Journée meurtrière au Venezuela où les électeurs ont boudé les urnes

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 (Actualisé avec précisions sur le bilan, participation §4, 7, 
12) 
    par Alexandra Ulmer et Anggy Polaco 
    CARACAS, 31 juillet (Reuters) - Le Venezuela a une fois de 
plus traversé une journée meurtrière alors que les électeurs 
étaient appelés à élire Assemblée constituante qui devrait 
octroyer des pouvoirs élargis à l'impopulaire président Nicolas 
Maduro. 
    Le pays d'Amérique du Sud, plongé dans une grave crise 
économique, est ébranlé depuis début avril par un large 
mouvement de contestation du pouvoir socialiste en place qui a 
fait plus environ 120 morts. 
    Les autorités affirment que sept personnes ont péri dimanche 
lors de manifestations émaillées de violences tandis que 
l'opposition affirme que le bilan est d'environ 12 morts, un 
niveau sans précédent depuis le début en avril de la campagne de 
manifestations. 
    Un journaliste de Reuters a par ailleurs constaté qu'un 
groupe de policiers avait été touché par une explosion à Caracas 
lors d'une manifestation. Sept d'entre eux ont été blessés, 
selon les autorités. 
    Maduro, qui a voté dès 06h00 du matin, présente ce scrutin 
comme le meilleur moyen d'apaiser ce pays de 30 millions 
d'habitants, et de mettre fin à ce qu'il appelle une 
"insurrection armée". 
    Pour l'opposition, qui boycotte le vote, il n'est que la 
dernière étape en date de la mise en place d'une dictature. 
Selon ses estimations, la participation ne s'élevait qu'à 7% à 
la mi-journée. 
    Les rues de Caracas étaient désertes dimanche soir et la 
plupart des bureaux de vote étaient vides. Le gouvernement a 
cependant décidé de prolonger d'une heure leur ouverture, 
jusqu'à 19h (23h00 GMT) et décrit de longues files d'attente. 
    La Constituante, prédit l'opposition, permettra à Nicolas 
Maduro de dissoudre l'Assemblée nationale, où les opposants sont 
majoritaires depuis les élections législatives de décembre 2015, 
de retarder la tenue de prochaines élections et de réécrire la 
loi électorale afin de se maintenir au pouvoir.  
    Le scrutin, qui fait suite au report d'élections régionales 
et au refus répété du chef de l'Etat de tenir compte des 
décisions du Parlement, a été condamné par de nombreux pays. 
    Les Etats-Unis, premier marché pour l'industrie pétrolière 
du Venezuela, ont sanctionné cette semaine 13 responsables de 
Caracas et promettent d'autres mesures de rétorsion économiques 
après le vote.   
    L'émissaire américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a 
qualifié sur Twitter l'élection de "mascarade", et jugé qu'elle  
représentait une "nouvelle étape vers une dictature". "Nous 
n'accepterons pas un gouvernement illégitime. Le peuple 
vénézuélien et la démocratie prévaudront", a-t-elle ajouté. 
    La Colombie voisine a prévenu qu'elle ne reconnaîtrait pas 
les résultats du scrutin. 
    "D'ici demain, il sera clair que ce n'est pas seulement une 
fraude constitutionnelle mais aussi la plus grande erreur 
historique commise par Maduro et sa bande", a déclaré samedi 
Freddy Guevara, l'un des chefs de l'opposition, lors d'une 
conférence de presse.  
    Nicolas Maduro, qui a succédé au fondateur de la "Révolution 
bolivarienne" Hugo Chavez, mort en 2013, se dit victime d'un 
complot de la droite, au Venezuela ou ailleurs, sur laquelle il 
rejette la responsabilité de la grave crise économique que 
connaît le pays, confronté à une inflation galopante et à une 
pénurie de nourriture et de médicaments.  
    "L'empereur Donald Trump voulait interdire au peuple 
d'exercer son droit de vote", a-t-il accusé dimanche. "Aucun 
pouvoir sur terre ne peut priver le peuple du Venezuela de son 
droit de vote", a-t-il poursuivi, ajoutant que l'élection de 
cette Assemblée allait marquer le début d'une "nouvelle ère de 
la lutte".     
     
    "METTRE FIN AU SABOTAGE DU CONGRÈS BOURGEOIS" 
    Les Vénézuéliens sont appelés à choisir les 545 membres de 
l'Assemblée constituante parmi les quelque 6.120 candidats, qui 
appartiennent tous au Parti socialiste et ses alliés, mais 
l'impression visuelle aux abords de bureaux de vote ne donne pas 
le sentiment d'une force participation.  
    La création de cette Constituante a été rejetée par plus de 
sept millions de Vénézuéliens le 16 juillet dernier à l'occasion 
d'un référendum officieux et l'opposition a appelé à descendre 
dans les rues pour empêcher le déroulement du scrutin. 
    Dans l'Etat occidental de Tachira, plusieurs centaines de 
personnes ont incendié samedi des machines à voter installées 
dans deux écoles. Une cinquantaine de bureaux de vote ont été 
endommagés dans cet Etat, affirme l'opposition. 
    Les autorités ont confirmé neuf décès au cours du week-end, 
dont deux adolescents et un candidat à l'Assemblée constituante, 
tué à son domicile dans l'Etat de Bolivar. Le gouverneur 
socialiste de l'Etat, Francisco Rangel, a dénoncé un assassinat 
politique mené par l'opposition.  
    Dans tout le pays, plus de 230.000 soldats ont été déployés 
pour protéger les bureaux de vote.  
    La nouvelle Assemblée constituante doit siéger dans les 72 
heures suivant la proclamation officielle des résultats.  
    Les responsables du gouvernement ont laissé entendre que la 
Constituante prendrait rapidement des mesures contre la 
procureure en chef Luisa Ortega, ancienne chaviste devenue 
critique du régime, et contre l'Assemblée nationale. 
    "Avec l'Assemblée constituante, nous mettrons fin au 
sabotage du (Congrès) bourgeois", a déclaré le numéro deux du 
Parti socialiste, Diosdado Cabello, lors d'un meeting de 
campagne. 
     
    L'ENJEU DE LA PARTICIPATION 
    Une part importante des sièges de la nouvelle assemblée 
devrait revenir à des fidèles de Maduro, comme Cabello ou la 
femme ou le fils du chef de l'Etat. 
    Les deux tiers des sièges seront choisis par municipalité, 
ce qui surreprésente les zones rurales, pro-gouvernementales, 
aux dépens des villes, dominées par l'opposition. L'Etat rural 
de Falcon élira ainsi 26 délégués, alors que la municipalité de 
Caracas, qui compte deux fois plus d'habitants, en enverra sept. 
    Le tiers restant des sièges sera désigné en fonction des 
catégories socioprofessionnelles, des étudiants aux pêcheurs ou 
aux agriculteurs.  
    Alors que les autorités redoutent une faible participation, 
les employés du secteur public, au nombre de 2,8 millions, 
subissent de fortes pressions pour aller voter. 
    Des employés de la compagnie pétrolière publique PDVSA ont 
reçu des textos leur demandant d'envoyer leur numéro 
d'identification une fois leur devoir électoral accompli, ont 
rapporté deux sources qui disent redouter que l'objectif soit 
d'identifier les abstentionnistes. 
    La dernière Constitution du Venezuela a été écrite sous la 
présidence d'Hugo Chavez. Elle a renforcé le pouvoir exécutif et 
gravé dans le marbre le droit à la santé ou à l'éducation.  
    Mais contrairement à Maduro, Hugo Chavez avait au préalable 
obtenu par référendum l'assentiment de la population pour 
réécrire la loi fondamentale. 
    
  
     
 
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GRAPHIQUE Evolution électorale du "chavisme"    http://reut.rs/2eOmhlB 
    ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^> 
 (Brian Ellsworth, avec Fabian Cambero et Francisco Aguilar à 
Barinas; Jean-Stéphane Brosse, Henri-Pierre André et Julie 
Carriat pour le service français) 
 
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