Kiev cherche à acheter du gaz à l'Europe centrale

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KIEV VEUT RÉDUIRE SA DÉPENDANCE AU GAZ RUSSE
KIEV VEUT RÉDUIRE SA DÉPENDANCE AU GAZ RUSSE

KIEV (Reuters) - L'Ukraine a entamé des discussions urgentes avec ses voisins d'Europe centrale pour qu'ils lui vendent du gaz afin de contrer le relèvement "politique" des tarifs pratiqués par la Russie, a annoncé vendredi le Premier ministre Arseni Iatseniouk.

En trois jours, le prix octroyé à Kiev par Moscou a pratiquement doublé, handicapant une économie déjà fragile.

Autre signe des tensions commerciales entre les deux pays, le groupe américain MacDonald's a provisoirement fermé ses trois restaurants en Crimée, la péninsule ukrainienne annexée par la Russie le 21 mars, au coeur de la plus grave crise entre Moscou et l'Occident depuis la Guerre froide. La décision a été saluée par l'ultranationaliste russe Vladimir Jirinovski, qui a souhaité que "MacDo" ferme également ses quelque 400 enseignes en Russie.

Deutsche Post a parallèlement fait savoir qu'il n'accepterait désormais plus le courrier à destination de la Crimée, estimant que les livraisons dans la région ne sont plus garanties.

Les relations entre Kiev et Moscou sont au plus bas depuis la chute du président ukrainien Viktor Ianoukovitch le 22 février après trois mois de manifestations hostiles à son pouvoir puis la prise de contrôle de la Crimée par la Russie.

"La seule raison d'augmenter les tarifs du gaz pour l'Ukraine, c'est une raison politique", a déclaré Arseni Iatseniouk dans une interview à Reuters. "Nous nous attendons à ce que la Russie aille encore plus loin sur ce front du gaz, notamment par une limitation de ses livraisons."

LE PRIX A PAYER

L'idée de Moscou, traduit Iatseniouk, est de dire aux communautés russophones du sud et de l'est de l'Ukraine qu'elles vivraient mieux en Russie, qu'elles bénéficieraient de meilleurs salaires, de meilleures retraites, d'un pouvoir d'achat plus fort.

"Ils disent: si vous rejoignez la Russie, vous serez heureux, vous aurez le sourire et vous ne vivrez pas dans un enfer occidental", explique-t-il. "Mais nous pouvons payer le prix de notre indépendance."

Ce "prix", souligne Iatseniouk, sera élevé pour les Ukrainiens, à commencer par un doublement des tarifs du gaz pour les particuliers à partir du 1er mai et un gel des retraites et des salaires sur fond de récession de l'activité économique - le PIB ukrainien devrait reculer de 3% cette année et l'inflation flirter avec les 15%, selon la Banque mondiale.

En échange de strictes mesures d'ajustement, le Fonds monétaire international a accepté la semaine dernière de débloquer entre 14 et 18 milliards de dollars.

Quant au gaz russe, qui répond à 50% des besoins de l'Ukraine, "nous menons des discussions urgentes avec nos partenaires européens. Un moyen de résoudre le problème est d'inverser les livraisons", a déclaré Arseni Iatseniouk à des journalistes, précisant que la Slovaquie, la Hongrie et la Pologne pourraient exporter du gaz vers son pays.

"Sur le plan technique, l'idée d'inverser les livraisons ne pose pas de problème et nous espérons que nos partenaires européens prendront la bonne décision. (Inverser les livraisons) signifierait une baisse de 150 dollars du prix du gaz", a ajouté Arseni Iatseniouk.

NE PAS RELÂCHER LA PRESSION

La Russie a porté jeudi le tarif qu'elle octroie à l'Ukraine à 485 dollars les 1.000 mètres cubes, soit environ le même tarif que celui accordé par Gazprom aux autres clients d'Europe centrale.

Environ 40% des exportations de gaz russe vers l'Europe occidentale transitent par l'Ukraine. Le reste est acheminé vers l'Allemagne via le gazoduc Nord Stream qui passe sous la Baltique et le Yamal Europe qui traverse la Biélorussie et la Pologne.

Les gazoducs en Europe sont conçus pour acheminer les flux d'Est en Ouest et le gaz russe répond à un tiers environ des besoins européens.

Valeri Nesterov, consultant de la banque moscovite Sberbank CIB, estime cependant que les livraisons de gaz de l'Europe vers l'Ukraine ne pourraient pas excéder cette année 5 milliards de m3, soit 8% environ seulement de la demande ukrainienne.

A Athènes où se tenait une réunion des ministres des Affaires étrangères européens, le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a jugé que l'UE ne devait pas relâcher la pression sur Moscou en soulignant qu'un grand nombre de troupes russes restait massé à la frontière est de l'Ukraine.

"Nous n'avons pas constaté de désescalade et l'Europe ne doit pas relâcher ses efforts de préparation d'une troisième phase de sanctions", a déclaré William Hague en référence à des mesures de rétorsion commerciales et économiques que l'UE a promis de prendre si la Russie devait s'emparer des territoires du sud et de l'est de l'Ukraine, en plus de la Crimée.

Moscou a de son côté appelé l'Ukraine à adopter une "véritable" réforme constitutionnelle et à prouver son indépendance à l'égard des pays occidentaux.

(Natalia Zinets, Alexei Anishchuk, Pavel Polityuk; Bertrand Boucey, Henri-Pierre André, Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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  • mark92 le vendredi 4 avr 2014 à 20:42

    Ben ils devraient faire comme leurs copains Russes. Détourner les pipe lines.

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