L'affaire Snowden a accru les tensions entre USA et Russie

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L'AFFAIRE SNOWDEN A ACCRU LES TENSIONS ENTRE USA ET RUSSIE
L'AFFAIRE SNOWDEN A ACCRU LES TENSIONS ENTRE USA ET RUSSIE

par Matt Spetalnick et Susan Cornwell

WASHINGTON (Reuters) - La décision de la Russie d'accorder jeudi l'asile provisoire à Edward Snowden, l'ancien consultant de la NSA, est de nature à peser sur les efforts internationaux en Syrie, en Iran mais aussi sur le désarmement nucléaire.

Bloqué depuis le 23 juin dans la zone de transit de l'aéroport de Moscou-Cheremetievo, Snowden a pu sortir de son impasse grâce à l'octroi par le Kremlin d'un accès au territoire russe pour une durée d'un an.

Cette décision de Vladimir Poutine a été reçue comme un camouflet pour l'administration Obama et les relations américano-russes qui n'étaient déjà pas bonnes depuis la réélection de l'ancien agent du KGB en 2012 se sont un peu plus détériorées.

Au point que Washington s'est ouvertement interrogé sur l'opportunité de maintenir le sommet bilatéral prévu début septembre à Moscou.

Barack Obama et Vladimir Poutine n'ont jamais montré d'affinités réciproques et leurs précédentes rencontres ont surtout été improductives et empreintes d'embarras.

Si le sommet de Moscou est maintenu, il y a fort à parier qu'il ne contribuera guère à rapprocher les positions entre la Maison blanche et le Kremlin.

Si le gouvernement russe cherche à minimiser l'importance de l'affaire Snowden, la décision prise jeudi dépasse largement celle du sort d'un jeune informaticien de 30 ans à l'origine de révélations sur les programmes d'espionnage de la NSA et poursuivi par les Etats-Unis pour être traduit en justice.

Les membres de la présidence américaine et du Congrès estiment que les relations bilatérales ne peuvent pas continuer comme si de rien n'était après une telle décision.

CLIMAT EMPOISONNÉ

"A Washington, le climat politique à propos de la Russie est empoisonné", a commenté Andrew Weiss, ancien conseiller du président Bill Clinton pour les affaires russes.

"Les élites politiques bouillonnaient déjà de colère à l'égard de la Russie. Snowden n'a fait qu'accentuer cette tendance", note-t-il.

Le premier reproche que les dirigeants américains adressent au Kremlin est le soutien indéfectible apporté au président syrien Bachar al Assad alors que les Occidentaux prônent sa mise à l'égard comme solution à une guerre civile qui dure depuis mars 2011.

Concernant la question du programme nucléaire iranien, les Etats-Unis s'inquiètent de voir la Russie renoncer à son soutien des puissances occidentales qui accusent la république islamique de chercher à se doter de l'arme atomique.

Pour l'instant, les Russes qui participent au groupe des Six (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu et l'Allemagne) ont joué la carte de la solidarité sur ce dossier.

Poutine a également exploité l'insistance américaine à récupérer Edward Snowden pour dénoncer l'hypocrisie des critiques formulées par Washington sur la question du respect des droits de l'homme en Russie.

L'asile accordé à Snowden devrait également hypothéquer toute avancée sur une réduction des arsenaux stratégiques dont Barack Obama avait formulé l'idée dans un discours prononcé à Berlin en juin. Les Russes ont montré peu d'entrain pour une telle initiative.

Lors de son premier mandat, le président américain avait tenté en 2009 de "redémarrer" les relations entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide.

RELATION ANTAGONIQUE

Mais depuis la réélection de Vladimir Poutine en 2012 et le retour à une rhétorique anti-américaine, certains estiment que Barack Obama fait preuve de naïveté en continuant à croire qu'une amélioration des relations est possible avec Moscou.

"Sauf si on souhaite rester dans la position de quelqu'un qui a été insulté et rabaissé, ceux qui à Washington souhaitent que la Russie paie le prix de cette série d'insultes finiront par imposer leur point de vue", estime Ariel Cohen, spécialiste des questions russes à la Heritage Foundation.

La question à laquelle doit désormais répondre l'administration Obama est de déterminer si elle entend exprimer ou non sa colère au moment où elle a besoin d'utiliser le territoire russe pour achever le retrait de ses troupes d'Afghanistan.

La principale décision attendue concerne la participation au sommet de Moscou. Une annulation n'accentuerait pas l'antagonisme russe d'une manière trop significative.

Il en irait en revanche tout autrement d'un refus de participer au sommet du G20 qu'organise Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg quelques jours plus tard.

Si cette option paraît peu probable, certains élus américains font campagne pour un boycott des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi en février. Là encore, l'option semble peu envisageable.

De nombreux observateurs estiment que les deux anciens "grands" vont connaître une période de tension mais qu'ils vont apprendre à "dissocier" les différents dossiers qu'ils doivent gérer en commun et passer à un nouveau chapitre.

"Aucun des deux camps ne souhaitent une relation antagonique. Car cela ne ferait qu'accroître le danger au niveau mondial", résume James Goldgeier de l'université américaine de Washington.

Pierre Sérisier pour le service français

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  • M4189758 le vendredi 2 aout 2013 à 10:24

    JPi - Dans ce cas ce serait plus à l'administration américaine à faire son mea culpa plutot que de poursuivre 'un juste'. Le scandale ne vient pas de celui qui le dénonce mais de celui qui ne reconnait pas sa faute...