L'aéronautique se réunit sous un ciel assombri à Singapour

le
0
LE SALON AÉRONAUTIQUE DE SINGAPOUR OUVRE SES PORTES MARDI
LE SALON AÉRONAUTIQUE DE SINGAPOUR OUVRE SES PORTES MARDI

par Tim Hepher et Siva Govindasamy

SINGAPOUR (Reuters) - Le salon aéronautique de Singapour ouvre ses portes mardi dans un climat d'incertitudes croissantes quant à l'évolution du secteur alors que les grands constructeurs comme Airbus et Boeing prévoient de porter leur production à des niveaux record dans les années à venir.

Pour l'instant, le trafic aérien mondial continue de croître rapidement, porté notamment par la progression constante des revenus en Asie, et les compagnies aériennes profitent pleinement de la baisse des cours du pétrole.

Cependant, l'économie mondiale s'essouffle et les valeurs du secteur aérien ne sont pas épargnées par la déroute des marchés financiers, ce qui incite nombre d'analystes à s'interroger sur la poursuite d'un cycle d'expansion sans précédent, entré dans sa huitième année.

Après un salon déjà morose en novembre à Dubaï, le milieu de l'aéronautique se réunit comme tous les deux ans à Singapour, au coeur d'une Asie du Sud-Est essentielle à son développement, sans la douce euphorie des éditions précédentes.

"Toutes les théories selon lesquelles il ne s'agissait plus d'un secteur cyclique ont disparu. Nous sommes bons pour une période de baisse", prédit le consultant Jerrold Lundquist.

"(Mais) je ne crois qu'il y aura le moindre impact dans les prochains 18 à 24 mois. C'est quand on se projette au-delà des 24 mois que l'on peut s'attendre à un tassement."

L'Asie est depuis plusieurs années l'un des principaux moteurs de la croissance du secteur aérien et les grands constructeurs devraient encore enregistrer de nouvelles commandes cette semaine, quitte à amplifier les craintes d'un milieu en surcapacité.

Philippine Airlines est ainsi sur le point d'annoncer un accord pour l'acquisition d'une demi-douzaine d'Airbus A350-900 d'une valeur d'environ 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard d'euros) au prix catalogue, a-t-on appris de sources informées des transactions.

DOUTES SUR LES COMPAGNIES ASIATIQUES

Le décompte des commandes sera toutefois secondaire à Singapour, pensent les analystes. A leurs yeux, les investisseurs guetteront surtout d'éventuels signes d'affaiblissement de la demande de voyages ou de rupture dans la chaîne d'approvisionnement des constructeurs, qui s'efforcent d'honorer leurs livraisons en temps voulu malgré des carnets de commandes surchargés.

"Nous allons garder un oeil attentif sur le trafic cette année pour détecter l'émergence éventuelle de signes de faiblesse", dit le consultant Rob Morris, chez Flightglobal Ascend.

A la veille de l'ouverture du salon de Singapour, le vice-président de Boeing chargé des ventes en Inde et en Asie-Pacifique a néanmoins estimé que l'Asie du Sud-Est aurait besoin de 3.750 nouveaux avions au cours des 20 prochaines années, pour un montant global de 550 milliards de dollars.

Cette demande émanera essentiellement des compagnies à bas coûts et des marchés porteurs comme l'Indonésie, la Birmanie et le Vietnam, a dit Dinesh Keskar.

Tony Tyler, directeur général de l'Association du transport aérien international (Iata), a pourtant invité dimanche à s'interroger sur la rentabilité et les prévisions de croissance de ces ambitieuses compagnies asiatiques.

La rentabilité des compagnies aériennes reste globalement fragile malgré des bénéfices qui devraient atteindre le montant record de 36 milliards de dollars cette année, a-t-il encore déclaré lundi. Il a aussi rejeté les critiques selon lesquelles les compagnies s'enrichissent sur le dos de leurs passagers en ne répercutant pas la baisse du coût du carburant sur le prix des billets.

Malgré ces incertitudes, Airbus et Boeing réfléchissent sans cesse à de nouveaux modèles pour élargir leur gamme et occuper un maximum de créneaux sur le marché.

Ces deux géants du secteur pourraient livrer à Singapour des indices sur les produits susceptibles d'être lancés d'ici le grand salon de Farnborough près de Londres, en juillet, qui coïncidera avec le centenaire de Boeing.

Face aux doutes concernant l'aviation civile, l'aéronautique militaire devrait encore tirer son épingle du jeu cette semaine en raison des tensions géopolitiques en Asie du Sud-Est liées aux ambitions territoriales de la Chine, notamment en mer. Nombre de pays dans la région cherchent à renforcer leurs moyens de surveillance et de renseignement maritimes.

(Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique Tison)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant