L'AfD inflige un camouflet à Merkel dans son fief

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    * Le parti anti-immigration devance la CDU pour la première 
fois dans une élection régionale 
    * Le Mecklembourg-Poméranie occidentale est le land où 
Merkel a entamé sa carrière politique 
    * Les élections avaient lieu un an jour pour jour après sa 
décision d'ouvrir les frontières aux réfugiés 
 
 (Actualisé avec résultats préliminaires, nouvelles réactions) 
    par Andrea Shalal et Thorsten Severin 
    BERLIN, 5 septembre (Reuters) - Le parti anti-immigration 
Alternative für Deutschland (AfD) a réussi son pari dimanche 
dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale en devançant 
l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel aux élections 
régionales, remportées par les sociaux-démocrates du SPD. 
    Ces élections, organisées un an jour pour jour après la 
décision de la chancelière fédérale d'ouvrir les frontières de 
l'Allemagne aux dizaines de milliers de réfugiés bloqués en 
Hongrie, avaient une valeur symbolique très forte: c'est dans ce 
Land du nord-est de l'Allemagne, à la frontière polonaise, que 
Merkel a entamé sa carrière politique après la chute du mur de 
Berlin. 
    Avec 20,8% des suffrages, selon les premiers résultats 
préliminaires, la formation de droite radicale repousse le parti 
de la chancelière à près de deux points.  
    Frauke Petry, sa coprésidente, s'est félicité de la "claque" 
infligée à la chancelière fédérale. "Les électeurs ont 
clairement rejeté la politique désastreuse de Merkel en matière 
d'immigration", a-t-elle dit. "Nous avons renvoyé la CDU dans 
les cordes." 
     
    POUR LA CDU, UN RÉSULTAT AMER MAIS ATTENDU 
    Créé en 2013 initialement contre les plans de renflouement 
financier dans la zone euro, l'AfD s'est mué en un parti 
anti-immigration, incarnant une ligne opposée à celle de Merkel. 
    En mars dernier, il en avait engrangé les premiers fruits 
aux régionales dans les länder du Bade-Wurtemberg, de 
Rhénanie-Palatinat et surtout de Saxe-Anhalt où, avec plus de 
24% des voix, il était devenu la deuxième force politique 
régionale, talonnant la CDU. Mais jamais encore il n'avait 
devancé la droite allemande dans une élection régionale.  
    Le SPD, qui gouverne depuis 2006 ce Land rural du bord de la 
Baltique dans le cadre d'une "grande coalition" la CDU, conserve 
sa première place avec 30,6% des voix, mais est en net recul par 
rapport au précédent scrutin, en 2011, qui l'avait vu réunir 
35,6% des voix. Le score de la CDU passe de 23% à 19%. 
    Les autres partis reculent aussi. Quatrième, la formation de 
la gauche radicale Die Linke perd un tiers de ses électeurs, 
obtenant 13,2% contre 18,4% en 2011. Les Verts, crédités de 8,7% 
en 2011, sont donnés à 4,8% et disparaîtraient du Parlement 
régional (le seuil de représentation est fixé à 5%). Avec 3,5% 
contre 6% en 2011, le parti d'extrême droite NPD disparaît de 
l'assemblée régionale où il siégeait depuis 2006.  
    La participation, en nette hausse par rapport aux 
précédentes élections (61,5% contre 51,5%), a surtout favorisé 
l'AfD. 
    "Ce résultat, de même que la forte présence de l'AfD, est 
amer pour beaucoup, pour nous tous au sein du parti", a constaté 
Peter Tauber, secrétaire général de la CDU. "Mais il était 
également évident que le bon bilan du gouvernement régional ne 
jouerait aucun rôle aux yeux de nombreux électeurs", a-t-il 
poursuivi. 
     
    RÉFÉRENDUM SUR LA POLITIQUE D'ACCUEIL ? 
    Car toute la campagne électorale a tourné autour de la 
politique d'accueil des réfugiés décidée par Merkel, à laquelle 
l'AfD s'oppose frontalement. D'après un sondage ZDF sur la 
motivation des électeurs, la question des réfugiés a été 
essentielle alors même que le Land n'héberge, selon le ministère 
de l'Intérieur, que 23.000 réfugiés enregistrés sur une 
population totale de 1,7 million d'habitants. 
    Lorenz Caffier, qui conduisait la liste locale de la CDU, a 
déploré que les élections se soient jouées "autour d'une seule 
thématique: les réfugiés".  
    Malgré leur recul, la coalition sortante que forment le SPD 
et la CDU pourrait être reconduite. Elle disposera de 42 des 71 
élus dans le prochain parlement. Mathématiquement, une coalition 
SPD/Die Linke serait également possible, avec un total de 37 
élus. L'AfD enverra pour sa part 18 élus à Schwerin, où siège le 
Parlement régional.  
    Angela Merkel, qui a effectué samedi un ultime déplacement 
de campagne à Bad Doberan, une petite localité de son land 
d'origine, avait mis en garde contre la "politique de la peur" 
qu'incarne à ses yeux l'AfD. 
    "Chaque voix va compter", avait-elle dit. "Cette élection 
porte sur l'avenir de ce Land", avait poursuivi la chancelière, 
appelant les électeurs à passer outre les slogans de campagne et 
de mesurer les effets de la politique menée par la coalition 
sortante, à laquelle participe la CDU, qui a divisé le chômage 
par deux et encouragé le développement du tourisme. 
    Elle n'a visiblement pas été entendue. 
    Dans les sondages nationaux, à un an des prochaines 
législatives, l'AfD est crédité de 12% des intentions de vote, 
ce qui en fait la troisième force politique et lui permettrait, 
surtout, d'accéder pour la première fois au Bundestag, le 
parlement fédéral. 
 
 (avec Erik Kirschbaum et Klaus-Peter Senger; Jean-Stéphane 
Brosse, Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le 
service français) 
 
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