L'accord de Paris sur le climat, un accélérateur d'initiatives

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L'ACCORD DE PARIS SUR LE CIMAT, UN ACCÉLÉRATEUR D'INITIATIVES
L'ACCORD DE PARIS SUR LE CIMAT, UN ACCÉLÉRATEUR D'INITIATIVES

par Emmanuel Jarry

LE BOURGET, Seine-Saint-Denis (Reuters) - La conférence sur le climat de Paris, conclue samedi par l'adoption d'un accord universel sur la lutte contre le réchauffement climatique, a été à tous égards l'anti-conférence de Copenhague, qui s'était soldée par un échec en 2009.

C'est aussi, grâce à une présidence française dont toutes les délégations ont salué la méthode, la revanche de l'Europe et un accélérateur d'initiatives, que les défenseurs d'une économie sobre en énergies fossiles et en carbone espèrent irréversible.

Il y a six ans, l'Union européenne n'avait pas su s'imposer aux géants américain, indien et chinois, ni éviter que la COP15 de Copenhague tourne au règlement de comptes Nord-Sud.

L'accord de Paris, conclu par 195 Etats et l'UE, est le premier à associer pays en développement et développés dans un effort commun pour enrayer le réchauffement de la planète avant qu'il ne prenne un tour catastrophique et irréversible.

"Si ça continue, ce ne seront plus des scientifiques qui se pencheront sur le climat mais des archéologues", déplorait dans la nuit de jeudi à vendredi le négociateur de la Barbade, à un moment où les tractations semblaient s'enliser.

Un mot a encore failli tout remettre en cause à la dernière minute : "shall" ("doit") substitué à "should" ("devrait") dans un alinéa de l'article 4 sur les objectifs à long terme. Une nuance marquant la frontière entre contrainte et incitation.

La délégation américaine, menée par le secrétaire d'Etat John Kerry, a menacé de retirer son soutien à l'accord.

La présidence française de la COP21 a plaidé l'erreur, imputée à la fatigue d'un rédacteur après plusieurs nuits blanches, et rétabli la version originelle avec l'accord tacite du principal groupe de pays en développement et émergents.

"Le G77 a accepté de fermer les yeux", confiait samedi soir un négociateur français épuisé mais soulagé et euphorique.

LE VÉNÉZUÉLA AMADOUÉ

Adopté en 1997 et en vigueur depuis 2005, le protocole de Kyoto, auquel succèdera l'accord de Paris en 2020, n'imposait qu'à 37 pays développés de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et n'a pas été ratifié par les Etats-Unis.

Cette fois, 188 pays sur 195, dont les plus gros émetteurs de GES du monde que sont les Etats-Unis et la Chine, ont déposé auprès de l'Onu des programmes de réduction de ces émissions.

La somme de ces contributions ne suffit certes pas à placer la planète sur la voie d'un réchauffement "nettement en-dessous de 2°C" et encore moins de 1,5°C par rapport aux niveaux industriels, les chiffres retenus par l'accord.

Mais l'accord de Paris engagera à l'avenir les signataires à réviser leurs programmes à la hausse tous les cinq ans.

La France a pour sa part promis, par la bouche de son président, François Hollande, de réviser les siens "au plus tard en 2020".

Même le Venezuela, jusqu'ici très rétif, qui a fait cause commune avec l'Arabie saoudite pour faire retirer un alinéa sur la tarification du carbone, a fini par déposer sa contribution.

Sa négociatrice, Claudia Salerno, que l'on avait vue la dernière nuit à Copenhague taper du poing jusqu'au sang sur son pupitre, l'a annoncé samedi soir après l'adoption de l'accord et n'a pas tari d'éloges sur le chef de la diplomatie française.

Le président de la COP21 l'avait intégrée dans son "pool" de "facilitateurs", des ministres venant pour moitié de pays en développement et chargés d'animer la concertation sur les points durs. La négociation, "c'est aussi beaucoup de psychologie", souligne un proche collaborateur de Laurent Fabius.

"TASK FORCE"

Une des clefs du succès de la conférence de Paris réside dans cette méthode de concertation tous azimuts associant tous les pays, des plus petits aux plus grands.

A l'équipe de la négociatrice française Laurence Tubiana, cheville ouvrière de la présidence de la COP21, s'est adjointe pour la dernière ligne droite une "task force" de diplomates emmenée par l'ambassadeur de France aux Nations-Unies, François Delattre, rompu aux procédures onusiennes.

C'est en partie lui qui a assuré dans les dernières nuits une permanence pour recevoir les doléances des délégations.

"Jusqu'à la fin de la conférence, Laurent Fabius et ses équipes ont su garder la confiance des différentes parties, ce qui n'est pas facile", estime Jean Jouzel, ancien vice-président du groupe d'experts intergouvernemental sur le climat (GIEC).

Là aussi, la France a pris le contrepied de Copenhague, où les négociateurs avaient laissé le soin aux chefs d'Etat et de gouvernement de trouver en toute fin de conférence une issue à l'impasse où ils s'étaient enfermés.

Les dirigeants des principaux pays développés et émergents avaient tenté de s'entendre entre eux sur un compromis a minima, voué à être rejeté par la grande majorité des autres parties.

Cette fois, les 150 chefs d'Etat et de gouvernement qui ont fait le déplacement au Bourget n'ont été invités qu'à la session d'ouverture, pour donner une impulsion politique à la COP21.

L'autre clef du succès de la COP21 est l'évolution, en particulier dans les pays qui ont contribué en 2009 à l'échec de Copenhague, Etats-Unis, Chine et Inde en tête, de la perception de l'urgence d'une réponse aux dérèglements climatiques.

DYNAMIQUE

Nombre de chefs de délégations, dont la ministre sud-africaine de l'Environnement, Edna Molewa, et le négociateur chinois Xie Zhenhua, ont admis que l'accord de Paris n'était pas parfait mais ont estimé que c'était une "bonne base".

Les organisations de défense de l'environnement sont partagées entre la satisfaction de voir prise au sérieux la question du réchauffement et le sentiment que l'accord de Paris reste en deçà de ce qui serait nécessaire pour y répondre.

Elles estiment trop tardif l'horizon fixé pour les premières réévaluations des engagements nationaux et critiquent l'absence de référence à un prix du carbone dans l'accord proprement dit.

Beaucoup misent sur la dynamique créée. "Jamais une conférence climat n'a été accompagnée par une telle mobilisation des acteurs et un tel foisonnement des initiatives", estime le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin.

Près de 11.000 projets de collectivités locales, sociétés privées et investisseurs pour réduire le recours aux énergies fossiles et les émissions de GES ont été enregistrées auprès de la Convention-cadre des Nations unies pour le climat (CCUNCC).

Etats, organisations internationales et grands groupes ont multiplié les promesses de fonds pour la reforestation, les énergies renouvelables ou des systèmes d'alerte précoce.

Selon la Fondation Nicolas Hulot, ces promesses ne porteraient cependant qu'à 85 milliards d'euros le montant annuel des fonds mobilisés d'ici 2020, loin des 100 milliards de dollars par an promis à Copenhague et confirmés par la COP21.

Celle-ci a prévu qu'un nouvel objectif chiffré serait fixé avant 2025, sur la base de ce montant "plancher".

Selon la fondation, des fonds d'investissements gérant 3.400 milliards de dollars d'actifs se sont par ailleurs engagés à sortir des énergies fossiles.

"La roue de l'action climatique tourne lentement mais à Paris, elle a tourné. Cet accord place l'industrie des énergies fossiles du mauvais côté de l'histoire", estime le directeur exécutif de Greenpeace International, Kumi Naidoo.

Reste à savoir ce que les signataires feront de l'accord en l'absence de sanctions pour les obliger à l'appliquer.

Pour Jean Jouzel, il constituera au moins une "contrainte morale". "Ces accords internationaux sont pris très au sérieux par beaucoup de pays", a-t-il déclaré à Reuters. "Ils rentreront dans les législations nationales."

L'accord de Paris est en tout état de cause considéré comme un point de départ : "Le travail commence maintenant", estime le sénateur écologiste australien Richard di Natale.

(Edité par Simon Carraud)

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