Jonathan Best : « C'est peut être une saison piège »

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Jonathan Best : « C'est peut être une saison piège »
Jonathan Best : « C'est peut être une saison piège »

Grenoble entame sa cinquième saison en Top 14. Une édition 2016-2017 qui marque un tournant dans l'histoire du club avec les départs annoncés de Fabrice Landreau, le manager, et Marc Chérèque, le président. Le FCG et Jonathan Best sont prêts à se battre pour rester dans l'élite du rugby français et pourquoi pas accrocher une place en Champions Cup. Le nouveau papa d'une petite Arya s'est confié sur l'avenir de son club et l'évolution de son sport qu'il pratique à haut niveau depuis plus de quinze ans.

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Jonathan Best, vous avez tout connu avec Grenoble. A l'aube de votre 15eme saison, quel sentiment prédomine ? C'est la 15eme saison en effet. J'ai connu plusieurs moments difficiles avec le club mais depuis cinq ans, on a retrouvé le Top 14. C'est peut être une saison piège. On a vu que les deux équipes qui montent cette saison (Lyon et Bayonne, ndlr) ont réalisé un recrutement solide. On a repris la préparation physique depuis une semaine et les gars sont prêts à en découdre dans ce Top 14 qui est un championnat à part. Ce n'est pas pour rien si les meilleurs joueurs du monde viennent jouer chez nous, à part pour l'argent... C'est quand même le meilleur championnat du monde. Grenoble a envie de faire bonne figure. On ne veut pas rester sur l'image de la fin de saison l'année dernière où on a enchaîné sept défaites. C'est ce qui reste dans la tête des gens et pas forcément notre beau parcours en Challenge Cup et la demi-finale. On a envie de se racheter une conduite par rapport à ça car on ne peut pas se permettre en tant que sportif professionnel de passer au travers sur autant de match. Dans un rugby devenu très dur physiquement, vous comptez jouer jusqu'à quel âge ? (Rires) C'est vrai que plus le temps avance, et plus je sais que cela se rapproche de la fin pour moi. Aujourd'hui, quand tu as plus de 33 ans dans le rugby professionnel, c'est déjà la fin. Je fais 34 ans en 2017 donc il ne me reste pas beaucoup d'années. Mais cela ne veut pas dire que le rugby sera terminé pour moi. Il y a de nombreux clubs amateurs qui sont à la recherche d'anciens joueurs professionnels afin de redonner du standing et relever le niveau de ces compétitions qui manquent de visibilité. Quand j'arrêterai, peut-être que j'irai alimenter les petits clubs aux alentours. Je pense que cela fait partie de notre mission en tant que joueur professionnel de rendre au rugby amateur ce qu'il nous a donné. Il y a beaucoup de joueurs qui lorsqu'ils quittent le monde professionnel oublient le rugby amateur. Je n'ai pas l'intention que mon histoire avec le rugby se termine de cette manière. C'est rare de nos jours qu'un joueur fasse toute sa carrière dans un seul et même club... C'est vrai qu'il n'y en a pas beaucoup. Il y a certaines personnes qui ont dit de manière ironique que si ne n'ai jamais quitté Grenoble, c'est parce que je n'avais pas d'autres propositions. C'est un choix volontaire de rester au FCG car ma famille habite du côté de Romans. Depuis que je suis arrivé ici, le club n'a fait que progresser donc je n'avais pas de raisons de le quitter. Je pense aussi à l'après rugby et le réseau que j'ai pu développer me facilite dans la création de mon entreprise. Il ne faut pas regarder que son nombril et prendre 1 000 ou 2 000 euros de plus dans un autre club et qui ne se passe rien après. De 34 ans à 65 ans, il reste quelques années... Quinze ans dans un club, c'est un beau chiffre. Je ne préfère pas aller au plus offrant et je pense que c'est une belle histoire que je vis. J'espère qu'elle ne se terminera pas à quinze. J'espère prolonger mais pour cela, c'est à moi de faire le traveil sur le terrain. Je suis content de cette belle aventure qui n'est pas tout à fait terminée... (sourires).

« On a envie que Grenoble redevienne une terre imprenable »

Vous serez donc Grenoblois jusqu'à votre dernier match en carrière ? Mon contrat avec le FCG se termine en juin 2017. Je ne sais pas si dans un an, j'aurai encore la foi d'être rugbyman professionnel. C'est quand même beaucoup de sacrifices pour ma famille et de moments difficiles même si c'est un métier passionnant et plaisant. Est-ce que physiquement aussi je serais en état de jouer ? c'est un autre débat. Si le rugby s'arrête pour moi à la fin de la saison, je n'aurai pas de regrets car j'ai pris mon pied. Je ne quitterai pas ce sport aigri car il m'a beaucoup donné en me faisant grandir dans ma vie d'homme. Le FCG est à un tournant de son histoire avec les départs annoncés de Fabrice Landreau et de Marc Chérèque. Comment sont-ils vécus par le groupe ? Oui, c'est une page qui se tourne en effet. Notre président est arrivé il y a 12 ans et Fabrice est présent depuis 8 ans de mémoire. Il a essayé de transmettre le témoin en douceur depuis quatre ans et l'arrivée de Bernard Jackman. Je crois que les choses se sont faîtes correctement. L'objectif du club est d'avoir 50 % des joueurs issus du centre de formation. C'est un projet ambitieux quand on connaît la difficulté que connaisse les jeunes joueurs français à avoir du temps de jeu en Top 14. J'ai aussi ce rôle de transmission entre ma génération et celle qui arrive. Aujourd'hui, je joue avec des gars qui ont 15 ans de moins que moi. C'est important que nous, les anciens, transmettons les valeurs du FCG car c'est un club qui a une histoire. Il faut la continuer et faire une belle saison en créant notre propre histoire pour rester dans les mémoires à l'image des Mammouths il y a quelques années. Rester en Top 14 est l'objectif prioritaire dans ce championnat des plus compétitifs plus les années passent ? On en a pas encore trop parlé. En tout cas, on ne pourra pas se satisfaire d'une saison comme la fin de l'exercice précédent. Il faut faire aussi bien que la saison dernière à savoir un beau parcours en Challenge Cup et une 8eme place en Top 14. Je crois que si le club veut progresser, on ne doit pas être en dessous de ces objectifs. Quand on voit qu'Oyonnax s'est qualifié il y a deux ans en Champions Cup, on peut accrocher cette 6eme place. Mais on sait qu'entre le haut de tableau du Top 14 et le bas, il y a de gros écarts. Nous sommes prêts à relever le défi. C'est une année sans Coupe du monde, cela veut dire que tout les internationaux seront présents à toutes les journées de championnat. On a hâte de connaître le calendrier pour savoir quand on jouera les grosses équipes pour être sur les dents. On a aussi envie que Grenoble redevienne une terre imprenable, chose qu'on n'a pas réussi depuis deux ans. La saison dernière, on a perdu sept fois à domicile. On a envie que les équipes craignent de venir jouer chez nous et ce sera notre premier objectif.

« On gère un club de rugby comme une entreprise »

De la Fédérale 1 en passant par la Pro D2 et maintenant le Top 14, vous avez connu le rugby comme peu de joueur aujourd'hui. Quel regard avez-vous sur son évolution ? Quand je suis arrivé à Grenoble en Fédérale 1, notre budget était environ 1,8 millions d'euros. Aujourd'hui, avec cette enveloppe tu es une équipe du haut de tableau de Fédérale 2. Et c'était il y a un peu plus de dix ans... Cela montre que le rugby a grandi très vite mais peut-être trop vite aussi. Cela, on le saura dans quelques années. Aujourd'hui, ce qui guide le rugby professionnel, c'est l'argent. Il dicte tout et si tu n'en n'as pas, tu ne peux pas recruter, avoir ton stade... Il y a encore beaucoup de chantiers pour le rugby français. On a vu pour nous (le FCG, ndlr) le problème de ne être propriétaire de son stade. La vie économique des entreprises fait que la situation des clubs est un peu bancale. Est-ce que l'avenir des clubs passent par des mécènes ? Je ne sais pas. En tout cas, les joueurs ont connu des hausses de salaires qui permettent de bien vivre. C'est vrai que cela a explosé depuis 5-6 ans. Maintenant, je ne suis pas mécontent de quitter ce rugby car c'est fatiguant. Aujourd'hui, on gère un club de rugby comme une entreprise. Il y a des résultats financiers qui dépendent des résultats sportifs et on sait que ces derniers sont souvent aléatoires. C'est difficile de dire aux joueurs, « il faut que vous gagniez tel match » alors qu'on sait qu'il y a des aléas lors d'une rencontre et des choses qu'on ne contrôle pas. Si la FFR cherche des personnes pour travailler sur ces chantiers, pourquoi pas (sourires). J'ai déjà eu des missions au sein du comité des Alpes. C'est marrant pour un joueur qui joue troisième ligne et qui prend des cartons jaunes, j'étais à la commission d'éthique (sourires). On jugeait les cas litigieux et cela fait partie des futurs chantiers que d'éradiquer cette violence qu'il y a dans le rugby amateur. Avec les polémiques autour des départs de François Trinh-Duc ou de Vincent Clerc, pensez-vous que le rugby à perdu ses valeurs que tous les autres sports lui enviaient il y a peu ? C'est sûr qu'on ne peut pas dire que les adieux donnés à ces joueurs rentrent dans les valeurs du rugby. Comme je le disais tout à l'heure, on gère un club de rugby comme une entreprise de nos jour. Dans une entreprise, quand on te licencie on ne te fait pas un pot de départ avec des fleurs et avec tous tes copains de travail qui t'applaudissent quand tu sors. Il faut être conscient que nous les joueurs professionnels, on a une valeur marchande et que quand on ne veut plus de nous, il faut que tu partes. J'ose espérer que pour ma dernière année à Grenoble, il se passe de belles choses que ce soit en termes de jeu ou d'adieux si c'est le cas. Je pense que j'ai aidé le FCG à re-grandir et que le club ne l'oubliera pas. Si on me dit qu'il faut partir et qu'on me serre la main, il faudra l'accepter. Aujourd'hui, des joueurs qui font leur carrière dans un seul club, c'est très rare. J'espère ne pas sortir de la mémoire des dirigeants de Grenoble mais maintenant ce n'est pas moi qui décide. Le rugby poursuit son développement et sera présent aux JO de Rio cet été. Vous avez suivi les résultats des équipes de France ? Bien sûr. J'ai une amie à moi qui s'appelle Jennifer Troncy, qui joue du côté de Montpellier, et qui s'est spécialisée dans le rugby à VII. J'ai des origines espagnoles donc je suis bien content que les deux sélections espagnoles se soient qualifiées pour Rio. Ce qui fait le charme de ce sport, c'est que comme au XV il y a des équipes qui dominent mais il y a plus de surprises et tout est possible. Cela va être une belle mise en lumière pour le rugby en général que le VII soit aux JO à Rio cet été. Le rugby avait déjà été une discipline olympique en 1924 pour la dernière fois mais il avait été éradiqué car trop violent. Le rugby à VII est un sport spectaculaire et les gens ont envie de le voir. Je me régale à regarder ce sport pratiqué par de vrais athlètes. Moi, je ne pourrai pas être invité dans cette discipline (sourires). J'apprécie les efforts et la difficulté de ce sport. Cela restera une discipline à part entière même si il y a quelques talents à l'image de Virimi Vakatawa qui peuvent pratiquer le VII et le XV. Je trouve que c'est bien de le mettre en avant.
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