L'affaire à l'origine des expulsions de Roms jugée à Blois

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L'AFFAIRE À L'ORIGINE DES EXPULSIONS DE ROMS JUGÉE À BLOIS
L'AFFAIRE À L'ORIGINE DES EXPULSIONS DE ROMS JUGÉE À BLOIS

BLOIS, Loir-et-Cher (Reuters) - Le procès d'une affaire impliquant des gitans français, qui avait amené en 2010 le gouvernement à décider des expulsions de Roms, s'est clos mardi par la condamnation à deux ans de prison ferme du principal protagoniste.

Le tribunal correctionnel de Blois (Loir-et-Cher) a condamné au terme d'une journée d'audience Miguel Duquenet, 40 ans, déjà détenu depuis une vingtaine de mois et poursuivi pour "refus d'obtempérer" et conduite sans permis. Il devrait sortir prochainement de prison, sa peine étant déjà purgée.

Le parquet avait réclamé trois années de prison dont six mois avec sursis. Un important dispositif de sécurité avait été déployé près du palais de justice, mais aucune manifestation ne s'est finalement tenue.

Miguel Duquenet a un casier judiciaire qui porte douze condamnations prononcées entre 1992 et 2009 pour violences, menaces de mort, conduite sans permis, outrage et rébellion.

Le fait divers dont il a été le protagoniste principal a conduit le gouvernement français à viser explicitement les Roms dans des instructions préfectorales de démantèlement des camps et d'expulsion.

Cette démarche considérée comme raciste par la Commission européenne avait déclenché un incident diplomatique entre Paris et Bruxelles.

NON-LIEU POUR LE GENDARME

Le 16 juillet 2010, Luigi Duquenet, 22 ans, avait été abattu par un gendarme alors que son véhicule conduit par son cousin Miguel venait de forcer un barrage de gendarmerie à hauteur de Thésée, une commune du Loir-et-Cher.

Le lendemain, en représailles, des proches de la victime issus de la communauté des gens du voyage avaient attaqué la gendarmerie du village voisin de Saint-Aignan.

Le 21 juillet, Nicolas Sarkozy, visant explicitement les Roms, avait convoqué une table ronde interministérielle visant à organiser les expulsions. Cette décision avait suscité des protestations d'associations antiracistes et de la gauche, qui estimaient qu'était ainsi infligée une punition collective à une catégorie de population.

Au procès, les parties ont pris soin de gommer l'aspect politique du dossier. "Cette affaire a été détournée. On peut toujours rêver autre chose, mais il s'agit seulement d'un refus d'obtempérer", a dit Me Benoît Chabert, avocat du gendarme.

Lisant le casier judiciaire du prévenu, le président lui a demandé s'il avait un problème avec la loi. "Pas du tout, je m'entends bien avec tout le monde", a répondu le prévenu.

Vendredi dernier, la cour d'appel d'Orléans a prononcé un non-lieu en faveur du gendarme auteur du coup de feu mortel, motivant sa décision par une situation de "légitime défense". Jean-Claude Guidicelli, l'avocat de la famille Duquenet, a annoncé qu'il allait se pourvoir en cassation.

Le jugement contraint Miguel Duquenet a verser 4.750 euros aux gendarmes pour leur préjudice moral.

Mourard Guichard, avec Thierry Lévêque à Paris

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