L'aéroport de Damas proclamé "zone militaire" par les insurgés

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par Erika Solomon

BEYROUTH (Reuters) - Les rebelles syriens ont proclamé vendredi "zone militaire" et "cible légitime" l'aéroport international de Damas, mettant en garde les civils et les compagnies aériennes sur les risques encourus s'ils s'en approchaient.

Les combats autour de la capitale entre l'armée régulière et les adversaires du président Bachar al Assad se sont intensifiés depuis une semaine, alimentant les rumeurs au sein de l'opposition sur une possible prochaine fin du conflit qui a fait plus de 40.000 morts en vingt mois.

"Les événements sur le terrain en Syrie s'accélèrent et nous analysons cela de différentes façons", a déclaré jeudi la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, à Dublin.

"La pression exercée contre le régime dans et aux alentours de Damas semble s'accroître", a-t-elle ajouté avant de rencontrer le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, allié indéfectible de Damas.

Réfutant l'analyse américaine et des insurgés de la situation sur le terrain, le gouvernement syrien assure que l'armée régulière s'emploie à chasser les rebelles des positions qu'ils occupent à l'intérieur et aux abords de la capitale.

Pour nombre d'observateurs, il est encore prématuré de parler à l'heure actuelle de fin prochaine du conflit.

"Je pense qu'il n'est pas raisonnable de s'attendre à voir la bataille vivre ses dernières heures", met en garde Rami Abdelrahman, de l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH), une organisation proche de l'opposition et basée à Londres.

"Les grandes avancées sont seulement dans la presse. La situation n'est, de toute évidence, bonne pour personne. L'économie syrienne est morte. Mais les conditions dans lesquelles les rebelles évoluent ne sont pas non plus très bonnes. Dans les quartiers tenus par les insurgés à Alep, on peut à peine manger et il y a toujours le risque d'un bombardement de l'armée", ajoute-t-il. "Il est toutefois vrai que le régime s'est retiré de nombreuses zones et que le régime est à bout."

SYMBOLE

Le blocus des accès menant à l'aéroport international de Damas, situé à 20km du centre-ville, porterait un coup symbolique au régime.

"Les brigades de la rébellion qui assiégeaient l'aéroport ont décidé hier (jeudi) qu'il était une cible légitime", a indiqué un porte-parole du Conseil militaire rebelle de Damas, Nabil al Amir.

"L'aéroport regorge à présent de véhicules blindés et de soldats (...) Les civils qui s'en approcheront le feront à leurs risques et périls", a-t-il ajouté, sans préciser ce qu'il se passerait en cas d'atterrissage d'un appareil.

Les rebelles ont attendu près de deux semaines que les civils et les compagnies aériennes quittent l'aéroport avant de le désigner comme cible, a-t-il ajouté.

A l'exception de quelques vols de la Syrian Air, les compagnies aériennes étrangères ont suspendu tous leurs vols en direction de Damas lorsque les combats ont commencé à se rapprocher la semaine dernière de l'aéroport.

Sur le plan diplomatique, malgré quelques signes d'impatience de Moscou, le dossier reste dans l'impasse en raison des divergences entre l'Occident, la Russie et la Chine de la marche à suivre face au régime syrien.

S'exprimant à l'issue de pourparlers avec Hillary Clinton et l'émissaire international pour la Syrie Lakhdar Brahimi, Sergueï Lavrov a minimisé les chances de trouver une solution diplomatique à la crise.

"La Russie et les Etats-Unis ont accepté que nos experts se rencontrent dans les prochains jours avec Brahimi pour échanger sur la manière dont nous pouvons avancer vers une résolution", a déclaré dans la capitale irlandaise le ministre russe des Affaires étrangères.

Mais "je ne ferais pas de prédictions optimistes. Il faut attendre de voir ce qu'il va en sortir."

FORTES INQUIÉTUDES DE L'ONU

Les Nations unies et l'Otan ont mis en garde ces derniers jours Bachar al Assad contre le recours aux armes chimiques.

Vendredi à la frontière turco-syrienne, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a déclaré que l'utilisation éventuelle d'armes chimiques serait "un crime révoltant" qui aurait d'"énormes conséquences".

"Nous avons récemment reçu des nouvelles alarmistes selon lesquelles le gouvernement syrien s'apprêterait à recourir à son arsenal chimique. Nous ne disposons pas de confirmation à ce sujet mais si c'était le cas, ce serait un crime odieux au regard de l'humanité", a-t-il dit après s'être rendu dans un camp de réfugiés.

"Il est évident que nous sommes très préoccupés, très préoccupés qu'à mesure de l'avancée de l'opposition, en particulier sur Damas, le régime envisage d'utiliser des armes chimiques", a déclaré pour sa part jeudi le secrétaire d'Etat américain à la Défense Leon Panetta.

Damas, qui n'a pas signé la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, a affirmé à plusieurs reprises qu'il n'utiliserait jamais d'armes chimiques contre son propre peuple.

Le gouvernement syrien affirme que les mises en garde contre son arsenal chimique exprimées par l'Occident sont un prétexte pour une intervention militaire dans le conflit.

L'Otan a approuvé mardi le déploiement de missiles "Patriot" pour renforcer les défenses turques à la frontière syrienne.

Ankara, qui redoute des tirs de missiles ou le recours à des armes chimiques de la part de Damas, avait demandé le mois dernier le déploiement de ces missiles après plusieurs semaines de négociations sur les moyens à mettre en oeuvre pour sécuriser les 900 km de frontière syro-turque.

Avec Peter Apps; Marine Pennetier et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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