L'AG de Renault laisse le débat ouvert sur l'avenir de l'alliance

le , mis à jour à 22:10
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LE DÉBAT SUR L'ÉVOLUTION DE L'ALLIANCE RENAULT-NISSAN RESTE EN SUSPENS
LE DÉBAT SUR L'ÉVOLUTION DE L'ALLIANCE RENAULT-NISSAN RESTE EN SUSPENS

par Gilles Guillaume et Laurence Frost

PARIS (Reuters) - Le renforcement du pouvoir de l'Etat français sur Renault, acté jeudi à l'assemblée générale du constructeur, constitue un revers pour le PDG Carlos Ghosn et met à nu les divergences de vues qui couvaient sur l'évolution future de l'alliance avec Nissan.

L'Etat est parvenu à bloquer une résolution instaurant le principe "une action-une voix" et donc à s'assurer les droits de vote double prévus par la loi Florange. La résolution a recueilli 60,53% des voix, alors qu'il lui fallait une majorité des deux-tiers pour passer.

Même s'il entend ramener sa participation à 15% après l'AG, l'Etat français sera donc en mesure de peser davantage à l'avenir dans les destinées d'une alliance inédite dans le secteur automobile, à laquelle Carlos Ghosn a donné l'an dernier un coup d'accélérateur.

"Je ne pense pas que Carlos Ghosn ira au tapis sans donner quelques coups", déclare un responsable de l'alliance qui connaît bien le PDG de Renault-Nissan.

Le bras de fer entre l'homme qui incarne l'alliance depuis 2009 d'une part, et son principal actionnaire, est resté feutré jeudi au Carrousel du Louvre. Un des représentants de l'Etat a déclaré que son souhait était d'être un "pont entre l'entreprise et son actionnaire étatique" afin que tous deux se comprennent mieux, tandis que Carlos Ghosn a dit qu'au-delà des débats, l'essentiel était de "converger sur le fond".

La question de fond, justement, est la vitesse à laquelle Carlos Ghosn entend rapprocher Renault et Nissan, et la forme future qu'il veut donner à l'alliance entre les deux groupes.

"Ce dernier développement est vu par le PDG de Renault-Nissan comme une mise en garde pour coopérer davantage afin de préserver les emplois en France", souligne une source proche de l'alliance.

Dans son message vidéo projeté à l'AG des actionnaires, Régis Turrini, administrateur de l'Etat, a insisté lui aussi sur "le rôle très important de Renault dans l'économie française, au-delà de sa simple perception en tant qu'entreprise automobile".

INQUIÉTUDE AU TECHNOCENTRE, MOINS DANS LES USINES

La volonté de renforcement de l'Etat français intervient sur fond d'inquiétudes parmi les salariés de Renault, de nombreuses voix exprimant les craintes de voir l'accélération actuelle de l'intégration entre les deux groupes faire pencher la balance en faveur de la partie japonaise.

Cette préoccupation est actuellement plus grande dans l'ingénierie que dans les usines du groupe, où la coopération accrue avec Nissan s'est au contraire accompagnée de l'accueil en France de productions supplémentaires, comme celle de la future Nissan Micra à Flins (Yvelines).

La production de modèles pour le compte des partenaires a également dopé le chiffre d'affaires de Renault au premier trimestre.

"Les ingénieurs de Renault ont l'impression qu'ils sont 'nissanisés' (...) que Nissan est en train de prendre la main", indique une source de Renault. "On va vers la fusion."

Grâce à la mise en commun d'un nombre croissant de tâches, Carlos Ghosn vise maintenant un montant annuel de synergies de cinq milliards d'euros en 2016, une très forte accélération par rapport aux 2,87 milliards de 2013 ou au 1,5 milliard de 2009.

Ce rapprochement s'est également incarné dans la nomination en avril dernier d'un nouveau comité de direction avec quatre grandes fonctions fusionnées: l'ingénierie/R&D, la fabrication/logistique, les achats et les ressources humaines, dont les trois premières sont revenues à des dirigeants de Nissan, et la quatrième à Renault.

LA BALLE À GHOSN

Si Renault a racheté en 1999 un Nissan quasiment en faillite, le groupe japonais pèse aujourd'hui près de deux fois plus lourd que son partenaire français en termes de volumes, grâce notamment à sa présence sur des marchés porteurs comme les Etats-Unis et la Chine, dont Renault est absent.

Au Japon, ce rapport de force rend d'autant moins acceptable le schéma de 2002 selon lequel Nissan détient 15% de Renault mais aucun droit de vote car le groupe français contrôle son partenaire japonais via une participation de 43,4%.

"C'est un chiffre arbitraire et à mes yeux, Carlos Ghosn va faire quelque chose pour rétablir l'équilibre au sein de l'alliance", commente Kristina Church, analyste chez Barclays.

Cette question est récurrente mais n'a jamais encore trouvé de solution. "Nissan aurait apprécié d'avoir des droits de vote, même limités, dès le début", indique une source proche du dossier. "Le sujet est revenu assez souvent, chaque fois qu'on a touché à la structure de l'alliance. Mais après tout, Renault est propriétaire de Nissan."

Le prédécesseur de Carlos Ghosn, Louis Schweitzer, est sorti lundi de son silence pour appeler l'Etat à "assurer l'ancrage de Renault en France, le fait que Renault garde son centre principal en France, que l'alliance Renault-Nissan demeure dans l'équilibre d'origine où c'est Renault le pilote."

"Beaucoup de constructeurs ont un point d'ancrage", a ajouté sur France Inter celui qui fut PDG de Renault de 1992 à 2005, période notamment marquée par la genèse de l'alliance Renault-Nissan.

Chez Nissan, le sujet du lieu d'ancrage est tout aussi sensible. "Dès que la loi Florange a été votée, nous nous sommes aperçus que cela poserait un problème particulier chez Renault", a expliqué jeudi à l'AG Philippe Lagayette, administrateur référent.

"La situation avant la loi Florange, c'est 15% du capital pour l'un, droits de vote zéro, et pour l'autre, droits de vote 17,5%. Cette situation durait depuis plus de dix ans et compte tenu du bon rapport de confiance qui existe à l'intérieur de l'alliance, cette situation était acceptée."

La donne a changé jeudi, ce qui pourrait relancer les appels en faveur d'une activation des droits de vote de Nissan, notamment dans l'hypothèse d'une réduction de la participation de Renault, par exemple à l'occasion d'une augmentation de capital du groupe japonais.

La balle est désormais dans le camp de Carlos Ghosn. "Je suis sûr qu'il est en train de trouver des moyens pour essayer de récupérer des droits de vote pour Nissan, ce qu'il a toujours souhaité", a indiqué une source proche du dossier.

Elle rappelle que fin 2008, Renault a été proche de réduire sa participation dans Nissan en vendant des titres en pleine crise financière, jusqu'à ce que le Trésor français s'en émeuve quelques jours seulement avant l'opération.

"Connaissant un peu Carlos Ghosn, il ne doit pas être content mais il est pragmatique. Il a compris que les droits de vote doubles vont exister (...) mais il sait faire avec la réalité."

(Avec Norihiko Shirouzu à Tokyo, édité par Marc Angrand)

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  • fquiroga le vendredi 1 mai 2015 à 08:54

    Renault vit ses derniers soubresauts..... Avec les énarques au décisions cette boite est foutue.

  • l.badet- le vendredi 1 mai 2015 à 07:30

    Encore une entreprise qui va quitter la France. Avec les pertes d'emplois qui en résulteront......

  • b.renie le vendredi 1 mai 2015 à 06:09

    La présence intervenante de l'Etat ne peut que nuire à la santé de l'entreprise : c'est vrai pour toute entreprise. Qu'il vende ses participations et allège sa dette souveraine avec l'argent retiré de la vente. Il déplombera le budget du service de la dette.

  • M4093614 le jeudi 30 avr 2015 à 23:28

    M. Ghosn a depuis trop longtemps favorisé Nissan au dépend de Renault alors que c'est bien Renault le propriétaire de Nissan. Il a voulu renverser la tendance, il a échoué. On ne peut malheureusement pas vouloir préserver l'emploi en France et défendre nos multinationales sans en passer par là. Nous sommes en pleine guerre économique, certaines pays n'hésitent pas alors je ne vois pas pourquoi s'en priver. Pensez à Arcelor qui a été dilapidé par Mittal...

  • schlepi le jeudi 30 avr 2015 à 22:49

    décidément tout doit passer par le gouvernement dans ce pays Merci de nous donner les raisons qui on pousser le Qatar a acheter des rafales , mais ça nous les découvrirons dans 30 ans ,il sera alors trop tard'pauvre France'

  • gdupuis2 le jeudi 30 avr 2015 à 22:42

    Quand l'Etat augmente sa participation dans la gouvernance d'une entreprise, ce n'est que très rarement un bon signal.

  • grinchu1 le jeudi 30 avr 2015 à 22:40

    comprends pas !60% ,ce n'est pas les 2/3...!!!Si un Macron...peut empêcher un GHOSN...Au secours...!Fuyons !!!Et je vends tous mes Renault pour acheter du Nissan !!!