« L'Afrique sub-saharienne, paradis des investisseurs ? » - Tchat avec Akiko Suwa-Eisenmann du Cercle des économistes

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Mort de Nelson Mandela, intervention française en Centrafrique et Sommet de l'Elysée, l'actualité met le continent noir sur le devant de la scène. Selon Akiko Suwa-Eisenmann, malgré la faiblesse de certains Etats, l'Afrique présente de vraies opportunités d'investissement.

Le sommet France-Afrique a été l'occasion de présenter un nouveau partenariat entre la France et l'Afrique : décidément, l'Afrique est-elle devenue un nouvel eldorado pour les investisseurs ? Oui, l'Afrique est indéniablement une terre d'opportunités. La croissance depuis 2005, est tirée par la hausse du prix des ressources naturelles : pétrole, or, diamants, cuivre, bauxite, mais aussi caoutchouc, café-cacao, huile de palme ou noix de cajou. Grâce à la croissance démographique, l'Afrique a désormais assez de main d' 1/2 uvre pour intensifier son agriculture, développer une industrie de transformation autour de l'agriculture, ou des services, et passer à la vitesse supérieure, comme en Asie. En outre, plusieurs pays sortent d'années de guerres ou de dictature ; des gouvernements démocratiquement élus arrivent au pouvoir et doivent répondre aux attentes de leur population. Le résultat, c'est une croissance de 5% par an depuis 2005, qu'il faut certes diviser par deux quand on tient compte de la croissance démographique, mais même à 2,5% par an, c'est une opportunité historique. Les exemples abondent, non seulement en Afrique de l'Est comme le Rwanda, l'Ethiopie, l'Ouganda, mais aussi, en Afrique de l'Ouest, qui devrait même croître plus vite que le reste de l'Afrique, mené par des pays comme le Nigeria, le Ghana ou la Côte d'Ivoire.

Cependant, les Etats restent fragiles, l'abondante main d'oeuvre n'est pas qualifiée donc pas employable ; et les économies sont à la merci d'un retournement des cours des matières premières comme durant ces deux dernières années et du départ des compagnies minières étrangères. A plus long terme, le boom minier n'aura qu'un temps, et il faut dès maintenant se préparer "à l'après".

Dans ces conditions, comment transformer l'essai ? Tout d'abord, les pays doivent investir : améliorer la formation de la main d'oeuvre. Ce qui manque, ce sont des techniciens, des comptables, des électriciens, des logisticiens, des conducteurs de machines. Les pays doivent aussi investir dans du capital tout court, le plus irremplaçable étant les routes à l'intérieur des pays, condition à la création d'un marché régional. Au vu de la fragilité de l'essor africain, il faut qu'un investisseur ait les reins solides. Ce serait, soit des investisseurs connaissant bien le contexte local (qui pourraient être issus de la diaspora ou venir de pays voisins) et qui ont pignon sur rue : c'est à dire, qui se conforment aux normes de bonne conduite internationale, comme l'initiative de transparence des industries extractives ou les normes de responsabilité sociale et environnementale ; soit des multinationales vis-à-vis desquels les ONG du nord jouent un rôle indispensable de chiens de garde.

Akiko Suwa-Eisenmann


Akiko Suwa-Eisenmann, chercheuse à la Paris School of Economics-Institut national de la recherche agronomique, vous répondra mardi 10 décembre à 10h. A vos questions !

Akiko Suwa-Eisenmann est chercheuse à l'Ecole d'économie de Paris et directrice de recherches à l'Institut national de la recherche agronomique. Elle a entre autres, était Co-directrice du programme « Commerce International et Développement » du Cepremap, une association à l'interface entre le monde professionnel et la recherche académique.
Ses principaux domaines d'expertise sont le développement ; le commerce international ; la répartition des revenus et du patrimoine.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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