Jura: lâché par LVMH, le lunetier LOGO placé en liquidation judiciaire

le , mis à jour à 18:30
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Une employée de LOGO, placée en liquidation judiciaire suite à la défection de LVMH, à son atelier le 18 octobre 2016 ( AFP/Archives / Sebastien Bozon )
Une employée de LOGO, placée en liquidation judiciaire suite à la défection de LVMH, à son atelier le 18 octobre 2016 ( AFP/Archives / Sebastien Bozon )

L'entreprise LOGO, dernière grande manufacture de lunettes de France basée à Morez dans le Jura (Est), a été placée en liquidation judiciaire "avec effet immédiat" mardi par le tribunal de commerce de Lyon, après la perte des licences de son principal client, le géant du luxe français LVMH.

"Au vu de l'état de la trésorerie et en l'absence de repreneur, la liquidation judiciaire a été prononcée avec effet immédiat", a indiqué à l'AFP le responsable du comité d'entreprise de LOGO, Sébastien Mignottet, qui a fait le déplacement à Lyon avec une vingtaine de salariés.

Le sort de l'entreprise créée en 1896 à Morez, dans le Jura, avait été scellé dès mercredi dernier.

Un seul repreneur potentiel s'était fait connaître: le lunetier Cémo. Il proposait de reprendre 34 des 172 salariés, les brevets et le patrimoine, à la condition que la marque TAG Heuer, filiale de LVMH et principal client de LOGO, signe un contrat de licence avec son partenaire italien Safilo.

"On ne s'est pas mis d'accord sur les termes et les conditions de la licence", a reconnu un porte-parole de LVMH.

Pierre Verrier, le patron de Cémeo, a donc annoncé mercredi le retrait de son offre. Le même jour, une cinquantaine de salariés de l'usine LOGO ont organisé l'enterrement symbolique de leur entreprise. Un "monument aux morts" a été érigé sur lequel ont été inscrits les noms des 172 salariés français de la dernière grande manufacture lunetière française.

Il porte deux affiches: "1896-2016 : LOGO, assassiné par LVMH" et "À la mémoire des travailleurs et du savoir-faire français tombé pour le capitalisme".

- Un abandon du savoir-faire français -

Pendant une vingtaine d'années, LOGO a été le fabricant exclusif des lunettes haut de gamme TAG Heuer et Fred, deux filiales de LVMH.

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LVMH, leader mondial du luxe,a décidé de retirer les licences TAG Heuer et Fred. Ici, une salariée présente une paire de lunettes Fred le 18 octobre 2016 ( AFP/Archives / SEBASTIEN BOZON )

Mais le leader mondial du luxe, qui a réalisé 35,7 milliards d'euros de ventes en 2015, a décidé de retirer les licences TAG Heuer et Fred au lunetier. LOGO a été placé en redressement judiciaire en mai.

Le groupe présidé par Bernard Arnault a indiqué à deux reprises dans un communiqué que "TAG Heuer n'est aucunement responsable de la situation actuelle de la société LOGO, mais a, bien au contraire, soutenu, autant qu'il était possible, cette société, qui gérait, il y a encore quelques années, près d'une dizaine de licences".

"Le principal responsable de la situation actuelle, c'est la gestion défaillante de la direction de l'entreprise", a précisé à l'AFP le porte-parole de LVMH.

"Les licences ont été retirées à LOGO parce que l'entreprise n'était plus au niveau, elle accumulait les pertes d'année en année et ne répondait plus ni à nos critères, ni à notre cahier des charges", a-t-il expliqué.

D’après lui, la société jurassienne a réalisé 33 millions de vente en 2015, soit une baisse de plus de 37% par rapport à 2011.

"Mais nous avons prolongé la licence jusqu'à fin 2017, pour que l'entreprise ait le temps de trouver de nouveaux clients", a-t-il souligné.

"C'est LVMH qui nous a condamnés", dénonce le responsable du comité d'entreprise de
"C'est LVMH qui nous a condamnés", dénonce le responsable du comité d'entreprise de LOGO. Ici dans l'usine le 18 octobre 2016 ( AFP/Archives / SEBASTIEN BOZON )

"Certaines décisions stratégiques de notre direction ont mis l'entreprise en difficulté, mais c'est LVMH qui nous a condamnés en refusant de signer avec Safilo, le partenaire de Cémo", accuse pour sa part Sébastien Mignottet.

"La situation et l'avenir des salariés de LOGO ont été considérés avec un mépris total des puissants, LVMH et TAG Heuer, alors que les salariés ont montré une attitude constructive et la volonté de continuer à travailler avec eux", a-t-il ajouté.

- Dramatique et rageant -

La fermeture de la dernière grande manufacture lunetière de France "symbolise un abandon du savoir-faire français et le déclin de l'industrie de la lunette", s'insurge-t-il.

Dans la vallée morézienne, où l'industrie de la lunette est née en 1796, les fermetures et les délocalisations d'entreprises se multiplient depuis une vingtaine d'années, au profit de l'Italie et de l'Asie, où les coûts de main-d'œuvre sont moindres.

Le nombre d'emplois liés au secteur dans la capitale française de la lunette est ainsi passé de 4.500 dans les années 80 à 1.600 environ en 2016, répartis dans une quarantaine d'entreprises de tailles très différentes.

"C'est dramatique et rageant d'assister à la disparition d'un tel savoir-faire", déplore le maire de Morez (5.000 habitants), Laurent Petit, qui regrette "qu'il n'y ait pas eu la même mobilisation que pour Alstom Belfort et ses 400 emplois".

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  • vmcfb il y a 3 semaines

    Plus cher et moins bon..

  • M7403983 il y a 3 semaines

    Lorsque je vous dis que le secteur industriel régresse en France, ce n'est pas une vue de l'esprit, c'est LA réalité. Malgré El Khomri qui se gausse de quelques milliers d'emplois créés (à grands frais) dans le secteur tertiaire.

  • canddide il y a 3 semaines

    Lamentable de la part de LVMH de ne même pas chercher à mettre "made in France en avant" Mais même sur des montures à 400 euros si LVMH peut gratter 1 euro, il n'hésite pas.@ jmlhomme; Le loup c'est LVMH et l'agneau LOGO qui est devenu dépendant à 100%, erreur fatale !

  • uran il y a 3 semaines

    Si je comprends bien le repreneur potentiel reprenait 34 salariés sur 172, plus tous les actifs, le carnet de commande, en gros tout ce qui vaut de l'argent et envisageait de faire fabriquer les lunettes en Italie, en attendant le départ progressif et par la petite porte des 34 salariés nrepris. On est quand même dur en mettant toute la responsabilité sur LVMH et en présentant le repreneur potentiel comme une victime au même titre que les salariés.

  • jmlhomme il y a 3 semaines

    Actionnaire de LVMH, je ne suis pas fier de voir une telle situation dont je ne connais pas l'origine reelle. Que LVMH ne reprenne pas me laisse penser qu'il y a un loup que personne n'a évoqué dans le rendu judiciaire du jour. Pour LVMH c'est une goutte d'eau donc la decision de non intervention a des raisons. Cela reste incroyable que personne ne reprenne, pas meme une scoop ouvriere.

  • d.e.s.t. il y a 3 semaines

    Pour LVMH, ses sous-traitants ne sont que des esclaves, quand ils ne conviennent plus, on les jette: c'est ça le "capitalisme à la Arnault", qui avait repris BSF pour sa pépite Dior, puis avait jeté le reste contrairement à ses engagements de conserver les emplois!

  • jopaf il y a 3 semaines

    Ça va mieux !