L'aéronautique, eldorado pour chômeurs

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DE NOMBREUX CHÔMEURS TENTÉS DE SE RECONVERTIR DANS L'AÉRONAUTIQUE
DE NOMBREUX CHÔMEURS TENTÉS DE SE RECONVERTIR DANS L'AÉRONAUTIQUE

par Jean Décotte

VERNIOLLE, Ariège (Reuters) - Bleu de travail et air concentré, Loïc Gaillard travaille la tôle derrière son établi de chaudronnier, alors qu'il y a dix ans, cet ancien barman s'affairait derrière un zinc.

Le jeune homme de 34 ans est employé depuis cinq ans par le sous-traitant aéronautique Recaero, en Ariège, qui l'a formé à la chaudronnerie et lui a offert un poste stable dans un secteur en plein essor en raison de la bonne santé d'Airbus et de ses fournisseurs.

Comme Loïc, de nombreux demandeurs d'emplois du sud-ouest de la France sont tentés de se reconvertir dans l'aéronautique, considérée comme un eldorado dans une économie en berne.

Et, comme Recaero, plusieurs entreprises du secteur se sont dotées d'un centre de formation interne pour faire face à la pénurie de main d'oeuvre qualifiée en formant des chômeurs.

"Moi, chaudronnier, je ne savais même pas ce que c'était, je pensais que c'était un genre de forgeron", raconte Loïc, qui a décidé de changer de voie à 28 ans après avoir enchaîné les postes non qualifiés dans la distribution ou l'industrie.

"En arrivant ici, j'ai été agréablement surpris. Chaudronnier, c'est du travail de qualité, manuel, de la précision, on travaille au dixième de millimètre avec les mains. C'est très valorisant."

En 2012, quelque 2.200 chômeurs en reconversion ont été formés aux métiers de l'aéronautique en Midi-Pyrénées et 90% d'entre eux ont trouvé un emploi, selon l'Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), fédération patronale de la filière.

"VOIE D'AVENIR"

Ce phénomène, lié à la montée en cadence des grands avionneurs, devrait se poursuivre en Midi-Pyrénées: l'UIMM attend environ 4.000 recrutements en 2013 dans le secteur, dont une partie seront des chômeurs reconvertis.

"C'est la voie d'avenir, parce qu'aujourd'hui il y a du travail et on sait qu'il y a un carnet de commandes sur les huit ans à venir", observe Philippe Almansa, directeur de l'emploi et de la formation au sein de l'antenne régionale de l'UIMM.

Selon Pôle Emploi, sur la seule agglomération toulousaine, "plus de 1.000 personnes ont émis l'an dernier le souhait de se reconvertir" dans l'aéronautique.

"Le point de départ, ça a été le salon du Bourget il y a deux ans, avec les premières grosses signatures de contrats d'Airbus", raconte Isabelle Salvador, directrice de l'agence Pôle Emploi de Blagnac, dans la banlieue de Toulouse.

Porté notamment par le succès de l'A320neo, son monocouloir remotorisé, l'avionneur européen affichait en janvier un carnet de commandes record de 4.682 avions, d'une valeur estimée à plus de 638 milliards de dollars et représentant environ huit années de production.

Pour pouvoir embaucher et suivre l'augmentation des cadences, une dizaine d'entreprises aéronautiques misent sur un centre de formation interne, comme Latécoère, la société Figeac Aero (Lot), ou l'entreprise gersoise Alisaero.

Lorsqu'un demandeur d'emploi est intéressé, Pôle Emploi lui propose une découverte des métiers, puis le soumet à la méthode de recrutement par simulation (MRS), tests d'habileté qui visent à détecter des aptitudes en faisant abstraction du diplôme et de l'expérience, explique Bruno Lepoutre, président d'Alisaero.

Si le profil et le projet du candidat sont satisfaisants, une formation lui est proposée avec par exemple à la clé un contrat de professionnalisation en entreprise, poursuit le dirigeant de cette entreprise de 140 salariés basée à Saint-Germé (Gers).

ESTHÉTICIENNE AJUSTEUSE OU GENDARME SOUDEUR

Chez Recaero en Ariège, une esthéticienne a ainsi pu devenir ajusteuse, un comptable usineur ou un gendarme soudeur.

"C'est la moins mauvaise solution", résume Thierry Pobeau, PDG de la société de 520 salariés spécialisée dans la pièce de rechange pour l'aéronautique.

"Il y a des postes qui sont en tension depuis vingt ans. Ce n'est pas notre boulot de former les gens, quelque part, mais il faut bien qu'on se débrouille."

La première promotion de demandeurs d'emploi a été accueillie en 2007 chez Recaero, qui forme des employés pour elle mais aussi pour ses voisins et concurrents, faute d'autres structures de formation adaptées dans le département.

L'an dernier, 57 personnes ont été formées, dont 20 destinées à la société elle-même, qui peinait auparavant à attirer du personnel qualifié jusqu'à Verniolle, à 80 km au sud de Toulouse.

"Il y a des besoins de recrutement en Ariège et on veut recruter sur notre bassin d'emploi. Donc la main d'oeuvre, on se la forme", souligne Christelle Pobeau, directrice des ressources humaines de Recaero.

Former sa propre main d'oeuvre intéresse aussi les fabricants très spécialisés, dont le savoir-faire n'est pas enseigné dans les structures habituelles. Cela permet également de fidéliser le personnel des sous-traitants face à l'inévitable attrait des grands groupes, précisent les entreprises du secteur.

Symbole de cet attachement, Loïc Gaillard assume désormais un rôle de tuteur au sein de Recaero et tente de transmettre à son tour le goût de la chaudronnerie.

"C'est moi qui forme les jeunes sur le métier, il n'y a pas mieux. C'est une super reconnaissance", conclut-il.

Edité par Patrick Vignal

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