JO: Sanchez le revenant, James le nouveau venu

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par Kevin Liffey

LONDRES (Reuters) - Felix Sanchez a laissé libre cours à ses larmes lundi sur le podium du 400 m haies des Jeux de Londres, huit ans après son premier sacre olympique, si bien qu'il paraissait nettement moins habitué à une telle cérémonie que Kirani James, de 15 ans son cadet et couronné sur 400 m.

Le stade olympique de Stratford a sacré les deux rois du tour de piste quelques heures après la victoire du cycliste britannique Jason Kenny face au Français Grégory Baugé en vitesse individuelle, l'une des épreuves reines du vélodrome.

Au lendemain de la trajectoire rectiligne du Jamaïcain Usain Bolt, qui a foudroyé toute la concurrence sur 100 m en 9"63, les compétitions ont décidément pris une forme un peu plus ovale ce lundi.

A 34 ans, le Dominicain Felix Sanchez, qui est apparu comme un revenant au milieu de 80.000 paires d'yeux, a parfaitement négocié ses virages pour s'imposer sur le 400 m haies.

Il faut dire qu'il n'était pas seul dans son couloir: il a couru avec la photo de sa grand-mère, décédée durant les Jeux de Pékin en 2008, plaquée sous son dossard. Contre sa poitrine.

Et, sitôt la ligne d'arrivée franchie, le Dominicain, sacré champion du monde en 2001 et en 2003, est tombé sur ses genoux pour embrasser l'image de sa défunte aïeule, son plus fidèle soutien.

COEUR BRISÉ

"Je n'avais qu'un souhait, c'était de la rendre fière", a-t-il dit après la course. "Le jour où elle est morte, à Pékin, mon coeur s'est brisé. C'est pourquoi j'ai couru avec son image près de mon coeur."

La victoire était d'autant plus délicieuse qu'il n'avait plus goûté au succès dans un grand rendez-vous international depuis les Jeux olympiques d'Athènes, il y a huit ans.

"Beaucoup de gens ont dit qu'il était temps que je prenne ma retraite, mais je me suis entêté", a-t-il raconté. L'histoire lui a donné raison.

A croire que la soirée était caribéenne: le roi du 400 m représentait la Grenade. A 19 ans seulement, le jeune athlète a ajouté un titre de champion olympique à celui de champion du monde qu'il a conquis l'année dernière à Daegu en Corée du Sud.

"Ça veut dire beaucoup pour moi. Je suis fou de joie", a-t-il dit, tout en restant bien plus placide que son aîné dominicain.

Il a par la même occasion offert la première médaille olympique de l'histoire à son île.

A l'exception des jumeaux belges Kevin et Jonathan Borlée et de l'Australien Steven Solomon, tous les finalistes du tour de piste étaient originaire de la mer chaude des Caraïbes, et aucun n'était des Etats-Unis.

Les Américains, habitués à régner sans partage sur cette distance, avaient jusque-là raflé les sept derniers titres olympiques sur 400 m, et avaient même réalisé le triplé en 1988, 2004 et 2008. Ils ont pâti à Londres de la blessure de LaShawn Merritt, leur meilleure chance de médaille.

Hégémonie toujours: la perchiste russe Yelena Isinbayeva avait empoché les deux dernières couronnes olympiques, en 2004 et en 2008. Sa suprématie a pris fin sur le sautoir londonien, où l'Américaine Jennifer Suhr, médaillée d'or, et la Cubaine Yarisley Silva l'ont supplantée.

La Russe, qui a culminé à 5,06 m (record du monde) du temps de sa splendeur, n'a pas réussi à sauter plus haut que 4,70 m, soit cinq centimètres plus bas que ses deux adversaires.

MANQUE DE COMBATIVITÉ

Fin de l'abondance pour les coureurs américains et Isinbayeva, fin de la disette pour les Britanniques en basket. Portés par l'euphorie du public, les basketteurs locaux ont remporté face à la Chine leur première victoire olympique depuis les Jeux de 1948... à Londres.

Le pays hôte a toutefois moins flambé qu'en fin de semaine dernière, avec un bilan plus raisonnable de deux médailles d'or, en saut d'obstacles par équipes, et en vitesse individuelle au vélodrome qui abrite les épreuves de cyclisme sur piste.

Pour succéder à son compatriote Chris Hoy, Jason Kenny a battu Grégory Baugé, nouvelle victime expiatoire de la mainmise britannique sur la piste depuis le début des Jeux. Le Français avait déjà dû s'avouer vaincu dans l'épreuve par équipes.

"Le titre en vitesse par équipes, je n'ai pu l'apprécier autant parce que j'étais un peu malade. Là, j'ai vraiment pu savourer, surtout avec ce public qui vous porte jusqu'à la ligne", s'est réjoui Jason Kenny.

A défaut de victoire, le judoka américain Nicholas Delpopolo a goûté à un brownie frauduleux à la marijuana qui lui a valu une exclusion des Jeux pour dopage.

L'athlète algérien Taoufik Makhloufi est passé tout près d'une sanction tout aussi insolite, pour manque de combativité. Ce spécialiste du demi-fond a été réintégré en vue de la finale du 1.500 m, quelques heures après son exclusion temporaire.

La fédération internationale d'athlétisme lui reprochait son dilettantisme sur le 800 m, alors même qu'il n'avait aucune envie d'y participer. Sa délégation avait tout simplement omis de le retirer de la course.

Simon Carraud pour le service français, édité par Jean Décotte

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