L'aéronautique entre révolution numérique et production accrue

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DANS L'AÉRONAUTIQUE, LA COURSE À LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE EST LANCÉE
DANS L'AÉRONAUTIQUE, LA COURSE À LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE EST LANCÉE

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Dans l'aéronautique, tout le monde est d'accord : le "big data", c'est une révolution en marche qui permettra à la fois de développer de nouveaux avions plus vite et d'optimiser leurs coûts de production. Et elle ne fait que commencer.

Mais à court terme, exploiter l'avalanche de données issues de capteurs placés dans les avions va être compliqué pour les équipementiers qui doivent accélérer les cadences imposées par les avionneurs afin d'écouler les commandes massives des dernières années, soulignent des dirigeants du secteur.

Et le temps presse car la course est lancée et, dans la décennie à venir, l'écart va se creuser entre ceux qui arrivent à suivre et les autres, estiment-ils.

"Cela va être très rapide. Dix ans, c'est une vie entière quand on parle de transformation numérique", explique Alan Pellegrini, président de la division américaine de Thales. "Ce sera très facile pour nous parce que nous avons déjà les capteurs sur les équipements et les systèmes des avions ainsi que les moyens de les récupérer."

L'industrie aéronautique doit vraiment passer à la vitesse supérieure pour entrer de plain-pied dans l'ère numérique, souligne de son côté Tom Enders, le président exécutif d'Airbus Group, maison mère d'Airbus.

"Nous sommes dans un secteur qui produit une énorme quantité de données et nous n'en utilisons qu'une infime portion. Il faut que ça change", a-t-il expliqué à Reuters.

Airbus consacre d'ailleurs au digital une part importante de ses "Innovation Days" qui se tiennent cette année lundi et mardi à Hambourg, l'autre grand centre de production européen de l'avionneur avec Toulouse.

Latécoère, qui équipe les avions de câblages et de portes, entre autres, reconnaît exploiter encore très peu de données collectées par les capteurs mais estime que les avionneurs sont plus avancés sur le sujet que leurs fournisseurs.

"Nous n'en sommes pas encore là, nous avons encore beaucoup de chemin à faire et beaucoup de sujets purement industriels à traiter avant", a déclaré son directeur général, Frédéric Michelland.

De fait, la majorité des entreprises interrogées par le cabinet Oliver Wyman pour une récente étude disent ne pas arriver à suivre la montée en puissance de la génération de données.

"Les systèmes de données à bord des nouveaux avions enregistrent des quantités de données qui n'étaient pas disponibles lors des appareils plus anciens, créant de nouveaux défis en termes de stockage, d'organisation et d'application" de ces données, écrit Oliver Wyman dans son étude.

TEMPS RÉEL

La prochaine étape, c'est l'évaluation en temps réel des informations provenant d'un avion pour mieux programmer les équipements nécessaires à son fonctionnement, explique Alan Pelligrini, de Thales.

Dans les moteurs, les capacités de stockage et de transmission de données grâce aux technologies digitales vont révolutionner la production et la maintenance.

"On est à l'aube d'une ère nouvelle dont on n'a pas mesuré encore toute la portée", estime Cédric Goubet, responsable des programmes civils chez Snecma (groupe Safran).

Eviter qu'un avion reste cloué au sol, aider les compagnies à optimiser leurs trajectoires pour économiser du carburant, c'est ce que prépare Snecma, avec des algorithmes de plus en plus perfectionnés pour utiliser au mieux les données collectées.

A moyen terme, l'utilisation du numérique permettra aux équipementiers de mieux se coordonner dans des pays aussi divers que l'Inde, le Vietnam, la Chine et la Turquie, où les avionneurs acceptent d'effectuer une partie de leur production pour décrocher des commandes à l'export.

"Le digital nous permet d'avoir cette visibilité", explique Didier Kayat, directeur général de Daher. "Pour nous, c'est le moyen de faire partie de la catégorie des plus grands."

L'équipementier utilise sa "Daher Control Room", développée à l'origine pour ses activités nucléaires, afin de piloter en temps réel son réseau de fournisseurs au niveau mondial.

"La matière première, ce n'est pas tant le titane, ni le nickel, ce sont les données", souligne de son côté Cédric Goubet, de Snecma. "Le Graal, c'est de mettre en place une continuité numérique collaborative".

L'idée, précise-t-il, c'est que tous les intervenants sur un moteur en production puissent avoir les informations les plus exhaustives possibles sur les modifications apportées entre la conception et la production, et ensuite sur l'utilisation des compagnies aériennes.

(Avec Alwyn Scott à New York, édité par Dominique Rodriguez)

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