JPMorgan annonce une perte de trading de 2 milliards de dollars

le
3
JPMorgan annonce une perte de trading de 2 milliards de dollars
JPMorgan annonce une perte de trading de 2 milliards de dollars

par David Henry et Rick Rothacker

NEW YORK (Reuters) - JPMorgan Chase & Co, la première banque américaine par l'actif, a reconnu avoir subi une perte de trading d'au moins deux milliards de dollars (1,5 milliard d'euros), conséquence d'une stratégie de couverture perdante, un aveu qui risque de ternir la réputation de la banque et de son PDG, mais aussi d'avoir des répercussions sur l'ensemble du secteur.

Vendredi, l'indice des valeurs bancaires européennes abandonne 1,3% en matinée, une baisse également alimentée par les inquiétudes liées à la crise de la dette en zone euro, plus particulièrement en Grèce et en Espagne.

"Ça tombe vraiment mal pour JPMorgan Chase et pour les banques en général au moment où le secteur tente de repousser les tentatives d'une plus grande régulation", commentent des analystes de Mediobanca.

JPMorgan s'était forgé ces dernières années une réputation solide en matière de gestion du risque, notamment en traversant la crise financière sans enregistrer la moindre perte.

L'annonce surprise de jeudi n'en est que plus embarrassante, pour le PDG du groupe, Jamie Dimon, qui n'a jamais manqué de critiquer la règle dite Volcker interdisant aux grandes banques toute opération pour compte propre.

"On a l'air ridicule", a reconnu Jamie Dimon jeudi soir lors d'une téléconférence avec des analystes organisée en toute hâte. Il a admis que la perte avait un lien avec un article publié en avril par le Wall Street Journal.

Cet article faisait référence à un trader français nommé Bruno Iksil, surnommé "London Whale" (la baleine londonienne), qui avait constitué une position énorme contre laquelle avaient parié des fonds spéculatifs. Le mois dernier, Jamie Dimon avait pourtant jugé que cette histoire n'était qu'une "tempête dans un verre d'eau".

"UN MILLIARD DE DOLLARS, VOIRE PLUS"

Dans un document déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de Wall Street, JPMorgan explique que, depuis fin mars, sa division "Chief Investment Office" a subi des pertes importantes.

Cette division est spécialisée dans les opérations de couverture touchant des portefeuilles de créances de la banque, constitués par exemple de prêts à des entreprises notées en catégorie spéculative.

Même si des bénéfices réalisés par ailleurs viennent compenser en partie la perte de trading, la banque estime que la division accusera une perte de 800 millions de dollars sur le trimestre en cours, hors résultats du capital-investissement et frais juridiques. La banque projetait auparavant un bénéfice de l'ordre de 200 millions de dollars pour cette division.

"Cela pourrait nous coûter un milliard de dollars, voire plus", en sus de la perte estimée jusqu'à présent, a dit Dimon. "C'est un risque et cela le restera pendant encore quelques trimestres".

L'impact sur les comptes du groupe risque toutefois d'être moins sensible que les répercussions sur la réputation personnelle de Jamie Dimon et sur celle d'une banque qui avait eu, en 2008, les reins assez solides pour reprendre deux des principales victimes de la crise, la banque d'investissement Bear Stearns et le spécialiste du crédit à la consommation Washington Mutual.

Fin mars, l'actif de JPMorgan atteignait 2.320 milliards de dollars, avec pour contrepartie 190 milliards de dollars de fonds propres lui permettant d'afficher un ratio de solvabilité de près de 13%, soit quatre fois la moyenne du secteur et plus que les 10-11% de Citigroup et Bank of America, deux autres des principaux acteurs américains du marché.

La banque a en outre dégagé en moyenne plus de quatre milliards de dollars de bénéfices par trimestre au cours des deux dernières années.

"Jamie s'est toujours considéré comme l'un des rois de Wall Street", dit Nancy Bush, de SNL Financial. "Je me demande bien comment ça a pu dégénérer si vite, au vu de sa connaissance et de son aversion au risque".

L'action JPMorgan chutait de près de 7% dans les transactions hors marché jeudi soir après la clôture de Wall Street.

COUVERTURE OU SPÉCULATION

Jamie Dimon a assuré qu'il ne revenait en rien sur son opinion concernant la règle Volcker. Le problème, a-t-il expliqué, réside dans l'exécution de la stratégie de couverture, qui fut "inefficace, médiocrement contrôlée, médiocrement bâtie et tout ce qui s'en suit".

Il a refusé de répondre aux questions sur les responsabilités individuelles et les stratégies de trading à l'origine de la perte, tout en laissant entendre que certaines personnes pourraient perdre leur emploi. "Toute action corrective adaptée sera entreprise si nécessaire à l'avenir", a-t-il dit.

Les autorités de régulation et le Congrès sont susceptibles de réclamer des précisions au groupe et à son PDG. Et l'affaire pourrait à terme avoir des conséquences sur l'application de la règle Volcker, explique Karen Petrou, de Federal Financial Analytics.

"Toute la question est de savoir s'il s'agit bien d'une opération de couverture", note-t-elle. "C'est là le noeud du problème".

Si les transactions concernées n'avaient pour but que de se couvrir de risques particuliers, et non pas de tenter une opération spéculative, l'impact de cette affaire sur la règle Volcker risque d'être beaucoup moins évident que ne le souhaiteraient les partisans d'une réglementation beaucoup plus rigoureuse, observe-t-elle.

Sans attendre l'issue des investigations, certains à Washington ont mis en cause la stratégie même de la banque. Pour le sénateur Carl Levin, "l'énorme perte annoncée aujourd'hui par JPMorgan n'est que la dernière preuve en date du fait que ce que les banques appellent 'couvertures' ne sont souvent que des paris risqués qui ne relèvent pas des activités de banques dites 'trop grosses pour faillir'" ("too big to fail", en anglais).

Selon deux sources financières, le trader à l'origine de l'opération de couverture ratée pariait sans doute sur l'aplatissement d'une courbe de dérivés de crédit, faisant partie de la famille CDX d'indices de crédit à catégorie d'investissement.

Un indice CDX permet à un trader de prendre une position sur le risque de crédit de toute une catégorie d'actifs. Sa valeur est calculée à partir d'un panier de dérivés de crédit individuels.

David Henry et Rick Rothacker, Danielle Rouquié et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M9163545 le vendredi 11 mai 2012 à 14:17

    Le trader français à bon dos!Erreur ou mauvaise gestion tout simplement!

  • m.young le vendredi 11 mai 2012 à 13:07

    Kerviel est King !

  • azqsdwxc le vendredi 11 mai 2012 à 08:06

    Pour quel montant ?