Journée de violence à Kiev, au moins neuf morts

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AU MOINS NEUF MORTS DANS DES VIOLENCES À KIEV
AU MOINS NEUF MORTS DANS DES VIOLENCES À KIEV

par Pavel Polityuk et Richard Balmforth

KIEV (Reuters) - Neuf personnes au moins ont été tuées mardi à Kiev lors de heurts entre forces de sécurité et manifestants antigouvernementaux, et l'un des principaux opposants, l'ancien boxeur Vitali Klitschko, a dit craindre un assaut contre la place de l'Indépendance, centre de la contestation.

Les forces de l'ordre ont brisé des barricades proches du stade du Dynamo Kiev et ont avancé jusqu'aux abords immédiats de la place de l'Indépendance, après plusieurs heures d'affrontements près du Parlement, où l'opposition a engagé un bras de fer avec les élus loyaux au président Viktor Ianoukovitch.

Les violences de la journée ont fait au total neuf morts, sept civils et deux policiers, d'après un bilan établi par la police de Kiev.

Les deux policiers ainsi que trois des manifestants ont été victimes de coups de feu, deux manifestants ont succombé à une crise cardiaque, un autre a trouvé la mort dans un accident de la circulation, le septième a péri dans un incendie, a précisé une porte-parole de la police.

La députée d'opposition Lesya Orobets avait indiqué plus tôt dans la journée que trois manifestants avaient été tués lors des affrontements près du Parlement, et ajoutait que sept autres "agonisaient" à l'intérieur du Club des officiers, un bâtiment voisin qui est occupé par les opposants.

Un photographe travaillant pour Reuters a signalé la présence de deux cadavres devant une station de métro située à l'un des angles de la place de l'Indépendance.

Dans un communiqué, le ministère de l'Intérieur et le Service de sécurité de l'Etat (SBU) avaient ordonné aux manifestants de mettre fin aux "troubles" avant 16h00 GMT sous peine de s'exposer à des "mesures sévères".

L'ultimatum a expiré sans qu'on ne signale d'initiatives de la part des forces de l'ordre.

Prenant la parole quelques minutes plus tôt, l'opposant Vitali Klitschko a demandé aux femmes et aux enfants de quitter le site où sont rassemblés des milliers de manifestants "pour éviter de nouvelles victimes".

"Nous ne pouvons exclure l'usage de la force dans un assaut sur Maïdan", a-t-il dit en référence au surnom donné à la place de l'Indépendance.

Le chef de file du parti Oudar avait auparavant lancé un appel au président Viktor Ianoukovitch pour qu'il ordonne le retrait de la Berkout, la police antiémeute, des rues de la capitale qui n'avait plus connu de telles scènes de violence depuis plus de trois semaines.

INQUIÉTUDES EUROPÉENNES

À l'intérieur du Parlement, les chefs de l'opposition ont interrompu les procédures en barrant l'accès à la tribune et en exigeant que les députés débattent des amendements constitutionnels qu'ils réclament pour réduire les pouvoirs du chef de l'Etat.

Après douze semaines de crise déclenchée par le refus du président de signer un accord de partenariat avec l'Union européenne (UE) au profit d'un rapprochement avec la Russie, l'opposition réclame la possibilité de former un gouvernement indépendant pour mettre fin aux troubles et sauver l'économie de l'effondrement. Le poste de Premier ministre est vacant depuis l'éviction de Mikola Azarov à la fin janvier.

Dans le camp occidental, Catherine Ashton, porte-parole de la diplomatie de l'UE, a exprimé sa "profonde inquiétude" et le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a mis en garde Kiev sur un "retour aux violences en Ukraine".

Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, a lui condamné "la reprise des violences à Kiev et l'usage indiscriminé de la force" et a demandé aux différents camps de reprendre le dialogue.

La Russie a accusé les "responsables occidentaux et les structures européennes" d'être responsable de l'accroissement des tensions en ayant "fermé les yeux sur les actions agressives de forces radicales dès le début de la crise".

Le ministère russe des Affaires étrangères a publié ces déclarations au lendemain d'un coup de pouce à l'Ukraine de la Russie qui a annoncé le déblocage de l'équivalent de 2 milliards de dollars d'aide, partie d'un programme d'assistance totalisant 15 milliards de dollars (10,9 milliards d'euros).

Sur le plan économique, la hryvnia, la devise ukrainienne, était mardi à son plus bas niveau en cinq ans, à la suite du regain de violences.

Jean-Stéphane Brosse et Julien Dury pour le service français; édité par Henri-Pierre André

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