L'accord UE-Turquie n'ébranle pas la détermination des migrants

le
0
    par Lefteris Papadimas 
    IDOMENI, Grèce, 8 mars (Reuters) - Réfugiés et migrants 
bloqués à la frontière entre la Grèce et la Macédoine se 
disaient déterminés mardi à poursuivre leur route vers le nord, 
malgré le projet d'accord sur leur renvoi en Turquie présenté la 
veille à Bruxelles par l'Union européenne et Ankara. 
    Depuis la quasi-fermeture de la "route des Balkans" qui a vu 
passer plus d'un million de migrants depuis un an, au moins 
34.000 personnes se retrouvent aujourd'hui bloquées sur le 
territoire grec. 
    A Idomeni, à la frontière gréco-macédonienne, 13.000 
migrants sont rassemblés et les arrivées se sont poursuivies 
mardi, à un rythme toutefois moindre que les jours précédents.  
    "Nous resterons ici, même si nous devons tous mourir", 
déclare Kadriya Djassem, une jeune femme de 25 ans qui a dû fuir 
les combats à Alep, dans le nord de la Syrie. "Ouvrez la 
frontière, s'il vous plaît, ne serait-ce que pour les enfants",  
ajoute-t-elle, son bébé de quatre mois dans les bras. 
    Le gouvernement grec a annoncé par ailleurs que 723 migrants 
étaient arrivés sur le continent en provenance des îles de la 
mer Egée ces dernières vingt-quatre heures. 
    Lors d'un sommet entre l'UE et la Turquie lundi à Bruxelles, 
le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a annoncé que son pays 
était prêt à reprendre tous les migrants, Syriens y compris, 
arrivés en Europe via son territoire, ainsi que ceux qui sont 
interceptés dans ses eaux territoriales.   
    En échange, il a demandé le doublement d'ici 2018 de l'aide 
européenne de trois milliards d'euros promises pour contribuer à 
l'accueil des réfugiés syriens en Turquie et l'engagement que, 
"pour chaque Syrien reconduit en Turquie depuis les îles 
grecques, un autre Syrien de Turquie serait accueilli dans un 
Etat membre de l'UE", selon la déclaration finale du sommet. 
    Les Vingt-Huit ont dit avoir besoin de temps pour étudier ce 
plan avant le Conseil européen des 17 et 18 mars. 
    A Izmir, la principale ville turque sur les bords de la mer 
Egée, le projet de Bruxelles laisse indifférents les candidats 
au départ pour l'Europe. 
     
    L'ONU INQUIÈTE 
    "Tous ces pays, avec leurs présidents, ne pensent qu'à leur 
propre intérêt et à s'en mettre plein les poches sur le dos des 
Syriens", lance Ibrahim Abdoulhamid Ivaki, un Syrien arrivé en 
Turquie avec sa famille il y a vingt jours et rencontré dans un 
café de la ville. "Tout ce que je veux, c'est aller en Europe 
avec ma famille", ajoute-t-il. 
    A Cesme, ville turque qui fait face à l'île grecque de 
Chios, un Afghan de 27 ans, Mohammed, affirme que la situation à 
la frontière macédonienne ne l'empêchera pas de poursuivre son 
chemin.   
    "Je suis au courant de ce qui se passe à la frontière entre 
la Grèce et la Macédoine mais si j'entre en Grèce je pense que 
je trouverai bien un moyen de gagner l'Allemagne", assure-t-il. 
    L'Otan a commencé lundi à mener des patrouilles en mer Egée 
afin de stopper les embarcations des migrants. 
    Le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés 
(HCR) a souligné mardi que le projet d'accord entre l'UE et la 
Turquie devait respecter le droit international et les droits 
fondamentaux. 
    "Je suis très inquiet face à toute décision qui impliquerait 
le retour pur et simple de quiconque d'un pays vers un autre 
sans que toutes les mesures de sauvegarde et de protection des 
réfugiés soient mises en place et respectent le droit 
international", a déclaré Filippo Grandi devant le Parlement 
européen réuni à Strasbourg.   
    "L'expulsion groupée d'étrangers est interdite par la 
convention européenne des droits de l'homme. Un accord qui 
reviendrait à renvoyer en masse les étrangers vers un pays tiers 
contreviendrait à la législation européenne et au droit 
international", a déclaré pour sa part à Genève Vincent 
Cochetel, directeur Europe du HCR. 
    Pour lui, le projet d'accord ne pourrait conduire qu'à une 
simple diversification des routes empruntées par les migrants.  
    La chancelière allemande Angela Merkel a estimé pour sa part 
que le projet présenté à Bruxelles allait "dans la bonne 
direction".   
 
 (Avec Melih Aslan à Izmir et Umit Bektas à Cesme, Tom Miles à 
Genève, Gilbert Reilhac à Strasbourg; Guy Kerivel pour le 
service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant