Kasparov demande à Paris de ne pas extrader Abliazov vers Moscou

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PARIS, 16 octobre (Reuters) - L'ancien champion du monde d'échecs et opposant politique russe Garry Kasparov a appelé jeudi la justice française à ne pas se faire "honte" en donnant son feu vert à l'extradition vers Moscou de l'oligarque et dissident kazakh Mouktar Abliazov. Ce dernier, ancien ministre du Kazakhstan et opposant au président Noursoultan Nazarbaïev, est réclamé par l'Ukraine et la Russie et poursuivi pour détournement de fonds. Accusé d'avoir détourné plus de six milliards de dollars lorsqu'il dirigeait la banque BTA BTAS.KZ , dont il a été l'actionnaire majoritaire avant que l'Etat la nationalise, il nie toute fraude. Ses avocats estiment qu'il ne bénéficiera pas d'un procès équitable en Russie et redoutent qu'il soit par la suite extradé vers le Kazakhstan, malgré des assurances contraires de Moscou. "Si la justice française accepte les garanties de la Russie sur sa sécurité en prison et sur le fait qu'il ne sera pas extradé vers le Kazakhstan, ce sera une farce", a déclaré jeudi Garry Kasparov lors d'une conférence de presse à Paris. "Extrader Monsieur Abliazov l'exposerait à une violation massive de ses droits (...) ça serait une honte pour la justice française", a-t-il ajouté, allant jusqu'à comparer son éventuelle extradition à l'assistance de la justice française à la police allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Garry Kasparov, fondateur du parti Solidarnost, entend témoigner vendredi comme témoin devant la cour d'appel de Lyon, où doit être examinée la demande russe d'extradition de Moukhtar Abliazov. Mais les juges peuvent décider de ne pas l'entendre. L'audition de témoins dans les cas d'extradition n'est en effet pas prévue par la loi, même si elle n'est pas non plus interdite, selon les avocats du Kazakh. Garry Kasparov, qui a quitté la Russie en février 2013, est devenu l'un des plus virulents critiques de Vladimir Poutine, mais les mouvements politiques dans lesquels il s'est impliqué n'ont pas reçu de soutien massif. L'avocat général de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon s'est prononcé pour l'extradition vers Kiev de Mouktar Abliazov. La demande de Moscou doit être étudiée vendredi. Le Kazakh, âgé de 51 ans, a fui son pays en 2009 lorsque sa banque, BTA, a été nationalisée et déclarée en faillite. Il s'est alors réfugié en Grande-Bretagne, où il a obtenu l'asile politique, mais a fui en 2012 ce pays où il a été condamné à 22 mois de prison pour outrage à magistrat. Il a été arrêté le 31 juillet 2013 dans les Alpes-Maritimes. (Chine Labbé, édité par Yves Clarisse)

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