Keiko Fujimori en favorite au premier tour de la présidentielle au Pérou

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    par Caroline Stauffer et Mitra Taj 
    LIMA, 10 avril (Reuters) - Keiko Fujimori, dont le nom 
suscite autant la haine que l'admiration dans son pays, a abordé 
dimanche le premier tour de l'élection présidentielle au Pérou 
avec une confortable avance dans les intentions de vote.  
    La fille de l'ancien président Alberto Fujimori, emprisonné 
pour violation des droits de l'homme et corruption, capitalise 
notamment sur les retombées des investissements publics de son 
père dans les campagnes et de sa lutte contre la guérilla 
maoïste du Sentier lumineux dans les années 1990. 
    Mais tandis que de nouvelles violences sont venues rappeler 
samedi que des insurgés n'ont pas renoncé à la lutte armée, les 
derniers sondages, dont la publication est interdite au Pérou, 
traduisent un tassement de la favorite du premier tour dans les 
intentions de vote, mesurée à 35,8% des voix dans une étude 
Ipsos qui a circulé samedi soir. 
    Les manifestations mardi dernier, date anniversaire de la 
suspension du Parlement par l'armée à la demande d'Alberto 
Fujimori, en 1992, ont coïncidé avec son recul dans les 
sondages. La capitale, Lima, n'avait pas connu pareille 
mobilisation depuis les manifestations contre l'ancien homme 
fort du pays dans les années 1990, signe que le nom de Fujimori 
est toujours aussi clivant, malgré les promesses de Keiko ne pas 
glisser sur la même pente autoritaire que son père. 
    Derrière, deux candidats se tiennent dans un mouchoir de 
poche pour la deuxième place synonyme de présence au second 
tour. 
    Le septuagénaire Pedro Pablo Kuczynski, ex-Premier ministre 
et ancien économiste de la Banque mondiale favorable à la 
poursuite du développement du secteur minier, est crédité de 21% 
des voix. Il est le favori des marchés financiers. 
    La candidate de gauche Veronika Mendoza, 35 ans, qui promet 
une "rupture radicale", le talonne avec 20,1%. Cette élue de 
Cuzco, qui a fait une partie de ses études en France, veut en 
finir avec un quart de siècle de modèle économique libéral et 
rédiger une nouvelle constitution. 
     
    UN FRONT ANTI-FUJIMORI AU SECOND TOUR  
    L'enjeu pour chacun d'eux est de convaincre les millions 
d'électeurs indécis pour accéder au second tour et tenter d'y 
constituer un front "anti-Fujimori" en exploitant le rejet que 
la fille de l'ancien président inspire auprès d'une courte 
majorité de Péruviens. 
    Les sept autres candidats encore en lice pour succéder à 
Ollanta Humala, qui ne pouvait pas se représenter après avoir 
effectué le seul mandat de cinq ans permis par la Constitution, 
sont eux décrochés. 
    Les bureaux de vote fermeront à 21h00 GMT. Les premières 
projections sur la base de sondages sortie des urnes seront 
aussitôt connues. Les premiers résultats officiels sont attendus 
plus tard dans la nuit. 
    Samedi matin, quatre personnes, dont deux militaires, ont 
été tuées et cinq autre blessées dans une attaque attribuée par 
les autorités aux rebelles maoïstes du Sentier lumineux. 
    L'embuscade s'est produite dans une région productrice de 
coca alors que des militaires transportaient du matériel de 
vote, a indiqué le chef des forces armées, Jorge Moscoso, lors 
d'une conférence de presse. 
    Le Sentier lumineux a été quasiment démantelé dans les 
années 1990, au terme d'une campagne d'une dizaine d'années qui 
a fait 69.000 morts sous la présidence d'Alberto Fujimori, mais 
des centaines d'insurgés contrôlent toujours des territoires 
dans la zone de production de coca située dans la jungle. 
    "Ces attaques ne devraient se produire nulle part dans le 
monde, encore moins dans notre pays", a déclaré Fujimori 
dimanche.  
 
 (avec Marco Aquino et Teresa Cespedes; Tangi Salaün, Guy 
Kerivel, Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
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