Knysna, Benzema, Ménès... Evra se livre comme jamais

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Interrogé longuement par L’Equipe samedi, Patrice Evra s’est raconté comme rarement entre son implication dans le fiasco de Knysna ou encore son rapport aux autres. Retrouvez son intervention sans langue de bois en cinq phrases marquantes.

« Je ne suis pas en manque de câlins »

Lors de son premier entretien accordé à un média français depuis l’été 2010, Patrice Evra a fait fort. Sur trois pages dans L'Equipe, le latéral gauche de 34 ans n’a éludé aucune question. « Je viens d’un quartier, je n’ai pas fait de centre de formation : franchement, ma préoccupation, ce n’est pas mon image. Que l’on m’aime ou que l’on ne m’aime pas, peu importe, a-t-il d’abord lancé avant d’évoquer son objectif de l’année. La seule chose qui aurait pu me toucher, c’est si quelqu’un avait dit que je n’aimais pas le maillot de l’équipe de France. Je n’ai encore rien gagné avec mon pays. Et je veux que ça change. L’objectif, plus que jamais, c’est de gagner cet Euro. » Son image, qui s’est améliorée depuis la Coupe du Monde 2010, n’est pas un objectif visiblement pour lui : « Ce qui me touche, c’est ce que pensent mes coéquipiers. Je ne suis pas en recherche d’affection. Je ne suis pas en manque de câlins. Je ne joue pas au foot pour ça. Je joue au foot parce que je suis un gagneur. J’arrive à un âge (35 ans, le 15 mai) où ce n’est même plus ma performance qui m’intéresse. (…) Je n’ai jamais été touché par aucune critique. J’ai d’autres chats à fouetter. Je fais de la méditation, je suis quelqu’un de religieux. On ne va pas se faire la tête toute la vie. Mais je n’ai pas besoin d’apparaître dans les médias. »

« Eux, ils ont le droit de parler et pas moi ? »

Patrice Evra n’a pas pu échapper à une question sur sa sortie en octobre 2013 où il s’en était pris à Pierre Ménès, Bixente Lizarazu, Rolland Courbis et Luis Fernandez. Et notamment sur sa sortie sur le premier qui avait lancé une phrase qui ne lui avait pas du tout plu (Il serait prêt à vendre sa mère pour aller en équipe de France) : « Tu fais ce que tu veux avec moi mais ça, non, se défend-il. Ma mère a eu des pépins. Un jour, on m’appelle pour me dire qu’elle rentre à l’hôpital parce qu’elle a mal au ventre. Quand je suis arrivé, on l’avait amputée d’une jambe. Je ne blague pas avec ça (…) Mais je n’ai pas été virulent. On en a fait des tonnes. On voulait me suspendre. Mais on va où ? Eux, ils ont le droit de parler et pas moi ? En plus, c’était à ma façon, avec des blagues, et ça a fait rire beaucoup de monde. » Sa relation tumultueuse avec Bixente Lizarazu, Evra ne semble pas vraiment s’en soucier : « Je n’ai jamais eu de problème avec lui. Le problème, c’est que je joue au même poste que lui. Mais je respecte sa carrière. Demain, si je le croise, je lui serre la main. » Mais, quelques lignes plus tard, l’ancien capitaine de Manchester United a glissé une petite indiscrétion sur le consultant qui officie à TF1 et RTL : « Quand je suis arrivé en Bleu, c’est le seul qui ne m’a pas serré la main. D’ailleurs, il a menti en racontant qu’on n’avait jamais été sélectionnés ensemble. On avait été appelés avant le match amical contre le Brésil en 2004. »

« Pourquoi je prendrais ma retraite internationale ? »

Alors qu’une prolongation de deux ans l’attend à la Juventus Turin, Evra ne sait pas encore s’il va l’accepter. Cependant, une prolongation avec les Bleus, le natif des Ulis la signerait sur le champ : « Je partirai des Bleus quand mon pays me dira qu’il n’a plus besoin de moi. Pourquoi je prendrais ma retraite internationale ? Tant que je jouerai au foot, je voudrai jouer pour les Bleus. Je veux rester au haut niveau. Je ne sais pas jusqu’à quand je le pourrai. Mais je serai honnête : quand je verrai qu’on me fait danser à l’entraînement, ce sera terminé. En attendant, je continue. » Et il continue de prodiguer des conseils à ses futurs successeurs : « Layvin (Kurzawa), avant qu’il parte à Paris, je lui ai donné des conseils. Digne, je lui donne des conseils. Benjamin Mendy, quand il a perdu sa mère, je l’ai appelé. Je veux les aider. Parce que je ne suis pas aigri. Tôt ou tard, ils prendront ma place. »

« Benzema ? Je ne connais pas l’histoire »

En attendant, c’est lui qui devrait prendre place au poste de latéral gauche lors de l’Euro français en juin prochain. Une compétition à laquelle Karim Benzema est encore loin d’être sûr d’y participer. Sur ce sujet, Evra préfère, pour une fois, botter en touche : « Quoi qu’il en soit, je serai derrière le coach (Didier Deschamps), le staff et le président de la Fédération (Noël Le Graët). Quelle que soit la décision (…) Je ne connais pas l’histoire. Je ne juge pas. L’affaire est toujours en cours. Je ne prendrai parti pour personne. Comme je l’ai déjà dit, c’est se tirer deux balles dans le pied s’ils ne sont pas avec nous à l’Euro. Mais j’ai confiance dans le groupe et on fera avec ou sans eux. Peur des polémiques ? Il faudra l’assumer. C’est un choix à faire. Soyons sincère : est-ce que tout le monde assumera la pression médiatique ? C’est la seule question. »

« J’ai empêché la grève du match »

Le gros morceau de cette entretien-fleuve est la vision du fiasco de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. Et de la fameuse grève de l’entraînement dans le bus. C’est Patrice Evra qui a d’ailleurs guidé le journaliste de L’Equipe, Sébastien Tarrago, sur cette piste : « En 2010, j’ai été trop généreux. J’ai pris une décision du groupe sur mes épaules et, si j’avais davantage pensé à ma gueule, j’aurais peut-être dit : "Attention aux répercussions." Et on n’aurait pas pris cette décision. Là, j’aurais dû être un vrai capitaine. Je ne l’ai pas été. » L’ancien Niçois a ensuite répondu aux dires de Djibril Cissé (« Le capitaine décide qu’on ne s’entraîne pas. Ça discute, certains ne veulent pas, mais on suit bêtement ») sur ce sujet : « Il a dit ça ? Si c’est vrai, j’en prends note, je l’appellerai. S’il a dit ça, je suis très, très, très déçu car je n’aime pas les menteurs. » Patrice Evra a ensuite confirmé que c’est lui qui a évité la grève du troisième match de la phase de poules face à l’Afrique du Sud, quelques jours après le renvoi de Nicolas Anelka. « C’est la vérité. Je n’ai pas à mentir. Un jour, d’ailleurs, je ferai un livre sur ma carrière. Et je reviendrai aussi sur cette histoire. Oui, j’ai empêché la grève (…) On était dans une bulle. Nous, on ne voulait pas s’entraîner. On voulait signer les autographes et rentrer à l’hôtel. Si cela s’était passé comme prévu, cela n’aurait pas fait tout ce bordel. C’est Raymond Domenech (le sélectionner de l’époque) qui a fait confisquer les clés du bus. Tout ce bordel n’aurait pas eu lieu sans ça. Toutes ces histoires comme quoi certains voulaient descendre, comme quoi Gourcuff a été bloqué. Ce sont des mensonges. Je me suis levé trois fois, j’ai dit : "S’il y en a un qui descend, on descend tous. " Après, les rideaux qui se ferment, tout ça, il fallait appeler le SWAT, c’était n’importe quoi. Bon, mais là, on reparle de Knysna et je n’ai pas envie. Ça fait six ans, quand même. Je ne suis plus là-dedans depuis longtemps. »
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