Kosciusko-Morizet dans le piège de la primaire UMP à Paris

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par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Ce devait être une formalité, c'est devenu un parcours d'obstacles. Nathalie Kosciusko-Morizet concourt à partir de vendredi avec trois rivaux pour l'investiture UMP à l'élection municipale à Paris en 2014, mais les divisions de la droite fragilisent son statut de favorite.

"Evénement historique" de l'avis du président de la fédération parisienne de l'UMP, Philippe Goujon, le premier tour des "primaires ouvertes" du parti d'opposition aura lieu sur internet du 31 mai 08h00 au lundi 3 juin 19h00.

Les électeurs parisiens doivent s'inscrire moyennant trois euros. Face au peu d'engouement suscité par cette première, la procédure a été prolongée jusqu'au 3 juin à 18h00, contre l'avis des concurrents de "NKM" qui contestent un bouleversement des règles nuisible à la transparence et à la sincérité du vote.

Près de 18.000 personnes s'étaient manifestées jeudi, alors que la fédération UMP locale recense 30.000 militants.

Face à l'ancienne ministre et députée de l'Essonne, favorite des sondages contre la socialiste Anne Hidalgo, ils pourront choisir entre le maire du Ier arrondissement Jean-François Legaret, le jeune copéiste Pierre-Yves Bournazel, élu du 18e arrondissement, et Franck Margain, vice-président du Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin et conseiller régional.

"NKM" CIBLE DES OPPOSANTS AU MARIAGE GAY

Les résultats seront "dépouillés" dès la clôture du scrutin en présence des candidats, détenteurs chacun d'une clé destinée à déverrouiller le système informatique, et du président du conseil supérieur des primaires, l'ancien maire du Havre Antoine Rufenacht, possesseur du cinquième Sésame.

Le fiasco de l'élection à la présidence de l'UMP, en novembre dernier, reste dans les esprits, et la fédération, qui a fait appel à une filiale de La Poste, assure s'être entourée de tous les garde-fous pour éviter fraude ou dysfonctionnement.

Pourtant, les ingrédients d'un cocktail explosif, quasi rituel au sein de la droite parisienne, sont réunis pour instiller le doute sur la consultation.

La campagne a dérivé en accusations de manipulation, de sabotage, et autres invectives, parasitée par le conflit entre la frange la plus droitière de l'UMP, emmenée par "La Droite forte", et les tenants d'une ligne plus modérée.

Jean-François Legaret, l'un des barons de la droite parisienne, a décidé jeudi de porter plainte contre X pour faux et usage de faux, dénonçant un piratage des fichiers UMP à son détriment. Ce que l'UMP dément.

L'élu, qui a participé activement aux rassemblements de "La Manif pour tous" contre le mariage homosexuel, accuse le député-maire du XVIe arrondissement Claude Goasguen, soutien de Nathalie Kosciusko-Morizet, d'avoir contribué à la diffusion sur internet d'une vidéo datant de 2007 dans laquelle il se dit favorable à l'union civile pour les couples homosexuels.

"Le débat sur le mariage gay a dévoyé la primaire", regrette un élu de la capitale.

"PIÈGE"

L'irruption dans la campagne des opposants à la loi Taubira, "électrisante" pour les plus philosophes, dévastatrice pour les défenseurs du "souffle démocratique" de la primaire, a changé la donne pour Nathalie Kosciusko-Morizet, dont l'entourage craint désormais qu'elle ne soit victime d'un "sabotage".

Ses torts aux yeux des plus radicaux? S'être abstenue lors du vote à l'Assemblée sur la loi, ses critiques contre l'inspirateur de la "droitisation", Patrick Buisson, et ses prises de position contre le Front national.

"Nathalie a plaidé pour une primaire ouverte afin de balayer les accusations de parachutage, elle pourrait avoir créé son propre piège", redoute l'un de ses soutiens parisiens.

Guillaume Peltier, chef de file de "La Droite forte", a appelé à voter contre elle et, malgré le rappel à l'ordre de l'UMP, sa consigne a trouvé un écho au sein d'électeurs UMP. Les opposants les plus déterminés au mariage gay invitent à s'inscrire aux primaires pour "faire tomber NKM".

L'extrême droite est également active et l'hebdomadaire "Minute", dont Patrick Buisson fut le directeur, lance cette semaine : "Pour trois euros, payez-vous NKM".

Pour les opposants à l'ancienne ministre UMP, Jean-François Legaret et Pierre-Yves Bournazel, qui a pourtant voté en 2011 au conseil de Paris un "voeu" en faveur des unions homosexuelles, sont les candidats à plébisciter.

Aussi l'hypothèse d'un second tour, impensable au début de la campagne, prend-elle corps. Il aurait lieu du 7 au 10 juin.

"Une élection, c'est toujours une prise de risque. Je reste convaincue plus que jamais que la primaire est une bonne solution, un outil d'émancipation du parti", a assuré jeudi Nathalie Kosciusko-Morizet.

Edité par Yves Clarisse

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  • manx750 le jeudi 30 mai 2013 à 18:43

    La campagne n'est pas "parasitée" par le mariage gay ; la campagne est éclairée par le mariage gay et l'électeur pourra (sans risquer d'être embarqué au poste par la police politique) discrètement et de manière anonyme exprimer sa préférence... en fonction des prises de position des prétendants. C'était cela avant la Hollandie, la démocratie...