Kerry et Lavrov à Genève, après une réunion à l'Onu sur la Syrie

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par Stephanie Nebehay et Louis Charbonneau

GENEVE/NATIONS UNIES (Reuters) - Les efforts de la diplomatie pour placer l'arsenal chimique syrien sous contrôle international se sont intensifiés mercredi à l'Onu et doivent se poursuivre, ce jeudi, avec la rencontre à Genève entre le secrétaire d'Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov.

Les deux hommes ont eu un entretien téléphonique mercredi, a indiqué le département d'Etat, à la veille de leur rencontre destinée à tracer une stratégie pour mettre hors d'état de nuire les armes chimiques aux mains du régime de Bachar al Assad.

Les entretiens de John Kerry et de Sergueï Lavrov devraient durer au moins deux jours, peut-être plus, et le chef de la diplomatie américaine compte aussi s'entretenir avec l'émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, a déclaré Jen Psaki, porte-parole du département d'Etat.

Les ambassadeurs des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne et France) se sont retrouvés pendant une demi-heure mercredi en fin d'après-midi à la mission russe aux Nations unies. Ils n'ont fait aucune déclaration à leur sortie, mais, d'après un diplomate du Conseil de sécurité, leurs discussions ont visé à préparer la réunion Lavrov-Kerry.

Un peu plus tôt aux Nations unies, les représentants des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne s'étaient retrouvés pour discuter de projets de résolution sur la Syrie.

Un projet de résolution français appelle à sommer le pouvoir syrien de restituer dans un certain délai ses armes chimiques, faute de quoi il s'exposerait à des mesures punitives, mais Moscou a d'ores et déjà jugé ce texte inacceptable. D'autres projets de résolution sont en discussion et des efforts sont engagés pour trouver un langage commun aux trois puissances occidentales.

A Washington, déclarent des élus du Congrès, le Sénat pourrait commencer à se prononcer dès la semaine prochaine sur une résolution autorisant le recours à la force en cas d'échec des tractations pour trouver une solution pacifique.

Deux diplomates occidentaux ont déclaré s'attendre fortement à ce que le rapport élaboré par l'équipe d'inspecteurs de l'Onu dirigée par le Suédois Ake Sellstrom confirme l'opinion des Etats-Unis d'après lesquels du gaz sarin a été utilisé le 21 août dans la banlieue de Damas.

Selon l'un des diplomates, il y a de bonnes chances que ce rapport soit rendu public lundi. D'autres parlent d'une publication à un moment ou l'autre ce week-end ou la semaine prochaine. Le rapport n'accusera pas explicitement un camp ou un autre, mais le compte rendu des inspecteurs permettra, à lui seul, de comprendre qui est responsable de l'attaque chimique.

MISE EN GARDE DES DÉPUTÉS RUSSES

La Syrie a accepté mardi la proposition de Moscou, son grand allié, de placer ses armes chimiques sous contrôle international, ce qui lui permettrait d'échapper à des frappes américaines.

"Nous avons une attitude responsable en ce qui concerne (la Syrie), à savoir sonder les possibilités de réussite (de la proposition russe)", a déclaré à la presse le porte-parole de la Maison blanche. "Je pense que cela prendra du temps", a-t-il prévenu.

A Moscou, les députés de la Douma d'Etat (chambre basse du parlement russe) ont adopté à l'unanimité mercredi une déclaration enjoignant à Washington de ne pas déclencher d'intervention armée contre la Syrie, estimant que toute action militaire pourrait constituer un "crime contre le peuple syrien".

Reste que la destruction des armes chimiques syriennes, si elle fait l'objet d'un accord, nécessitera l'inspection et la vérification de dizaines de sites de stockage et pourrait mobiliser plusieurs dizaines de milliers d'hommes pour les sécuriser, de l'avis d'un ancien inspecteur de l'Onu en Irak, Dieter Rothbacher.

Car, rappelle-t-il, le président Bachar al Assad possède l'un des programmes d'armes chimiques les plus importants dans la région et dans le monde. "Selon certaines estimations, il faudrait jusqu'à 75.000 hommes au sol pour sécuriser (les sites)", dit-il.

Le régime syrien a créé son programme d'armes chimiques dans les années 1970, sans doute avec l'assistance de Moscou et de Téhéran et des livraisons de compagnies occidentales, initialement pour contrer la menace du programme nucléaire supposé d'Israël.

Avec l'Egypte et Israël, la Syrie est l'un des sept pays à ne pas être liés par la Convention sur l'interdiction des armes chimiques de 1993 dont le suivi a été confié à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

Pour certains spécialistes de ces questions, vouloir détruire des armes chimiques en pleine guerre civile est illusoire : comment assurer la sécurité des déplacements des inspecteurs et des transferts d'armes chimiques, l'idée étant d'éviter que des groupes armés radicaux ne s'en saisissent...

Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français

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