Kagame met en garde contre un risque de génocide au Burundi

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KIGALI/NAIROBI, 8 novembre (Reuters) - Le président rwandais Paul Kagame a imploré, lors d'un discours posté dimanche sur les réseaux sociaux, les autorités du Burundi voisin d'empêcher les violences ethniques du type de celles qui ont dégénéré en génocide dans son propre pays en 1994. "Ils auraient dû tirer les enseignements du passé", a-t-il dit lors d'une réunion de dirigeants vendredi à Kigali, selon ce discours dont l'enregistrement audio est consultable sur les réseaux sociaux. Son homologue burundais, Pierre Nkurunziza, avait lancé lundi dernier un ultimatum donnant jusqu'à samedi aux Burundais pour remettre aux autorités les armes à feu illégalement en leur possession. Au-delà de cette échéance, ceux qui les conserveraient seraient traités en ennemis de l'Etat. Au moins 200 personnes ont été tuées et des dizaines de milliers d'autres ont quitté le pays au fil des mois de violences et de manifestations qui se sont écoulés depuis que Pierre Nkurunziza a annoncé son intention de briguer un troisième mandat présidentiel, ce qui, selon l'opposition, était contraire à la Constitution. Le chef de l'Etat a remporté depuis lors la présidentielle qui s'est tenue en juillet. L'opposition burundaise a dit craindre une vague d'éliminations ciblées à l'expiration de l'ultimatum. "La police et la milice gouvernementale exterminent systématiquement les membres de l'opposition", a déclaré samedi le président du parti d'opposition Uprona (Union pour le progrès national), Charles Nditije. Samedi soir, des individus armés ont fait irruption dans un bar de Bujumbura, la capitale, tuant sept personnes et en blessant d'autres, ont rapporté des témoins et le maire de la ville. SONNETTE D'ALARME "Trois individus portant des uniformes de la police ont attaqué le bar vers 20h00. Une personne armée a pénétré à l'intérieur tandis que les deux autres restaient dehors", a raconté un employé du bar qui a survécu à l'attaque. Le tireur "visait uniquement à la tête et à la poitrine", a-t-il précisé. Le maire de Bujumbura, Freddy Mbonimpa, a démenti que la police soit impliquée dans cette attaque. Vendredi, le corps de Welly Fleury Nzitonda, fils d'un célèbre défenseur des droits de l'homme, Pierre Claver Mbonimpa, a été retrouvé à Bujumbura, rapportent des groupes de défense des droits et des témoins. Selon la police, Nzitonda a été abattu par la police avec trois autres hommes armés et le groupe s'apprêtait à jeter des grenades sur les forces de l'ordre. Le Rwandais Kagame s'était pratiquement abstenu jusqu'à présent de s'exprimer sur la crise politique au Burundi. Le Rwanda est en train de revoir ses propres réglementations sur la limitation du nombre de mandats, ce qui pourrait permettre à Kagame d'en briguer un troisième. Son discours de vendredi est particulièrement critique envers Pierre Nkurunziza, qui fut un chef rebelle hutu avant de devenir le premier président démocratiquement élu du Burundi. "Nul ne sait où il se trouve, nul ne peut lui parler, comment dirige-t-il son peuple? Des gens meurent tous les jours, des cadavres sont retirés des rues tous les jours", a dit Kagame. La communauté internationale - Onu et Cour pénale internationale (CPI) en tête - a tiré la sonnette d'alarme cette semaine, craignant que la situation ne dégénère au Burundi après l'expiration de l'ultimatum. Le Conseil de sécurité de l'Onu doit se réunir lundi pour examiner la situation. (Clément Uwiringiyimana et Edith Honan; Eric Faye pour le service français)

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