L'Afrique sub-saharienne, nouvelle frontière de Pernod

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par Pascale Denis et Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - A l'heure où la croissance fléchit en Asie, Pernod Ricard met le cap sur l'Afrique sub-saharienne, dont il attend d'importants relais de croissance à long terme pour le whisky, mais aussi la vodka et le cognac.

Le numéro deux mondial des spiritueux derrière le britannique Diageo vient d'ouvrir, en l'espace de quatre mois, des bureaux commerciaux dans pas moins de six pays d'Afrique, au Ghana, Nigeria, Namibie, Angola, Kenya ainsi qu'au Maroc.

"Il s'agit certainement d'un prochain grand relais de croissance émergent (...) Nous avons clairement des objectifs en Afrique sub-saharienne", a déclaré à Reuters mardi Pierre Pringuet, directeur général du groupe, tout en ajoutant qu'il s'agissait d'un horizon de long terme.

"C'est un plan à dix ans", a-t-il dit.

Grâce à sa démographie extrêmement dynamique, à ses richesses naturelles en minerais et ressources énergétiques, L'Afrique offre un potentiel de croissance évident pour le propriétaire des whiskies Ballantine's, Chivas ou The Glenlivet, du cognac Martell ou de la vodka Absolut.

Comme dans nombre de pays émergents, l'acquisition d'un produit de marque y est synonyme de réussite sociale et le whisky est aussi la boisson la plus prisée sur le continent africain.

Le scotch whisky est l'alcool le plus vendu au monde en valeur. Il comptait pour 25% du marché mondial des marques internationales de spiritueux en 2011 devant la vodka (18%).

Le whisky assure environ un tiers des profits de Pernod Ricard, qui se fixe pour objectif de faire progresser le chiffre d'affaires de la catégorie de 9% à 10% par an sur le long terme.

DÉMARRAGE SPECTACULAIRE EN ANGOLA

Si le groupe mise sur le haut de gamme pour tirer sa croissance en Asie (avec The Glenlivet, Chivas 18 ans d'âge ou l'ultra haut de gamme Royal Salute), il table sur son "Passeport", un scotch whisky vendu aux alentours de 11 ou 12 euros, juste en dessous du Ballantine's, pour conquérir l'Afrique.

"L'Angola a un démarrage absolument spectaculaire et Luanda est aussi devenue une ville extrêmement chère", a précisé le directeur général.

Fin octobre, Pernod Ricard a fait état d'une croissance organique inférieure aux attentes au premier trimestre, touché par un fort recul en Europe de l'Ouest engluée dans la crise et par un tassement de sa dynamique en Asie.

En Inde, quatrième marché du groupe derrière les Etats-Unis (environ 15%), la Chine (13%) et la France (9%), Pernod mise principalement sur la croissance interne de ses whiskies locaux, compte tenu des niveaux particulièrement élevés (de l'ordre de 150%) des taxes frappant les importations de spiritueux.

Le whisky indien, n'étant pas vieilli, présente aussi l'avantage de ne pas avoir de limites de stocks.

Pernod Ricard est numéro deux du whisky dans le pays derrière l'indien United Spirit Ltd et revendique une place de leader (50% du marché) sur la catégorie des whiskies à moins de dix dollars, avec ses marques indiennes Royal Stag, Blenders Pride et Imperial Blue.

"Nous n'avons pas besoin d'acquérir d'autres marques locales. Nous étendons nos gammes existantes, en développant notamment des catégories premium", a précisé Pierre Pringuet.

United Spirit fait quant à lui l'objet de rumeurs récurrentes de visées de Diageo.

Pernod Ricard, qui a fait de la préservation de sa notation financière ("investment grade") une priorité stratégique, n'exclut pas cependant, à un horizon de deux à trois ans, de procéder à une acquisition d'envergure.

"NO COMMENT" SUR LE RAPPORT GALLOIS

"Les marchés ont une aversion au risque très forte et nous ne ferons pas d'opérations susceptibles de mettre eu cause cette notation (...) mais à moyen terme, rien n'est interdit, à mesure que notre endettement baissera et que notre base de profit s'accroîtra", a indiqué Pierre Pringuet.

Il s'est refusé à toute indication sur des cibles potentielles, réaffirmant que le groupe se focaliserait sur les marchés émergents ou américain et rappelant que deux des acquisitions historiques de Pernod Ricard (Segram et Absolut) étaient à l'origine totalement imprévisibles.

Président de l'Afep (Association française des entreprises privées), le directeur général de Pernod Ricard était sorti le mois dernier de sa réserve à l'occasion d'un appel des grands patrons lancé par voie de presse au gouvernement français, plaidant pour un "pacte de croissance et d'emploi".

Interrogé par Reuters sur son sentiment vis-à-vis du rapport Gallois et des mesures d'urgence à mettre en place pour redresser la compétitivité française, Pierre Pringuet s'est, cette fois-ci, refusé à tout commentaire.

édité par Jean-Michel Bélot

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