L'accord de Munich sur la Syrie laisse peu d'espoirs

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L'ENVOYÉ SPÉCIAL DE L'ONU DOUTE DE LA REPRISE DES NÉGOCIATIONS DE PAIX SUR LA SYRIE
L'ENVOYÉ SPÉCIAL DE L'ONU DOUTE DE LA REPRISE DES NÉGOCIATIONS DE PAIX SUR LA SYRIE

par John Irish et Warren Strobel

MUNICH (Reuters) - L'émissaire de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, s'est félicité vendredi de l'accord de "cessation des hostilités" conclu la nuit précédente à Munich mais doute toujours de la reprise des négociations de paix, auxquelles Bachar al Assad se dit prêt à participer tout en promettant de reconquérir l'intégralité du territoire syrien.

Les Etats membres du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) réunis dans la capitale bavaroise se sont entendus sur la mise en oeuvre d'ici une semaine de cette trêve et sur l'acheminement rapide de l'aide humanitaire dans les zones assiégées.

Ils ne sont toutefois pas parvenus à un accord de cessez-le-feu en bonne et due forme ni sur la fin des bombardements russes, particulièrement intenses autour d'Alep, dans le Nord, où les forces syriennes ont lancé une vaste offensive qui a entraîné la suspension, le 3 février, des discussions entamées à Genève sous l'égide des Nations unies.

L'émissaire de l'Onu espère relancer les négociations le 25 février mais rien n'indique que l'accord de vendredi garantisse leur reprise, a laissé entendre un porte-parole de l'organisation, parlant d'une situation "très nébuleuse".

Staffan de Mistura doit faire le point sur la situation le 17 février devant le Conseil de sécurité, a-t-il ajouté.

Le Haut Comité pour les négociations (HCN) mis sur pied par l'opposition pour participer à la conférence de Genève se dit prêt à reprendre les discussions à condition que les frappes russes cessent et que l'aide humanitaire puisse être acheminée.

Dans un entretien accordé à l'AFP quelques heures avant l'accord conclu à Munich, Bachar al Assad se dit lui aussi prêt à négocier mais affiche également sa détermination à reprendre le contrôle de l'intégralité du territoire syrien.

UNE SEMAINE DÉCISIVE

La reconquête de tout le territoire syrien "est un but que nous cherchons à atteindre sans hésitation (...), que nous soyons capable de le faire ou non", dit le président.

"Depuis le début de la crise, nous croyons totalement aux négociations et à l'action politique. Cependant, négocier ne signifie pas qu'on arrête de combattre le terrorisme", ajoute-t-il.

L'accord conclu à Munich prévoit la poursuite des combats contre les mouvements djihadistes, notamment l'Etat islamique (EI ou EIIL) et le Front al Nosra, branche locale d'Al Qaïda, ce qui, aux yeux de Damas et de Moscou, justifie la poursuite des combats.

"Nos forces aériennes continueront à agir contre ces organisations", a promis Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, laissant entendre que les raids se poursuivraient après l'entrée en vigueur de la cessation des hostilités.

Côté occidental, on estime que les frappes russes visent davantage l'opposition jugée modérée et beaucoup, dont la France et la Grande-Bretagne, sont convaincus qu'il n'y a rien à espérer tant qu'elles se poursuivront.

"Si dans une semaine rien n'a changé à cause de leurs bombardements, ils (les Russes) en porteront la responsabilité", a commenté un diplomate français.

BOMBARDEMENTS RUSSES

"La Russie s'en est prise essentiellement à des mouvements d'opposition et pas à l'EIIL. Les raids des avions russes contre différents groupes d'opposants en Syrie ont en fin de compte nui aux efforts déployés pour parvenir à une solution pacifique négociée", a quant à lui déploré Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Otan.

Selon les rebelles, d'intenses bombardements russes ont visé vendredi Tal Rifaat, dans le nord de la province d'Alep, et l'Observatoire syrien des droits des droits l'homme a fait état d'autres raids aériens au nord de Homs.

Le délai d'une semaine fixé par l'accord de Munich pourrait laisser le temps aux forces syriennes et à leurs alliés russes, libanais et iraniens d'achever l'encerclement d'Alep, qui était la ville la plus peuplée de Syrie avant le conflit, et de priver les insurgés de tout accès à la frontière turque, par où transite l'essentiel de leurs approvisionnements.

De son côté, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a souhaité que l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis déploient des forces spéciales en Syrie pour aider les insurgés. Officiellement, il s'agit de les aider à reprendre Rakka, capitale du califat proclamé par les djihadistes du groupe Etat islamique (EI ou EIIL).

Sur le front humanitaire, la "task force" formée à Munich par les Etats membres du GISS a formellement réclamé vendredi l'autorisation d'accéder aux villes assiégées. "Nous espérons obtenir cet accès sans délai", a déclaré son président Jan Egeland. Il a reconnu dans la soirée que c'était une tâche "difficile, compliquée", ajoutant que son groupe se réunirait de nouveau mercredi prochain.

Selon le vice-Premier ministre turc Yalcin Akdogan, près de 40.000 réfugiés supplémentaires ont été accueillis dans les camps de Syrie situés à la frontière turque en raison des combats qui font rage autour d'Alep.

(Avec Denis Dyomkin, Shadia Nasralla et Robin Emmott à Munich, Suleiman al-Khalidi à Amman; Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Guy Kerivel)

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  • benrot il y a 11 mois

    du déjà vu