JO: Usain Bolt, et maintenant ?

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QUID DE L'AVENIR SPORTIF DU DÉJÀ LÉGENDAIRE USAIN BOLT ?
QUID DE L'AVENIR SPORTIF DU DÉJÀ LÉGENDAIRE USAIN BOLT ?

par Gene Cherry

LONDRES (Reuters) - En se couvrant d'or aux Jeux de Londres, Usain Bolt a confirmé qu'il était sans doute le plus grand sprinter de l'histoire de l'athlétisme mais le Jamaïcain se heurte aujourd'hui à un problème de riche : que faire quand on est déjà une légende ?

La star de 25 ans a conservé avec autorité ses trois titres conquis à Pékin - 100 m, 200 m et relais 4x100 m. Il est devenu le premier athlète à réaliser ce double triplé.

Il a même conclu sa marche victorieuse par le record du monde du relais.

"Je ne vais pas prendre ma retraite maintenant", a précisé le Jamaïcain, qui était arrivé aux Jeux avec l'objectif affiché de devenir "une légende".

"J'ai atteint mon but. Maintenant je dois m'asseoir et en trouver un autre."

Les Jeux de 2016 à Rio de Janeiro "sont une possibilité, mais ce sera vraiment difficile avec tous ces jeunes qui arrivent", a-t-il poursuivi.

"Ça va être difficile pour moi de rester au top, il y a Yohan (Blake) qui arrive et plein d'autres jeunes de talent. On va voir, je vais y aller pas à pas."

Son entraîneur, Glen Mills, qui est aussi celui de son concurrent Yohan Blake, aimerait voir Bolt se frotter au 400 m.

À ses débuts, nombre d'observateurs pensaient que le tour de piste serait la distance privilégiée du jeune Usain, avant que ce dernier ne persuade Mills de le laisser s'essayer au 100 m, il y a cinq ans, avec le succès que l'on sait.

BOLT SUR UN SAUTOIR ?

Et l'athlète, qui traîne des pieds concernant le 400 m, a préféré suggérer qu'il concourrait peut-être à Rio sur le saut en longueur, où d'autres grands sprinteurs, comme Jesse Owens et Carl Lewis, ont fait merveille.

"C'est quelque chose que j'ai toujours voulu essayer", a-t-il déclaré.

Les sponsors et le monde de l'athlétisme aimeraient sans doute le voir continuer à chausser les pointes aussi longtemps que son corps le lui permettra.

Ses facéties et son talent sont à l'origine de juteux contrats et de ventes records de billets qui lui valent d'afficher un revenu annuel supérieur à 10 millions de dollars (8,1 millions d'euros), soit bien plus que n'importe quel autre star de l'athlétisme.

Mais cela durera-t-il ?

Les points d'interrogation s'accumulent autour du Jamaïcain. Il est connu pour son goût de la fête et il n'est pas sûr qu'il continue à s'infliger les sacrifices et les longues séances d'entraînement indispensables au maintien au plus haut niveau.

Il n'est pas certain non plus que son mentor Mills, 62 ans, continue d'entraîner aussi longtemps que courra son poulain.

Sans parler des problèmes chroniques au dos dont souffre Bolt et qui pourraient empirer avec le temps.

Même lors de son 200 m triomphal jeudi au stade olympique de Londres, remporté en 19"32, l'athlète a ressenti des douleurs.

Le virage "a vraiment mis beaucoup de tension sur mon dos", a-t-il expliqué après la course.

"Je ne voulais pas me mettre trop de pression si jamais quelque chose se passait mal. Donc je l'ai joué tranquille. À la fin de la course j'ai simplement ralenti."

BLAKE L'HÉRITIER

Et puis il y a l'âge, lot commun de tous les athlètes - même les plus grands.

"J'aimerais vous promettre de belles choses. Mais j'aurais 30 ans d'ici là, donc je ne suis pas sûr", a souligné Usain Bolt au sujet de ses ambitions pour Rio, des mots sages qui contrastaient avec les superlatifs employés quelques minutes auparavant pour clamer qu'il était "le meilleur".

"Blake va être au sommet (à Rio) et il va faire de grandes choses, donc on ne peut pas savoir", a-t-il poursuivi.

De trois ans son cadet, Yohan Blake s'est imposé à Londres comme dauphin de Sa Majesté Bolt en remportant trois médailles : deux d'argent sur 100 et 200m et une d'or avec le relais 4x100.

Qui dit dauphin dit héritier, ce dont le roi ne disconvient pas.

"Je lui ai dit il y a deux ans : 'Yohan, ce n'est pas encore ton heure. C'est mon heure. Après les Jeux olympiques, alors ce sera ton heure (...) Mais pour le moment, c'est mon heure'."

A cette heure, seules trois dates sont cochées sur l'agenda de Bolt : le meeting de Lausanne le 23 août, celui de Zurich une semaine plus tard, puis celui Bruxelles en septembre.

L'avenir, Bolt n'y pense pas encore.

Un détail suggère même qu'il est déjà focalisé davantage sur son passé : pour la première fois de sa carrière, la star a souhaité conserver le bâton de son relais victorieux, au grand dam des commissaires de course qui lui ont intimé l'ordre de restituer l'objet sous peine de disqualification, avant que Bolt n'obtienne finalement gain de cause.

"C'est un petit quelque chose en souvenir de Londres", a dit celui qui est entré en août 2012 dans la mémoire de l'olympisme.

Jean Décotte pour le service français, édité par Jean-Paul Couret

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