L'Académie française fait le choix de "l'imagination romanesque"

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Adélaïde de Clermont-Tonnerre a reçu le Grand prix du roman pour "Le dernier des nôtres" (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)
Adélaïde de Clermont-Tonnerre a reçu le Grand prix du roman pour "Le dernier des nôtres" (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

(AFP) - L'Académie française a clairement fait le choix de privilégier la fiction et le romanesque en accordant jeudi son Grand prix du roman à Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour "Le dernier des nôtres", une fresque historique et romantique déjà plébiscitée par le public.

La romancière, publiée chez Grasset, a été choisie au premier de tour de scrutin par 11 voix contre 5 à Benoît Duteurtre ("Livre pour adultes", Gallimard) et 3 à Sylvain Prudhomme ("Légende", L'Arbalète).

"Quel bonheur, c'est un roman! Or, il y a longtemps qu'il n'y a plus ou peu de romans d'imagination", s'est félicitée la secrétaire perpétuelle de l'Académie française, Hélène Carrère d'Encausse.

Adélaïde de Clermont-Tonnerre "fait preuve d'imagination, elle invente", a poursuivi l'académicienne. "Son livre correspond à la définition du roman, l'imagination romanesque".

Le fait qu'elle a obtenu le Grand prix dès le premier tour montre qu'elle a "emballé l'Académie", a-t-elle souligné.

Louant les qualités de la romancière qui "sait faire", l'académicienne a fustigé les écrivains qui "vous racontent tous leurs malheurs personnels, ceux de leur grand-mère...".

Emue, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, directrice du magazine "Point de vue", a rappelé que son roman était seulement son deuxième livre (elle travaille sur un troisième). "Ce prix donne envie de continuer", a-t-elle dit. Le prix de l'Académie française est doté de 10.000 euros.

Elle a reconnu avoir écrit "un roman très romanesque avec une intrigue, des personnages auxquels on s'attache, deux temporalités et un aspect assez méconnu de la guerre".

"En me donnant ce prix l'Académie a voulu défendre une certaine idée du romanesque qui parfois n'est pas très considéré", a-t-elle estimé tout en reconnaissant qu'il peut y avoir "des choses magnifiques" en auto-fiction ou sur des histoires basées sur des faits réels.

"Le dernier des nôtres" est l'histoire d'un jeune ambitieux tombant amoureux de la fille d'un milliardaire. Nous sommes à New York à la fin des années 1960.

Le roman connaît d'ores et déjà un grand succès populaire.

Agée de 40 ans, l'auteure de "Fourrure" (récompensée notamment par le prix Maison de la presse et finaliste du Goncourt du premier roman) sait mener son affaire.

- Andy Warhol et Jimmy Hendrix -

Son deuxième roman est bourré de rebondissements. Changement de lieu, changement de temps. Dès le second chapitre, nous quittons Manhattan pour nous retrouver au milieu des ruines de Dresde après les terribles bombardements de février 1945.

Le héros principal du roman c'est Werner Zilch, citoyen américain depuis son adoption par une famille américaine. Car Werner, aux yeux "bleu clair", promoteur immobilier que rien ne semble pouvoir contrarier, n'est pas né sur le sol américain. Sa mère, grièvement blessée dans les bombardements de Dresde, lui a donné naissance quasiment par miracle.

Quant à son père, croit-on, il était le bras droit de Wernher Von Braun (qui sera récupéré par les Américains pour lancer leur programme spatial) mais surtout "l'inventeur des V2", les premiers et meurtriers missiles balistiques.

Werner Zilch est un tombeur à qui aucune fille ne résiste. Mais quand il rencontre Rebecca Lynch c'est lui qui succombe. Adélaïde de Clermont-Tonnerre excelle à raconter cette "Love Story", au risque, parfois, d'en faire un peu trop. On croise Warhol, Jimmy Hendrix ou Bob Dylan! Tout se déroule comme dans un rêve jusqu'au jour où Werner est présenté à la mère de Rebecca, Judith, rescapée d'Auschwitz, qui s'effondre à sa vue.

Rebecca disparaît de la vie de Werner qui se lance littéralement à corps perdu dans ses projets immobiliers.

Certains lecteurs auront déjà tout deviné de l'intrigue mais, pour les autres, Adélaïde de Clermont-Tonnerre remonte le fil du temps. C'est Von Braun lui-même (il travaille désormais pour la Nasa) avec son "sourire chaleureux" qui racontera à Werner le secret de ses origines. Son père fut-il vraiment un criminel de guerre comme le croit Judith? On passe de la leçon d'histoire au thriller mais on sent que tout cela finira bien.

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