Juncker va dévoiler son plan de E315 mds pour l'investissement

le
0

* Un fonds spécial créé, au capital de 21 milliards * Bruxelles attend 250 mds d'investissement privé * Un point de croissance et un million d'emplois espérés par Gregory Blachier BRUXELLES, 25 novembre (Reuters) - La Commission européenne est convenue mardi de créer un nouveau fonds doté d'un capital garanti de 21 milliards d'euros afin d'amorcer un plan d'investissements sur trois ans, essentiellement privés, de plus de 300 milliards d'euros qui doit doper la croissance et l'emploi. Le Fonds européen d'investissement stratégique (FEIS) doit être présenté ce mercredi au Parlement européen à Strasbourg par le nouveau président de l'exécutif européen, Jean-Claude Juncker, qui s'était engagé sur un vaste plan d'investissements avant de prendre ses fonctions, au début du mois. Ce programme était très attendu dans un contexte de rigueur budgétaire, de croissance atone et de repli du financement privé mais, comme beaucoup l'avaient anticipé, il se fera sans que les Vingt-Huit n'aient à remettre au pot budgétaire de l'UE. La Commission estime que ce plan pourrait générer entre 0,75 et 1 point de croissance supplémentaire, et créer 1 à 1,3 million d'emplois - l'UE compte aujourd'hui 25 millions de chômeurs. La prudence est de mise à Bruxelles où, dit-on de source européenne, l'idée première est de "redonner confiance". Pour ce faire, explique un diplomate européen, le nouveau FEIS, créé au sein de la Banque européenne d'investissements (BEI), doit permettre à cette dernière de "prendre plus de risques dans certains secteurs et dans certains pays" sans que cela n'affecte sa crédibilité ou ses capacités. Le FEIS agira donc comme un porteur de risque et assumera les premières pertes en cas d'échec. La Commission espère de ce mécanisme qu'il conduise les banques et institutions financières, confortées par une politique monétaire qui a fait baisser le coût de l'argent, à se départir de leur prudence. "Il y a de l'argent sur le marché mais quand on regarde les chiffres de l'investissement en Europe, on voit que ce n'est pas suffisant", souligne un diplomate européen. "On ne compte pas sur de l'argent qui tomberait du ciel", dit un autre. La Commission espère voir les premiers projets prendre forme mi-2015. Les priorités, déjà connues, sont les infrastructures de transports, l'énergie, les nouvelles technologies, le développement durable et, pour ce qui est des entreprises, les PME et les entreprises qui emploient des jeunes. MULTIPLIÉ PAR 15 Le montant total attendu du plan résulte d'un fort effet de levier: la garantie de 21 milliards d'euros doit permettre d'en lever 63, donc trois fois plus, sur les marchés afin de réaliser les premiers investissements - prêts, participations directes ou indirectes, entre autres. La Commission espère que la contribution du secteur privé multipliera ensuite ce montant par cinq, pour arriver à 315 milliards. De source européenne, on affirme en outre que plusieurs Etats ou autres institutions pourraient venir gonfler le capital du FEIS et ainsi accroître encore sa capacité d'investissements. Au moins trois pays européens ont manifesté leur intérêt. Ce mécanisme aurait l'avantage de ne pas grever les finances publiques. La contribution ne serait pas consolidée, donc n'apparaîtrait pas dans le déficit, un atout pour séduire la France, en délicatesse avec les règles européennes en matière de sérieux budgétaire, et serait présentée comme un actif dans la dette. Si les orientations seront définies au niveau politique, les Etats ne pourront cibler ni les pays ni les projets, qui seront évalués et choisis par un comité de gestion formé d'experts afin de soutenir ceux dont l'impact sera fort. "On veut des investissements ciblés, qui ont des répercussions", a-t-on dit à Bruxelles. Le capital du FEIS sera abondé pour cinq milliards d'euros par la BEI et 16 milliards par l'UE, qui ne seront pas mobilisés dans un premier temps puisqu'il s'agira d'une "garantie", soutenue en amont par une provision de huit milliards. Celle-ci proviendra de reliquats budgétaires de l'UE (deux milliards), de fonds pris sur le Mécanisme pour l'interconnexion en Europe (3,3 milliards) et sur le programme Horizon 2020, qui finance des PME (2,7 milliards). De ces 21 milliards, la Commission attend donc un effet multiplicateur de 15 pour parvenir à 315 milliards - pour défendre la crédibilité de cette estimation, des diplomates rappellent que les capitaux de la BEI ont un multiplicateur de 18. Si les huit milliards d'euros avaient été dépensés sur des projets, on assure à Bruxelles qu'ils auraient débouché sur un total d'investissements d'à peine le double. (avec Alastair McDonald, édité par Henri-Pierre André)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant