L'affaire des cartes de crédit, nouvelle secousse pour l'Espagne

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par Sarah White et Jesús Aguado MADRID, 21 octobre (Reuters) - L'enquête de la justice espagnole sur des soupçons d'abus de biens sociaux impliquant Rodrigo Rato, un ancien directeur général du FMI, et des dizaines d'anciens responsables financiers, est en train de virer au scandale politique mais laisse espérer une lutte plus sévère contre la corruption. Rodrigo Rato, qui a présidé le groupe bancaire Bankia BKIA.MC , sauvé de la faillite en 2012 par l'Etat, et Miguel Blesa, ex-dirigeant de Caja Madrid, dont la fusion avec plusieurs autres caisses d'épargne avait créé Bankia en 2010, doivent déposer d'ici mercredi soir respectivement trois et 16 millions d'euros de caution auprès de la Haute Cour de justice espagnole pour éviter une saisie de leurs biens personnels. Les deux hommes sont soupçonné d'avoir utilisé leur carte de crédit professionnelle pour payer des dépenses personnelles (dans des restaurants, chez des tailleurs et même dans des jardineries) et effectué de multiples retraits en liquide (16 en trois mois, de 1.000 euros chacun, pour Rodrigo Rato), selon des documents réunis par les enquêteurs. Leurs avocats n'ont pas répondu à des demandes de commentaires. L'affaire suscite l'indignation dans un pays qui sort de plusieurs années de récession et dont les banques ont reçu 40 milliards d'euros d'aides de l'Union européenne. Mais elle a le mérite de raviver l'espoir de voir les banquiers enfin sanctionnés pour leur rôle dans la crise et les autorités hausser le ton face à la corruption. "Il y a une prise de conscience beaucoup plus grande parmi les juges, et même parmi les politiques", dit Fernando Jimenez, un chercheur en sciences politiques et spécialiste de la corruption à l'Université de Murcie, qui note que le Parti socialiste a déjà exclu plusieurs de ses membres rattrapés par le dossier des cartes de crédit. "Ce genre de choses aurait été inimaginable il y a encore cinq ans", ajoute-t-il. DÉMISSIONS Rodrigo Rato, un pilier du Parti populaire (PP, conservateur) au pouvoir à Madrid et ancien ministre des Finances, a demandé lundi soir sa suspension temporaire du parti. Comme Miguel Blesa, il nie toute malversation. Le dossier des cartes de crédit, mis au jour par la direction actuelle de Bankia, a déjà contraint à la démission plusieurs dirigeants syndicaux, des cadres dirigeants et même un conseiller privé du roi Philippe VI, Rafael Spottorno. "Il y aura un avant et un après dans la vie politique (espagnole)", estime Joaquin Yvancos, avocat de 300 petits actionnaires qui ont perdu de l'argent lors du renflouement de Bankia à hauteur de 22,5 milliards d'euros et qui sont partie civile dans le dossier en cours. "En réalité, ce qui s'est passé à Caja Madrid et Bankia n'est pas le pire (...) mais pour l'opinion publique, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase." L'affaire s'ajoute de fait à plusieurs scandales retentissants ces dernières années, qui ont impliqué jusqu'à des membres de la famille royale. L'Espagne se classe parmi les pays jugés les plus fraudeurs d'Europe et la corruption y est considérée comme le principal problème après le chômage selon des enquêtes d'opinion. Plusieurs autres enquêtes sont en cours sur l'usage des cartes de crédit professionnelles dans certaines des principales entreprises du pays mais il est peu probable qu'elles aboutissent rapidement. Le FROB, qui gère les participations de l'Etat dans le secteur bancaire, a transmis la semaine dernière au parquet des informations détaillées sur des transactions immobilières et de crédit présentant des irrégularités impliquant Catalunya Banc et NCG Banco, deux établissements renfloués pendant la crise et privatisés à perte depuis. Les opérations concernées, qui remontent à plusieurs années, pourraient s'être soldées par des pertes d'un montant total d'environ 1,5 milliard d'euros, a précisé le FROB. (avec Carlos Ruano,; Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)


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