sociétés qui composent l'Ibex, l'indice vedette de la Bourse de Madrid.

Au cours des années, les cajas ont obtenu des sièges au conseil d'administration de plusieurs grands noms de l'industrie espagnole, jouant ainsi un rôle prépondérant dans l'orientation stratégique de secteurs tels que le tourisme, l'immobilier, l'énergie ou encore les télécoms.

PAS "SI" MAIS "QUAND"

Créées à l'époque de la campagne napoléonienne pour aider les fermiers à surmonter les destructions de récoltes, les caisses d'épargne régionales ont favorisé l'établissement de liens étroits entre prêteurs et entreprises.

D'un côté, les cajas ont refinancé pendant des années l'endettement d'entreprises en difficulté pour leur éviter une crise de liquidité, tandis que de l'autre les banquiers ont gagné des sommes considérables en siégeant aux conseils d'administration.

Ce temps semble révolu.

"Les banques vont devoir vendre", a résumé Flemming Barton, analyste chez CM Capital Markets.

Bankia, qui a dû demander le mois dernier au gouvernement espagnol d'être renflouée à hauteur de 19 milliards d'euros, la plus importante aide publique jamais accordée en Espagne, est la première sur la liste.

Elle détient 20% de la société de technologie Indra, 12% d'International Airlines Group (IAG), la holding de tête de British Airways et d'Iberia, 5,3% d'Iberdrola ainsi que des participations non négligeables dans l'assureur Mapfre, l'hôtelier NH Hoteles ou encore le producteur d'huile d'olive Deoleo.

"Bankia va devoir liquider tous ses actifs à l'exception de Mapfre, pour lequel il y a des participations croisées et des accords stratégiques", a déclaré une source bancaire.

"Cela va mettre la pression sur d'autres caisses d'épargne, y compris l'empire industriel de La Caixa."

ÉVITER DE CASSER LES PRIX

Comme les deux premiers établissements bancaires du pays, Santander et BBVA, La Caixa n'a pas besoin d'une aide extérieure, mais des analystes et des sources estiment que la cession de certaines participations de l'établissement catalan n'est qu'une question de temps.

Via son véhicule Caixabank, qui porte ses actifs, la plus puissante des cajas détient 37% de Gas Natural, 28% de l'opérateur d'autoroutes à péage Abertis, 12,8% de Repsol et 5,1% de Telefonica, sans compter des parts dans les banques Erste, en Autriche, et BPI, au Portugal.

Les dirigeants d'entreprises dans lesquelles Bankia a une participation s'évertuent à trouver des acheteurs dans l'espoir d'éviter que les parts soient vendus à prix cassé ou tombent entre des mains indésirables.

Dans un contexte de sévère récession, qui devrait durer jusqu'à la fin de l'année, les investisseurs peuvent être tentés de repousser tout achat d'actif dans l'espoir d'en voir la valeur baisser encore.

Le président d'Iberdrola, Ignacio Sanchez Galan, a déclaré vendredi que l'entreprise n'excluait pas de racheter elle-même la participation de Bankia, évaluée à un milliard d'euros.

Willie Walsh, le directeur général d'IAG, a déclaré la semaine dernière que des investisseurs étaient intéressés par la participation de Bankia dans le groupe de transport aérien, évaluée à 420 millions d'euros.

Benoit Van Overstraeten pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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