L'accord quadripartite sur l'Ukraine largement ignoré

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L'ACCORD SUR L'UKRAINE LARGEMENT IGNORÉ
L'ACCORD SUR L'UKRAINE LARGEMENT IGNORÉ

par Richard Balmforth et Aleksandar Vasovic

KIEV/MOSCOU (Reuters) - L'accord quadripartite de Genève destiné à apaiser la situation en Ukraine a subi lundi de nouveaux coups de boutoir, les séparatistes pro-russes de l'est du pays ne manifestant aucune volonté apparente de mettre fin à leur occupation de bâtiments officiels.

La confrontation sur le terrain se double d'un affrontement diplomatique entre les Etats-Unis, qui appuient le nouveau pouvoir à Kiev, et la Russie, qui l'accuse de bafouer "grossièrement" l'accord de Genève et d'être responsable de la situation actuelle.

Interrogée via Twitter par la station de radio russe Echo de Moscou, la porte-parole du département d'Etat américain a déclaré que les Etats-Unis pourraient envisager d'imposer des sanctions contre Vladimir Poutine en personne en raison de la crise en Ukraine, après avoir déjà sanctionné des responsables et des hommes d'affaires jugés proches du président russe.

"Oui. Impt (important) d'exposer les conséquences. Les USA en mesure de sanctionner des personnes, des entreprises et des secteurs. L'objectif (n'est) pas les sanctions. L'objectif (est la) désescalade", a écrit Jen Psaki en réponse à une question sur ce point précis.

Elle a toutefois laissé entendre qu'aucune initiative en ce sens ne devrait être prise dans l'immédiat.

Le vice-président américain Joe Biden est arrivé à Kiev pour marquer le soutien des Etats-Unis aux autorités provisoires ukrainiennes.

Responsable américain de plus haut rang à se rendre à Kiev depuis le début de la crise, Joe Biden verra mardi le président ukrainien par intérim, Oleksander Tourtchinov, et le Premier ministre Arseni Iatseniouk. Cette visite devrait revêtir une importance essentiellement symbolique, sans annonce concrète.

MÉDIATION DE L'OSCE

"Le vice-président demandera l'application urgente de l'accord de Genève et dira clairement que le coût sera plus lourd à payer pour Moscou si la Russie choisit dans les jours qui viennent la déstabilisation au lieu d'adopter une attitude constructive", a dit aux journalistes un responsable américain.

Les Etats-Unis menacent d'imposer de nouvelles sanctions contre la Russie si les militants séparatistes pro-russes de l'est de l'Ukraine ne respectent pas les termes de l'accord de Genève, signés jeudi par ces trois pays et l'Union européenne.

La Russie considère que les autorités à Kiev doivent pour leur part disperser les manifestations en leur faveur sur des places de la capitale.

L'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) est censée superviser la mise en oeuvre de cet accord.

Lundi, son médiateur Mark Etherington a rencontré pendant deux heures le dirigeant du mouvement pro-russe de la ville de Slaviansk, Viatcheslav Ponomariov, pour lui demander de respecter l'accord qui prévoit le désarmement des groupes armés illégaux et l'évacuation des bâtiments qu'ils occupent.

Mark Etherington n'a pas dit quelle avait été la réponse de son interlocuteur.

Viatcheslav Ponomariov a par la suite déclaré au cours d'une conférence de presse: "Nous n'avons pas négocié, nous avons discuté. Nous leur avons expliqué notre position, ce qui s'est passé ici, et ils nous ont exposé leurs projets."

Le médiateur de l'OSCE s'est également enquis du sort des personnes emprisonnées à Slaviansk, dont l'ancienne maire Nelia Chtepa "déposée" par Ponomariov et au sujet de laquelle un certain flou demeure. "Elle est sous notre protection", a dit le nouvel homme fort de la ville, en assurant que les médiateurs de l'OSCE avaient pu la rencontrer et lui parler.

Mark Etherington et Viatcheslav Ponomariov ont également parlé de la fusillade qui a fait au moins trois morts près de Slaviansk dans la nuit de samedi à dimanche. Cet incident a été imputé par les militants pro-russes et Moscou au parti d'extrême droite ukrainien Secteur droit, actif depuis novembre dans le mouvement à Kiev qui a abouti en février à la chute du président pro-russe Viktor Ianoukovitch.

"GOUVERNEUR DU PEUPLE"

Signes supplémentaires de la défiance des séparatistes pro-russes à l'égard de l'accord de Genève, les militants de Slaviansk ont fait venir des camions chargés de sable afin de remplir des sacs destinés à renforcer leurs barricades. Dans la ville proche de Kramatorsk, les médias ukrainiens ont montré des hommes armés et masqués prendre le contrôle du siège local de la sécurité d'Etat (SBU) et emmener un civil présenté comme le chef de la police.

D'après l'agence Interfax-Ukraine, environ 3.000 personnes réunies au siège local du SBU à Louhansk, une capitale régionale, ont élu un "gouverneur du peuple" et voté en faveur de l'organisation d'un référendum en deux temps en mai sur une union avec la Russie.

Des séparatistes ont déclaré à Reuters qu'ils ne désarmeraient pas tant que Secteur droit n'en aurait pas au préalable fait de même.

La Russie affirme que Secteur droit menace la communauté russophone. Kiev et les pays occidentaux répliquent que cette menace est en grande partie une illusion fabriquée par les médias russes proches du pouvoir afin de justifier une intervention de la Russie.

Secteur droit dément toute implication dans la fusillade survenue dans la nuit de samedi à dimanche à Slaviansk tandis que le pouvoir à Kiev accuse la Russie d'attiser les violences.

John Kerry et Sergueï Lavrov se sont entretenus par téléphone lundi. Le secrétaire d'Etat américain a exhorté le ministre russe des Affaires étrangères à favoriser la mise en oeuvre de l'accord de Genève, notamment en "appelant publiquement les séparatistes à quitter les bâtiments et les barrages occupés illégalement", a dit Jen Psaki.

Selon Moscou, Sergueï Lavrov a demandé à John Kerry d'"user de son influence sur Kiev, de ne pas laisser les exaltés là-bas déclencher un conflit sanglant" et d'encourager le pouvoir ukrainien à "remplir ses obligations inlassablement".

"Ces autorités ne font rien, ne lèvent même pas le petit doigt pour s'attaquer aux causes de la profonde crise intérieure en Ukraine", avait auparavant déclaré le chef de la diplomatie russe lors d'une conférence de presse.

(Avec Vladimir Soldatkin et Jeff Mason; Henri-Pierre André, Nicolas Delame et Guy Kerivel pour le service français)

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