Journée de violences et état d'urgence en Egypte

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L'ÉTAT D'URGENCE PROCLAMÉ EN ÉGYPTE APRÈS UNE JOURNÉE DE VIOLENCES
L'ÉTAT D'URGENCE PROCLAMÉ EN ÉGYPTE APRÈS UNE JOURNÉE DE VIOLENCES

par Yasmine Saleh et Tom Finn

LE CAIRE (Reuters) - Les forces de sécurité égyptiennes ont donné l'assaut mercredi contre les rassemblements des partisans de l'ancien président islamiste Mohamed Morsi au Caire, déclenchant des violences à l'origine de près de 150 morts dans l'ensemble du pays, selon un bilan officiel.

La présidence a proclamé l'état d'urgence dans toute l'Egypte, pour une durée d'au moins un mois et ordonné à l'armée d'apporter son soutien aux forces du ministère de l'Intérieur.

Protestant contre l'usage de la violence, Mohamed ElBaradeï, qui était vice-président du gouvernement intérimaire mis en place après la destitution de Mohamed Morsi, a remis sa démission et estimé que les seuls bénéficiaires de l'intervention des forces de sécurité seraient "ceux qui appellent à la violence et au terrorisme".

Les troubles, qui se sont entre autres étendus à Alexandrie, deuxième ville du pays, ont fait 149 morts et plus de 1.400 blessés à travers l'Egypte, selon le dernier bilan du ministère de la Santé.

Des affrontements meurtriers ont notamment eu lieu dans la province du Fayoum, dans le port de Suez et dans la ville d'Ismaïlia.

L'assaut du Caire, lancé vers 07h00 locales (05h00 GMT), intervient après l'échec de plusieurs tentatives de médiation pour mettre fin au bras de fer engagé entre les partisans de Mohamed Morsi -souvent issus comme lui des Frères musulmans- et le gouvernement provisoire soutenu par l'armée.

En tout début de soirée, l'agence officielle de presse Mena rapportait que la police avait pris le contrôle total du site de Rabaa al Adaouia, dans le nord-est de la capitale, où des milliers de partisans de Morsi campaient depuis sa destitution par les militaires, le 3 juillet.

SOIXANTE MORTS DANS UN HÔPITAL

Une source médicale a annoncé que soixante morts étaient recensés dans un seul hôpital du Caire et que le bilan allait probablement s'alourdir. La plupart des victimes ont été touchées par balles.

Un deuxième campement, plus petit, établi sur la place Al Nahda, près de l'Université du Caire sur la rive gauche du Nil, a été rapidement vidé par les policiers aux premières heures de l'intervention.

Mohamed El Beltagi, l'un des responsables du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), l'aile politique des Frères musulmans égyptiens, dont l'arrestation a été annoncée avant d'être démentie, a comparé la situation en Egypte au conflit syrien, accusant les militaires de vouloir plonger le pays dans la guerre civile.

Les salafistes d'Al Nour, deuxième parti islamiste après le PLJ, ont de leur côté demandé la fin des violences politiques qui "menacent de diviser la société".

Dans un communiqué, le gouvernement a demandé aux partisans de Mohamed Morsi d'"entendre la voix de la raison" et a prévenu que les cadres des Frères musulmans seraient tenus responsables de "toutes les émeutes et les violences".

La dispersion des sit-in de protestation enlève aux Frères musulmans l'un de leurs derniers moyens de pression sur le nouveau pouvoir. Les dirigeants de la confrérie ont été arrêtés ou sont recherchés et leurs avoirs ont été gelés.

En plus de l'état d'urgence proclamé mercredi, le gouvernement de transition a imposé un couvre-feu sur 11 des 27 provinces égyptiennes, dont celles où se trouvent Le Caire, Alexandrie et Suez.

CONDAMNATION DES ÉTATS-UNIS

Plusieurs militants des droits de l'homme craignent que l'état d'urgence permette aux militaires d'effectuer légalement des arrestations. Le précédent état d'urgence avait été imposé en 1981 par le président Hosni Moubarak qui l'a utilisé pour réprimer les activités des dissidents, en particulier des Frères musulmans, jusqu'à son éviction du pouvoir en 2011.

Sur le plan international, les Etats-Unis se sont fermement opposés à la proclamation de l'état d'urgence et ont condamné l'usage de la force par les autorités, en pressant l'armée égyptienne de respecter les droits élémentaires des citoyens.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, issu de la mouvance islamiste, a exhorté lui le Conseil de sécurité des Nations unies et la Ligue arabe à intervenir pour mettre fin à un "massacre" et a dénoncé le "silence" de la communauté internationale.

Le Qatar, soutien régional de l'ancien gouvernement de Mohamed Morsi, a condamné les assauts contre les manifestants et l'Iran a estimé que l'Egypte courait le risque d'une "guerre civile".

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a également regretté "que les autorités égyptiennes aient utilisées la force" et a condamné "dans les termes les plus forts" la violence de l'intervention des forces de sécurité égyptiennes.

Depuis la chute de Mohamed Morsi et avant l'assaut lancé mercredi, plus de 300 personnes sont mortes dans les violences politiques dans le pays, parmi lesquelles des dizaines de partisans des Frères musulmans tués par les forces de sécurité lors de deux interventions les 8 et 27 juillet.

Avec Michael Georgy, Tom Perry, Shadia Nasralla, Omar Fahmy et Ashraf Fahim; Jean-Stéphane Brosse et Julien Dury pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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