Kiev mobilise contre la "déclaration de guerre" de Moscou

le
2
L'UKRAINE MOBILISE SES RÉSERVISTES
L'UKRAINE MOBILISE SES RÉSERVISTES

par Alissa de Carbonnel et Natalia Zinets

KIEV/BALACLAVA Ukraine (Reuters) - L'Ukraine a mobilisé dimanche l'ensemble de ses réservistes et Washington menace d'isoler économiquement la Russie, au lendemain d'un vote du parlement russe donnant au président Vladimir Poutine le feu vert pour envoyer des forces armées sur le territoire de l'ancienne république soviétique.

"Ce n'est pas une menace: c'est en fait une déclaration de guerre à mon pays", a déclaré en anglais le chef du nouveau gouvernement de Kiev, Arseni Iatseniouk.

Engageant un bras de fer avec l'Occident sans précédent depuis la Guerre froide, Vladimir Poutine a obtenu samedi du parlement l'autorisation d'employer la force pour protéger les ressortissants russes en Ukraine.

Les investisseurs ont réagi à la montée des tensions à l'ouverture des marchés en Asie, en vendant leurs actions et en achetant les contrats à terme sur le pétrole et le blé. Le yen et le franc suisse ont été recherchés pour leur statut de valeurs refuge.

Les forces russes ont en pratique déjà pris - sans effusion de sang - le contrôle de la République autonome de Crimée, où elles disposent d'une flotte dans le port de Sébastopol, et où les tensions déclenchées en Ukraine par la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch il y a huit jours sont les plus vives.

Les maigres forces ukrainiennes basées en Crimée n'ont pu empêcher des militaires russes, qui ne portent pas d'insigne mais conduisent des véhicules clairement identifiés, de prendre le contrôle des bâtiments publics, des aéroports et d'autres sites au cours des trois derniers jours.

SOUTIEN FINANCIER

Dimanche, les militaires russes ont investi de petits avant-postes et exigé le désarmement des soldats ukrainiens de faction, le tout sans coup de feu, même si certains ont refusé.

Alors que les pays occidentaux n'ont pas encore annoncé de mesures de représailles drastiques, les Etats-Unis ont dit se concentrer sur des mesures économiques et diplomatiques et ont laissé clairement entendre qu'ils n'envisageaient pas l'option militaire.

Le chef de la diplomatie américaine John Kerry est attendu mardi à Kiev afin d'afficher le soutien de Washington aux nouvelles autorités ukrainiennes, a déclaré le département d'Etat dans un communiqué.

Les sept pays les plus industrialisés (G7) ont condamné l'intrusion de la Russie en Ukraine et ont annulé les préparatifs du sommet du G8, qui inclut la Russie, et qui devait avoir lieu en juin à Sotchi, la station touristique russe où se sont tenus les Jeux olympiques d'hiver.

Les ministres des Finances du G7 se sont dits prêts à offrir "un solide soutien financier" à l'Ukraine, pour peu que les nouvelles autorités à Kiev acceptent de poursuivre les réformes voulues par le Fonds monétaire international.

Selon les analystes, des sanctions américaines auront peu d'impact sur la Russie sauf si elles sont doublées de mesures vigoureuses de la part des pays européens qui ont davantage de relations avec Moscou et le gaz russe.

Or, des responsables européens ont dit avoir peu d'espoir en ce sens alors que les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne se réunissent lundi à Bruxelles. Les observateurs s'attendent plutôt à ce qu'ils poussent à une médiation entre Moscou et Kiev.

François Hollande devrait avoir un entretien avec son ministre des Affaires étrangères lundi matin sur l'Ukraine avant que Laurent Fabius ne se rende à Bruxelles, a-t-on appris de source diplomatique française.

ALERTE MAXIMALE

Selon le porte-parole adjoint de la chancelière allemande, Vladimir Poutine aurait accepté une proposition d'Angela Merkel visant à mettre en place une mission sur l'Ukraine pour engager un dialogue politique. Cette mission de conciliation pourrait être dirigée par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a déclaré Georg Streiter.

Les forces russes contrôlant désormais la Crimée à majorité russe, l'attention se reporte désormais sur la partie orientale de l'Ukraine, où de nombreux Ukrainiens ont le russe pour langue maternelle.

Ces régions ont été le théâtre dimanche de nouvelles manifestations. Des manifestants pro-Moscou ont hissé des drapeaux russes sur les bâtiments publics de plusieurs villes.

La Russie a ordonné mercredi des manoeuvres impliquant 150.000 hommes le long de sa frontière terrestre avec l'Ukraine mais aucun mouvement d'ampleur des troupes russes vers l'ouest n'a été pour l'heure signalé.

A Kiev, le Conseil ukrainien de sécurité a ordonné à l'état-major de placer l'armée en état d'alerte maximale, et le ministère de la Défense a été enjoint de mobiliser les réservistes, ce qui concerne en théorie tous les hommes adultes de moins de 40 ans. Le nouveau gouvernement a aussi annoncé la fermeture de l'espace aérien du pays aux appareils non civils.

"UN COMPORTEMENT DU XIXe SIÈCLE"

Sur la place de l'Indépendance, haut-lieu des manifestations qui ont conduit à la destitution de Ianoukovitch, des milliers d'Ukrainiens ont manifesté contre un risque d'intervention militaire russe.

Invité de l'émission "Face The Nation" sur la chaîne CBS, le chef de la diplomatie américaine a déclaré que les pays du G8 et d'autres Etats se préparaient "à isoler au maximum la Russie", évoquant des restrictions sur les visas, des gels d'avoirs et un isolement commercial.

John Kerry a estimé que Moscou avait un "comportement datant du XIXe siècle en envahissant un autre pays sous un prétexte totalement fallacieux". [ID:nL6N0LZ0K9]

Washington et Londres ont reçu une demande de Kiev pour protéger le pays, dans le cadre d'un accord signé avec Moscou en 1994 sur la souveraineté ukrainienne, et Andriy Dechtchitsia, le ministre des Affaires étrangères, a aussi sollicité l'aide de l'Otan dont les ambassadeurs se sont réunis dimanche.

À l'occasion de cette réunion à Bruxelles, Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l'Otan, a redemandé à la Russie une "désescalade des tensions" et l'a accusée de menacer la paix et la sécurité en Europe.

Mais les diplomates préviennent qu'il ne faut guère s'attendre à une réponse forte de l'Alliance atlantique.

Pour Moscou, les russophones d'Ukraine courent un grand danger depuis l'éviction de Viktor Ianoukovitch, et le corps des gardes-frontières russes, qui a déclaré qu'environ 675.000 Ukrainiens avaient passé la frontière en janvier et en février, a évoqué un risque de "catastrophe humanitaire".

(Avec Pavel Polityuk, Timothy Heritage et Stephen Grey à Kiev, Lina Kuschch à Donetsk, Peter Apps à Londres, Guy Falconbridge à Londres et Julien Ponthus à Paris; Danielle Rouquié, Julien Dury et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • rodde12 le lundi 3 mar 2014 à 17:22

    Je voudrais proposer une solution: Poutine veut aider l'Ukraine financièrement, les Ukrainiens de l'ouest veulent aller vers l'Europe, les Ukrainiens de l'est veulent aller vers la Russie, la liberté est une valeur reconnue par tous. Pourquoi L'Ukraine ne vendrait elle pas l'est à la Russie? Sous réserve du droit des peuples à disposer d'eux même.

  • mlcbnb le lundi 3 mar 2014 à 07:49

    L'Ukraine était déjà au bord du gouffre financier. Une guerre ne fera qu'empirer leur situation financière. Je présume que l'Ukraine ne va plus rembourser sa dette due à la Russie. Puisqu'il semble clair que la Crimée est pro-russe et que l'on ne changera pas cela, ne vaut-il pas mieux couper l'ukraine en deux zones autonomes, ceci permettant alors de diminuer les tensions entre ukrainiens.