Kaboul affirme que le mollah Mansour est mort

le , mis à jour à 20:53
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    * Plusieurs drones US ont visé le mollah Mansour 
    * Des responsables américains évoquent sa mort probable, 
démentie par des proches 
    * Kerry explique que Mansour était une menace pour la paix 
    * Le Pakistan accuse les Etats-Unis d'avoir violé sa 
souveraineté 
 
 (Actualisé avec Sharif, responsable américain §§9-11) 
    par Phil Stewart et Mirwais Harooni 
    WASHINGTON/KABOUL, 22 mai (Reuters) - Le chef de file des 
taliban afghans, le mollah Akhtar Mansour, est mort dans une 
frappe aérienne menée samedi par les Etats-Unis, a déclaré 
dimanche le chef de l'exécutif afghan Abdullah Abdullah, le 
Pakistan disant de son côté ne pas avoir encore identifié la 
cible principale de la frappe. 
    "Le dirigeant taliban Akhtar Mansour a été tué dans une 
attaque de drone à Quetta, au Pakistan, à 16h30 hier. Son 
véhicule a été attaqué à Dahl Bandin (ndlr, un district de la 
province pakistanaise du Balouchistan qui jouxte la frontière 
afghane)", écrit Abdullah Abdullah sur Twitter. 
    L'un des services afghans de renseignements, le Directoire 
national de la Sécurité, a également confirmé la mort du 
dirigeant. 
    Les Etats-Unis ont annoncé avoir mené l'attaque contre le 
mollah Mansour et indiqué qu'il était probablement mort sans 
pour autant confirmer son décès, même si John Kerry, en 
déplacement en Birmanie, a parlé du chef suprême des taliban au 
passé. 
    "Hier, les Etats-Unis ont mené une frappe aérienne visant le 
dirigeant taliban Mollah Mansour dans une région reculée à la 
frontière afghano-pakistanaise. Mansour représentait une menace 
permanente et immédiate", a déclaré le secrétaire d'Etat 
américain lors d'une conférence de presse dimanche à Naypyitaw, 
la capitale birmane. 
    "Cette action envoie un message clair au monde: nous sommes 
déterminés à soutenir nos partenaires afghans qui construisent 
un Afghanistan plus stable, uni, sûr et prospère", a poursuivi 
Kerry. 
    "Ce que nous voulons, c'est la paix. Mansour constituait une 
menace contre la paix et contre l'objectif de mettre fin à la 
violence et aux souffrances que le peuple d'Afghanistan endure 
depuis tant d'années. Il était également opposé aux négociations 
de paix et à la réconciliation." 
     
    LA VICTIME DE LA FRAPPE RENTRAIT D'IRAN 
    Les dirigeants du Pakistan et de l'Afghanistan avaient été 
informés de la frappe, a ajouté le secrétaire d'Etat qui a 
précisé s'être entretenu par téléphone avec le Premier ministre 
pakistanais Nawaz Sharif. 
    Un porte-parole du président afghan, Ashraf Ghani, a déclaré 
à Reuters que la frappe avait été effectuée avec l'assentiment 
de Kaboul mais Islamabad a en revanche contesté l'affirmation de 
John Kerry, disant ne pas avoir été informé à l'avance. 
    "C'est une violation de la souveraineté du Pakistan", a 
accusé Nawaz Sharif pendant une visite à Londres. 
    Un responsable américain s'exprimant sous le sceau de 
l'anonymat a par la suite admis que Washington n'avait prévenu 
le Pakistan qu'après la frappe -- comme cela avait déjà été le 
cas en 2011 lors de l'opération pendant laquelle l'ancien chef 
d'Al Qaïda Oussama ben Laden avait été tué. 
    Un porte-parole du ministère pakistanais des Affaires 
étrangères a indiqué que la principale victime de la frappe de 
drone n'avait pas encore été identifiée, ajoutant que l'homme 
était porteur d'un passeport pakistanais au nom de Wali Muhammad 
et qu'il venait de rentrer d'Iran. 
    La photo figurant sur le passeport, que Reuters a pu 
consulter, présente une vague ressemblance avec d'anciennes 
photos de mollah Mansour. "Le passeport avait un visa iranien 
valide", a précisé le ministère dans un communiqué. 
    Le corps carbonisé de la seconde victime a été identifié 
comme étant de celui d'un chauffeur de taxi local. 
    Deux commandants taliban proches de Mansour en contact avec 
Reuters et souhaitant rester anonyme, ont en démenti sa mort. 
"Nous avons eu vent de ces informations infondées mais ce n'est 
pas la première fois", a dit l'un d'entre eux. "Je voulais 
simplement partager avec vous ma propre information, selon 
laquelle le mollah Akhtar Mansour n'a pas été tué." 
    En décembre, Mansour avait déjà été donné pour mort dans une 
fusillade au domicile d'un autre leader taliban près de Quetta, 
au Pakistan. Les taliban avaient diffusé un enregistrement audio 
attribué à leur chef suprême pour dissiper les rumeurs. 
  
     
    "UN OBSTACLE À LA PAIX ET À LA RÉCONCILIATION" 
    Un responsable américain a expliqué que plusieurs drones 
avaient visé le mollah Mansour et un autre combattant taliban 
qui circulaient à bord d'une voiture dans une zone isolée du 
sud-ouest du Pakistan, à proximité de la ville d'Ahmad Wal, dans 
la province du Balouchistan. 
    Les forces spéciales américaines ont piloté les drones dans 
le cadre d'une mission mandatée par Barack Obama, survenue 
samedi vers 10h00 GMT, a-t-il ajouté, soit 15h00 au Pakistan. 
    Un responsable local de l'administration pakistanaise a 
confirmé qu'une voiture avait explosé dans le secteur et que 
deux personnes avaient été tuées. Leurs corps ont été transférés 
dans un hôpital à des fins d'identification, a-t-il ajouté. 
    Si elle se confirme, la mort du mollah Akhtar Mansour 
pourrait creuser les divergences entre les taliban et les 
rendrait peu susceptibles de s'engager dans un processus de paix 
encore très hypothétique. 
    "Les taliban ne vont pas docilement accepter des 
discussions, et encore moins au moment où cette frappe menace de 
fragmenter encore l'organisation", explique Michael Kugelman, 
spécialiste de l'Asie au sein du Woodrow Wilson Center. 
    La cible la plus importante pour les Etats-Unis reste la 
direction du réseau Haqqani, allié des taliban, juge-t-il 
cependant. 
    Mansour n'a pas réussi à rallier les factions rivales aux 
taliban depuis qu'il a été désigné chef suprême des taliban 
afghans en juillet de l'année dernière, après la confirmation de 
la mort du mollah Omar, dont il était l'adjoint.     
    Bruce Riedel, expert de l'Afghanistan au sein du groupe 
d'études Brookings Institution, a mis en garde contre des 
retombées sur les relations avec Islamabad.  
    Les dirigeants taliban sont soupçonnés de longue date de 
trouver refuge dans le pays. 
 
 (avec Idrees Ali à Washington, James Mackenzie à Kaboul et 
Drazen Jorgic à Islamabad; Julie Carriat, Nicolas Delame et 
Tangi Salaün pour le service français, édité par Henri-Pierre 
André) 
 
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