L'agence fait de la résistance grâce aux mutualistes

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UNE RÉDUCTION LENTE DES AGENCES BANCAIRES EN FRANCE
UNE RÉDUCTION LENTE DES AGENCES BANCAIRES EN FRANCE

par Julien Ponthus et Maya Nikolaeva

PARIS (Reuters) - Le nombre d'agences bancaires continue de diminuer en France beaucoup plus lentement que dans le reste de l'Union européenne grâce aux mutualistes qui font le choix, contrairement aux grandes banques commerciales, de maintenir leurs réseaux en parallèle de la digitalisation de la relation client.

Selon les chiffres de la Banque centrale européenne (BCE), le nombre d'agences a baissé de 15,7% en moyenne dans l'UE entre 2011 et 2015 mais dans l'Hexagone, cette tendance relève plutôt de l'attrition : -2,25%.

La lecture des rapports annuels 2015 révèle un fossé stratégique entre les grands établissements bancaires qui se partagent le marché français.

Société générale et BNP Paribas ont vu de 2013 à 2015 leur nombre d'agences passer respectivement de 3.161 à 3.085 et de 2.139 à 2.009 unités. La première, qui a fermé 72 agences juste depuis le début de l'année, entend supprimer 20% de son réseau d'agences à horizon 2020 et la seconde a lancé un plan du même ordre en France.

A l'inverse, les chiffres sont remarquablement stables pour les grandes enseignes mutualistes, qui trustent plus de la moitié du marché français.

"J'entends souvent opposer internet et les agences bancaires physiques: je suis convaincu que les deux peuvent se marier", a déclaré en octobre lors de l'assemblée générale de la confédération nationale du Crédit mutuel, son président Nicolas Théry.

Le CM11, dont est issu ce dernier, et qui regroupe 11 fédérations du Crédit mutuel (CM11) a maintenu 2.015 agences sur la période 2013-2015.

Cette divergence stratégique ne s'explique pas par une vision fondamentalement différente de l'évolution de l'industrie bancaire: toutes les banques intègrent en effet dans leur communication la promotion d'une offre basée sur trois canaux de relation client à savoir l'agence, le téléphone et l'internet fixe et mobile.

Elles ont également toutes mis en oeuvre de grands programmes de rénovation et d'adaptation du format de leurs agences pour coller au mieux aux usages de leurs clients, dont les visites se font de plus en plus rares.

"QUESTION EXISTENTIELLE"

Pour Marc Siblini, du cabinet de conseil Eurogroup Consulting, la décision de maintenir les réseaux des banques mutualistes relève plutôt d'une question "existentielle".

"Les mutualistes revendiquent la proximité et l'ancrage local, c'est normal que ce soit les plus réticents" à tailler dans leur réseau, explique ce spécialiste du secteur bancaire.

Contrairement aux banques commerciales, les mutualistes sont structurées sur la base de caisses locales et de fédérations régionales souveraines sur leurs territoires, dont sont issus leurs dirigeants.

Ces structures ne raisonnent donc pas sur une logique d'économies d'échelle au niveau national voire multinational, comme pour BNP Paribas, mais cherchent plus simplement à optimiser leur maillage en fonction de l'évolution démographique et économique régionale.

Thierry Cahn, Président de Banque populaire Alsace Lorraine Champagne, explique ainsi à Reuters qu'il n'a "aucun" plan de réduction d'agences en tant que tel.

"On n'a pas bougé, ou alors à une ou deux agences près", rappelle-t-il, notant que le nombre d'agences au sein de sa région reste stable à 272 agences en 2015, des ouvertures compensant des fermetures.

"Ce qui se passe, c'est que dans les grandes villes, on réduit en général le nombre d'agences mais on maintient la présence de la banque dans les campagnes et dans les territoires moins peuplés", souligne-t-il.

Cette tendance se retrouve au sein du groupe BPCE. En trois ans les Caisses d'Epargne perdent simplement deux agences à 4.195 unités alors que Banque populaire en gagne huit à 3.338.

La différence avec les banques commerciales est encore plus marquée au Crédit agricole, où il n'existe pas de plan de réduction du réseau à l'échelle des caisses régionales, dont le nombre d'agences, environ 7.000, est stable.

"Chaque caisse régionale adapte ses décisions à la situation de son marché", explique un porte-parole de la fédération nationale du Crédit agricole, qui insiste sur le caractère stratégique de l'agence pour la banque verte.

"PARCE QU'IL Y A UNE AGENCE PRÈS DE MON DOMICILE"

La logique d'économie d'échelle se retrouve en revanche au niveau de l'enseigne LCL, qui appartient à l'entité cotée Crédit agricole SA.

LCL, qui a un profil beaucoup plus urbain, a lancé un vaste plan de regroupement d'agences qui doit se solder par la fermeture de 200 à 240 unités.

Les différentes dynamiques entre mutualistes et banques commerciales pourraient encore s'accélérer dans les prochaines années.

Les plans de digitalisation et de transformation de BNP Paribas et Société générale ont en effet été concoctés dans un climat de taux bas et de croissance atone qui n'en finit pas de se durcir et qui encourage la poursuite, voire l'accélération des économies de coûts.

Sur le terrain, il est encore difficile de dire quel pari sera gagnant en terme de parts de marchés, même si des dirigeants mutualistes se montrent enthousiastes.

"Quand la Société générale a fermé des agences, on en a bénéficié, donc le retrait des banques cotées, on en bénéficie sur le terrain", a confié à Reuters Pascal Durand, directeur général de la Confédération de Crédit Mutuel.

D'autres dirigeants interrogés par Reuters se montrent beaucoup plus prudents sur la question des agences, de plus en plus désertées par les Français.

Selon un sondage réalisé pour le cabinet Deloitte, 27% des Français déclarent ne plus utiliser du tout dans l'année les services de leur agence. Mais interrogés sur les raisons pour lesquelles ils choisissent leur banque principale, la première réponse donnée, (17% des sondés) est : "parce qu'il y a une agence près de mon domicile".

(Julien Ponthus, édité par Jean-Michel Bélot)


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