Johnson renonce, guerre de succession ouverte chez les Tories

le , mis à jour à 16:37
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    * Désavoué par plusieurs dirigeants, Boris Johnson a renoncé 
    * Theresa May favorite des bookmakers et d'un sondage du 
Times 
    * Deux des cinq candidats seront sélectionnés par les 
députés 
    * Les militants s'exprimeront d'ici le 9 septembre 
 
    par William Schomberg 
    LONDRES, 30 juin (Reuters) - Favori des bookmakers 
britanniques mais désavoué au sein même de son parti, Boris 
Johnson a annoncé jeudi qu'il ne serait pas candidat à la 
succession de David Cameron, provoquant un nouveau coup de 
théâtre dont l'ancien maire de Londres a le secret. 
    Avec ce retrait, la ministre de l'Intérieur Theresa May fait 
désormais figure de favorite parmi les cinq prétendants pour 
succéder au Premier ministre britannique, qui a annoncé qu'il 
démissionnerait d'ici au 9 septembre, tirant les conséquences du 
vote de jeudi dernier en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de 
l'Union européenne, à laquelle il s'opposait.  
    Premier choix des adhérents conservateurs qui sont 36% à la 
soutenir selon un sondage du quotidien The Times, Theresa May a 
lancé sa candidature jeudi, promettant de respecter le verdict 
du référendum en dépit du soutien qu'elle avait apporté à la 
campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'Union. 
    "Brexit, cela veut dire Brexit", a déclaré la ministre. "La 
campagne a été disputée, le scrutin s'est tenu et le public a 
rendu sa décision", a-t-elle poursuivi, tout en indiquant qu'il 
ne fallait pas activer la procédure de sortie avant la fin de 
l'année. 
    Les perspectives d'une candidature de Boris Johnson se sont 
assombries lorsque le ministre de la Justice, Michael Gove, a 
annoncé qu'il ne le soutiendrait pas et qu'il serait lui-même 
candidat à la présidence du Parti conservateur. 
    "Je dois vous dire, mes amis, vous qui avez attendu plein 
d'espoir les petites phrases percutantes de mon discours, 
qu'après avoir consulté mes collègues et qu'à la lumière de la 
situation au Parlement, j'ai conclu que cela ne sera pas moi", a 
dit Boris Johnson provoquant la stupéfaction de ses partisans 
réunis dans un grand hôtel de Londres. 
     
    MANOEUVRES 
    Ami proche de David Cameron malgré leurs divergences sur le 
référendum, Michael Gove avait initialement annoncé qu'il 
soutiendrait une candidature de Boris Johnson avant d'écrire 
dans les colonnes de l'hebdomadaire The Spectator qu'il était "à 
regret parvenu à la conclusion que Boris n'est pas en mesure 
d'assumer la fonction de dirigeant et de bâtir une équipe pour 
la tâche qui s'annonce". 
    Selon certains parlementaires conservateurs s'exprimant sous 
le sceau de l'anonymat, Boris Johnson pourrait avoir été victime 
de manoeuvres ourdies par des partisans de David Cameron qui n'a 
pas admis que l'ancien maire de Londres lui tourne le dos pour 
aller soutenir la campagne du "Brexit". 
    "Celui qui vit par l'épée périra par l'épée", a averti l'un 
des députés. Boris Johnson aurait pris sa décision après avoir 
compris qu'il avait été lâché dans la nuit par les 
parlementaires. 
    Boris Johnson devient la dernière victime en date de la 
guerre fratricide qui déchire le Parti conservateur depuis 
l'annonce de la démission prochaine de David Cameron. 
    Sur l'ensemble des candidats en lice, deux seulement seront 
retenus par les députés tories et soumis au vote des membres du 
Parti conservateur qui devraient se prononcer d'ici le 9 
septembre. 
     
    CINQ CANDIDATS 
    Plusieurs autres candidats à la présidence du Parti 
conservateur se sont opposés à une candidature de Boris Johnson, 
à l'image de Theresa May qui a elle aussi contesté ses capacités 
de dirigeant dans les colonnes du Times. 
    La ministre de l'Intérieur se décrit comme le porte-drapeau 
des Britanniques ordinaires, et affirme qu'elle est plus à même 
de comprendre leurs vies que Boris Johnson, élève de la 
prestigieuse école d'Eton et issu de la haute bourgeoisie. 
    "Honnêtement, à Westminster, tous ne comprennent pas ce que 
c'est que de vivre comme ça. Et certains ont besoin d'entendre 
que ce que fait le gouvernement n'est pas un jeu", écrit-elle. 
    Theresa May a prôné le maintien du Royaume-Uni dans l'Union 
européenne mais a été moins présente dans la campagne que David 
Cameron et son ministre des Finances, George Osborne, dont les 
espoirs de prendre la tête du parti Tory ont volé en éclats 
après la victoire du Brexit. 
    Dès lundi soir, le chancelier de l'Échiquier s'est retiré de 
la course. "Je ne suis pas la personne capable d'apporter 
l'unité dont mon parti a besoin en ce moment", a-t-il écrit dans 
une tribune publiée par le Times.   
    Outre Theresa May et Michael Gove, trois personnalités du 
Parti conservateur ont fait acte de candidature: Stephen Crabb, 
ministre du Travail et des Retraites, Liam Fox, ancien ministre  
de la Défense venu de l'aile droite du parti, et Andrea Leadsom, 
secrétaire d'État à l'Énergie et au Changement climatique. 
 
 (Julie Carriat et Nicolas Delame pour le service français, 
édité par Jean-Stéphane Brosse) 
 
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