L'ABE pourrait quitter Londres, bataille en vue pour l'accueillir

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    par Francesco Guarascio 
    BRUXELLES, 26 juin (Reuters) - L'Union européenne se prépare 
déjà à déménager l'Autorité bancaire européenne (ABE) installée 
à Londres, tirant ainsi les conséquences du vote britannique 
pour la sortie de l'UE, ont déclaré plusieurs responsables 
européens dimanche, donnant le coup d'envoi d'une course entre 
Paris et Francfort pour accueillir cet influent organisme. 
    Au lendemain de la démission du commissaire britannique 
Jonathan Hill, qui était chargé des services financiers au sein 
de l'exécutif communautaire, et de son remplacement par Valdis 
Dombrovskis, le "M. Euro" de la CE, ces déclarations illustrent 
les risques de mise à l'écart auxquels est d'ores et déjà 
exposée la City londonienne, qui feront inévitablement partie 
des négociations sur le "Brexit". 
    Le vote des électeurs britanniques pourrait conduire à la 
relocalisation dans d'autres pays européens de milliers 
d'emplois financiers pour l'instant basés à Londres, dont ceux 
de l'ABE. Cette dernière, qui a pour mission de rédiger et de 
faire respecter les règles applicables à l'ensemble des banques 
de l'UEE, emploie 159 personnes.  
    Elle devrait être relocalisée "bientôt", ont dit deux 
responsables de l'UE à Reuters. Et les observateurs considèrent 
Paris et Francfort, les deux principales places financières 
continentales, comme ses nouvelles destinations les plus 
probables, même si Dublin a aussi ses chances.  
    Milan, la capitale économique et financière de l'Italie, 
pourrait aussi entrer en lice: l'ex-président du Conseil Enrico 
Letta a déjà appelé le gouvernement de Matteo Renzi à envisager 
de défendre la candidature milanaise.  
    Une porte-parole de l'ABE, fondée en 2011 pour améliorer la 
réglementation financière après la crise financière de 
20067-2009, a déclaré que toutes les décisions sur une 
éventuelle relocalisation de l'agence devraient être prises au 
niveau de l'UE. 
    La contribution du secteur financier à l'économie 
britannique a représenté 190 milliards de livres (231 milliards 
d'euros) en 2014, soit 12% du PIB environ. Ce secteur emploie 
2,2 millions de personnes en Grande-Bretagne, dont 90% environ 
des effectifs européens des banques d'investissement américaines 
et représente 78% de l'activité des marchés de capitaux des 
autres Etats membres de l'UE en Grande-Bretagne.  
     
    CENTRE FINANCIER "OFFSHORE" 
    Au-delà du cas de l'ABE, la prédominance de Londres dans le 
secteur bancaire risque aussi d'être contestée sur le marché des 
services de compensation: la Banque centrale européenne (BCE) a 
déjà tenté en vain par le passé de priver la City de son rôle de 
premier plan dans ce domaine en arguant du fait que les chambres 
de compensation assurant le bon déroulement de transactions 
libellées en euro devaient se trouver dans la zone euro. 
    La BCE devrait revenir à la charge maintenant que Londres 
est sur le chemin de la sortie de l'UE.  
    Autre risque pour la City: celui d'être tenu à l'écart de 
l'Union des marchés de capitaux, le projet le plus ambitieux 
lancé depuis des années pour tenter de réduire les obstacles aux 
mouvements de capitaux au sein de l'Union.  
    Inauguré en septembre par le commissaire aux Services 
financiers Jonathan Hill, Britannique et qui a démissionné 
samedi, le projet était jusqu'à présent perçu comme susceptible 
de renforcer l'avance de Londres sur les autres places 
financières européennes.  
    Mais le Brexit risque de changer la donne, d'autant que les 
réactions initiales à Bruxelles sur le sujet penchaient en 
faveur d'une attitude ferme vis-à-vis de Londres. 
    "Le Royaume-Uni ne doit pas s'attendre à un traitement de 
faveur pour la City de Londres pendant les négociations de 
sortie", a prévenu Sven Giegold, député européen écologiste 
allemand.  
    Privé de tout point de contact avec l'UE et de l'influence 
de Jonathan Hill, un proche allié du Premier ministre 
démissionnaire David Cameron, le secteuf financier britannique 
se trouve en situation difficile par rapport aux autres centres 
financiers dans la mesure où la zone euro sera soucieuse 
d'affirmer son quasi-monopole sur l'activité financière de l'UE. 
    Le projet d'Union des marchés de capitaux prévoit également 
de renforcer les droits liés au "passeport européen" le 
mécanisme qui permet à un établissement financier disposant 
d'une licence dans un pays membre de commercialiser ses services 
dans l'ensemble de l'UE, ce qui bénéficierait entre autres aux 
fonds de capital-investissement et aux fonds d'infrastructures. 
    Certains fonds basés à Londres pourraient donc être 
contraints de repenser leur stratégie.   
    Ainsi, même si la Grande-Bretagne est appelée à rester dans 
l'UE jusqu'à la fin du processus de sortie, qui s'étalera sur 
plusieurs années, l'influence de la City sur l'élaboration des 
règles encadrant le secteur financier sera très vite et très 
fortement réduite, notamment pour ce qui est du projet d'Union 
des marchés de capitaux, censé s'appliquer à partir de 2019. 
    La City pourrait aussi rester à l'écart du boom des 
transactions que pourraient favoriser les futures nouvelles 
infrastructures financières et des effets bénéfiques de 
l'assouplissement prévu des règles de titrisation.  
    Si les discussions autour du divorce de la Grande-Bretagne 
avec l'UE tournaient à l'aigre, la City pourrait aussi faire le 
choix de devenir un centre financier "offshore", accessible aux 
entreprises européennes trop sensibles à la réglementation et à 
la fiscalité, "un scénario qui ne peut pas être exclu à ce 
stade", reconnaît un responsable européen.      
 
 (avec Huw Jones; Marc Angrand pour le service français) 
 
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