L'Afghanistan change de président, les défis demeurent

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(précisions sur les attentats, appel de Ghani à des négociations) par Kay Johnson KABOUL, 29 septembre (Reuters) - Le nouveau président afghan Ashraf Ghani a pris ses fonctions lundi, succédant à Hamid Karzaï à la tête d'un pays toujours marqué par la violence et l'instabilité. Mais le vainqueur déclaré de l'élection présidentielle a dû accepter un partage du pouvoir avec son adversaire, Abdullah Abdullah, qui contestait la régularité du scrutin. Aux termes de l'accord âprement négocié, ce dernier est devenu "chef exécutif" du futur gouvernement, l'équivalent d'un poste de Premier ministre qui n'existait pas jusqu'alors dans les institutions afghanes. Dans son discours d'investiture, Ashraf Ghani a appelé les taliban et autres insurgés à prendre part à des négociations pour en finir avec les violences, qui font des milliers de morts chaque année à travers le pays. "La sécurité est l'aspiration numéro un de notre peuple, nous sommes las de cette guerre. J'appelle les taliban et le (groupe insurgé) Hezb-i-Islami à se préparer à des négociations politiques", a dit le nouveau chef de l'Etat. La cérémonie s'est déroulée au palais présidentiel de Kaboul, où les mesures de sécurité, déjà très strictes, ont encore été renforcées. Elles n'ont pas empêché un kamikaze de faire exploser sa charge sur un barrage de sécurité à proximité de l'aéroport, quelques minutes à peine avant la prestation de serment. Sept personnes - quatre membres des forces de sécurité et trois passants - ont péri dans cet attentat, a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur. Zabihullah Mujahid, porte-parole des taliban, a revendiqué cet acte et indiqué qu'il visait les forces afghanes et étrangères. Egalement lundi, quatre kamikazes ont tué huit personnes près d'un bâtiment des autorités locales de la province de Paktia dans l'est du pays, a déclaré un responsable de la police. La veille, un attentat à la bombe avait visé à Kaboul le quartier protégé des ambassades, faisant un blessé. A l'approche du retrait, programmé pour la fin de l'année, des forces étrangères déployées depuis fin 2001 en Afghanistan, les tensions demeurent très vives. Les insurgés taliban ont lancé en début de semaine dernière une offensive de grande ampleur dans la province de Ghazni, au sud-ouest de la capitale, faisant plus d'une centaine de morts. Plus de 700 combattants taliban sont engagés dans cette offensive contre l'un des principaux axes routiers reliant Kaboul aux provinces du Sud afghan, où les insurgés ont aligné les succès depuis plusieurs mois. CRISE FINANCIÈRE Le successeur d'Hamid Karzaï, qui était au pouvoir depuis 2001, va aussi devoir agir sur un autre front, financier celui-là. Le Trésor afghan a reconnu ce week-end que les caisses étaient vides et que le versement des salaires d'octobre de plusieurs centaines de milliers de fonctionnaires devrait être différé, probablement d'une semaine ou deux. Son expérience à la Banque mondiale et son passé de ministre des Finances seront à cet égard des atouts pour Ashraf Ghani. "Avec un gouvernement d'unité nationale, il ne s'agit pas de partager le pouvoir, mais de travailler ensemble", a-t-il dit dans son discours, au cours duquel il a également appelé les taliban et les autres mouvements islamistes armés à se joindre à des pourparlers de paix. Les premiers pas du nouvel attelage institutionnel atteste cependant de la fragilité de l'accord négocié entre Ghani et Abdullah. Les partisans de ce dernier ont menacé de boycotter la cérémonie d'investiture si Abdullah n'était pas autorisé à prononcer un discours. Il a fallu l'intervention de l'ambassadeur des Etats-Unis à Kaboul et de nouvelles discussions, tard dimanche soir, pour régler ce souci protocolaire, a dit un proche d'Abdullah. Au final, l'ex-rival de Ghani a pu prendre la parole. Il s'est même exprimé avant le nouveau président, contrairement au programme annoncé. De la capacité des deux ex-adversaires à gouverner ensemble va dépendre le cours des choses en Afghanistan. Ils représentent en effet deux ethnies distinctes - Ghani est issu de l'ethnie pachtoune, majoritaire, tandis qu'Abdullah, ancien conseiller d'Ahmad Shah Massoud, bénéficie du soutien des Tadjiks. Leur association, si elle est fructueuse, pourrait réduire le fossé ethnique et politique qui divise la société afghane. Dans un communiqué publié vendredi, le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a loué le "premier transfert démocratique du pouvoir dans l'histoire de l'Afghanistan" et a souligné qu'il appartenait désormais à Ghani et à Abdullah de "faire passer les intérêts de leur pays d'abord et de former un gouvernement d'unité nationale après une élection très controversée". (Nicolas Delame, Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français)

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